Dimanche 23 Avril 2017

Le mythe sur la surpopulation de l’Afrique

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  • 01 Avril, 2017
  • Écrit par  S.S. Boyena
  • Publié dans Afrique

Quant à l’idée selon laquelle la réduction de la natalité permettrait à l’Afrique de mieux se nourrir, rien n’est moins vrai. En Afrique, chacun des pays