Vendredi 28 Juillet 2017

Le mythe sur la surpopulation de l’Afrique

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  • 01 Avril, 2017
  • Écrit par  S.S. Boyena
  • Publié dans Afrique

La transformation effrénée des ressources de la planète pour satisfaire des besoins artificiellement créés, par le biais de la publicité entre autres, ne pourra pas nécessairement être limitée par une réduction de la population de la terre. Certes ces besoins s’accroissent avec le nombre de personnes et pour cette raison, la population totale peut être considérée comme un paramètre de contrôle. Toutefois, en raison de leur caractère artificiel et souvent superflu, la croissance des besoins par individu est virtuellement sans limite. Par exemple, cent personnes peuvent consommer ce qu’un million d’autres consomment. Cet exemple n’est pas une simple hypothèse, c’est déjà une réalité. Un sondage de ce qu’on appelle couramment la jetset aux USA a révélé que ces derniers dépensaient en moyenne 4.2 millions[1] de dollars par an alors que la population dans certains pays démunis ont à peine 2 dollars par jour.

Pour y voir plus clair, examinons le concept d’empreinte écologique qui se définit comme la surface de la terre nécessaire à une activité stable et pérenne pour satisfaire les besoins des personnes. L’empreinte écologique par région du monde est donnée dans le graphe ci-bas. Ce graphe montre que l’Afrique dont tous réclament la réduction de la natalité a une part négligeable dans l’épuisement des ressources de la planète. De plus, comme expliqué plus haut, réduire le nombre d’habitants ne permet pas nécessairement à la planète de supporter le poids de son exploitation car un nombre plus petit pourrait augmenter la quantité de sa consommation au point de compenser celle de la population réduite.Empreinte Écologique

Pour atteindre l’objectif de résilience de la terre, il faudrait indubitablement réduire l’empreinte écologique de l’humanité à travers un changement du mode de vie. Le problème c’est que l’Occident, chantre de la réduction de la natalité chez les autres, veut imposer aux autres la limitation des naissances sans pour autant assumer sa responsabilité dans la nécessité du changement de mode de vie. Le cauchemar de l’Occident est suscité en réalité par le «développement» des autres régions du monde telles que l’Asie, un développement qui les lance sur le chemin d’une consommation à l’occidental et donc d’une augmentation de leur empreinte écologique. Si la Chine, l’Afrique et l’Inde consommaient autant de ressources que l’Occident, i.e. avait la même empreinte écologique, il faudrait à l’humanité au moins dix autres planètes terre. Il est clair qu’à long terme, la terre ne pourra pas supporter le rythme actuel et projeté de son exploitation. Mais pourquoi faudrait-il que l’Afrique paye ou se sacrifie pour qu’une autre partie de l’humanité puisse perpétuer son mode de vie?

3. Cas particulier de l’Afrique

Il faut dire que les efforts pour réduire la natalité ne concernent pas que l’Afrique. Il y a aussi l’Amérique Latine et l’Asie. Certains pays comme la Chine ou la Thaïlande ont réduit au forceps leur croissance démographique dans les années 1970. Cependant la croisade anti-natalité des dernières années vise presqu’exclusivement l’Afrique.

3.1 Les raisons cachées de la poussée pour une limitation des naissances en Afrique

Pour comprendre un peu les motivations de cette croisade, il faut suivre un peu le raisonnement de Gérard Lafaye, ancien directeur de l’Institut de recherches sur la géostratégie économique internationale. Dans cet article[2], il présente deux scénarios en matière de démographie: l’un tendanciel et l’autre optimal, qu’il ne prend pas le soin de définir mais dont on peut apercevoir les significations à travers son raisonnement. Il affirme que la différence entre les deux scénarios réside dans l’arrêt de la migration africaine vers l’Europe. Pour lui l’élément décisif est l’instruction, en particulier l’alphabétisation des filles qui entraînera une augmentation de soi-disant libertés individuelles ainsi qu’une fécondité mieux maîtrisée (par qui?) et plus raisonnable (pour qui?). Il conclut qu’au lieu de ce scénario optimal, «si ... la plupart des pays africains restent sous-développés et avec une démographie débordante, la civilisation européenne n’existera plus en 2100.»

On comprend donc que son inquiétude porte sur l’exportation par l’Afrique de sa population vers les autres régions du monde, l’Europe en particulier, et non l’avenir de l’Afrique. En lisant entre les lignes, l’objectif est de préserver la composition ethnique majoritairement caucasienne de l’Europe. Et réduire la natalité africaine serait un élément clé de la solution à ses yeux.

En 2011, un colloque fut organisé à Ouagadougou sous le thème: « Population, développement et planification familiale en Afrique de l’Ouest francophone : l’urgence d’agir ». Ce colloque financé par le ministère français des Affaires étrangères, l’AFD (Agence française de développement), l’USAID (l’Agence d’aide international des USA) et les fondations Gates et Hewlett avait pour objectif de «réfléchir autour des questions de population et de planification familiale liées au développement»[3]. Au cours de ce colloque, le ministre français à la coopération s’engagea à dégager 100 millions d’euros pendant cinq ans pour «améliorer la santé de la femme par la scolarisation (surtout des filles) et l’alphabétisation»[4]. Établissez le lien avec l’analyse de Gérard Lafaye sur l’effet de l’alphabétisation des filles sur la réduction de la natalité. Un objectif autrement louable est détourné ainsi au profit d’une intention cachée.

Le président Compaoré qui a inauguré le colloque pris la parole pour dire que la croissance démographique contribuait « à accentuer le chômage, le sous-emploi aussi bien en milieu rural que dans les centres urbains et à engendrer des conflits entre les différents groupes sociaux ». Cet exemple est un cas d’école qui illustre le lien entre les stratégies cachées et les actions publiques des décideurs extérieurs en ce qui concerne l’Afrique, ainsi que la naïveté des dirigeants africains qui reprennent les arguments à leur compte sans questionnement.

On avance en général des justifications fallacieuses à la nécessité de limiter les naissances. Il s’agit de réduire la pauvreté en Afrique, de favoriser le développement, d’améliorer la santé de la mère et de l’enfant, de réduire le taux de mortalité infantile (!en diminuant le nombre de naissances!), d’éliminer la famine, etc. Un journaliste du «Devoir.com» écrivait ainsi dans l’article cité plus haut, en référence à la famine en Somalie, «... dans les caisses que la communauté internationale enverra en Somalie, on devra inclure les pilules contraceptives. Sur le terrain, on devra s'assurer que les Somaliennes s'en serviront. » Pour empêcher les Somaliens de mourir de faim, il faudrait les empêcher de naître! On reviendra plus tard sur les failles de ce type de raisonnement qui consiste à penser qu’un peuple ou une famille pourrait mieux se nourrir s’il ou elle était plus petite en taille. Le journal «Jeune Afrique» écrit dans l’article cité en introduction: «...si la transition vers des taux de fécondité plus bas ne s’amorce pas vite, les efforts de développement de l’Afrique risquent fort d’être condamnés à l’échec. » Le même journal ajoute: «il est urgent que la fécondité soit mieux maîtrisée … afin de réduire les tensions que connaissent les pays en matière de sécurité alimentaire, d’accès à la propriété foncière, de dégradation de l’environnement et de gestion de l’eau ...[et de] réduire les problèmes sécuritaires».

Contrairement à ce qu'on pourrait déduire de ces affirmations, la croissance démographique de l'Afrique n'est pas due à une hausse du taux de natalité. Il faut bien en comprendre les mécanismes. Le taux de natalité est en réalité entrain de chuter en Afrique de façon continue. Par exemple, au Kenya, il est passé de 8.1 enfants par femme en 1978 à 4.6 enfants par femme en 2008, tout en continuant de chuter. La croissance de la population africaine est donc due aussi bien à une augmentation du nombre de femmes qui accouchent et qu’à celle de l’espérance de vie, et non pas à un maintien du taux de natalité. Il faut donc dire que cette croissance tendra vers une situation d’équilibre. Il s'agit en réalité d'un phénomène de rattrapage plutôt que d'accélération. 

3.2 La déconstruction des raisons économiques

Tel qu’expliqué plus haut, la corrélation entre la croissance démographique et celle de l’économie est au plus marginale. En revanche, la corrélation entre la taille de population et la puissance économique est avérée. Contrairement à ce qui est avancé, aucun pays n’est arrivé à se développer sans une forte densité de population. L’urbanisation qui découle de la forte densité assure une augmentation des débouchés ainsi que des économies d’échelles. Ce qui est favorable à l’expansion économique.

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Notes

1. http://biz.yahoo.com/special/luxury083106_article1.html [Retour]

2. http://www.lajauneetlarouge.com/article/leurope-face-la-pression-africaine [Retour]

3. http://lefaso.net/spip.php?article40688 [Retour]

4. ibid. [Retour]

Dernière modification le Dimanche, 02 Avril 2017 09:58

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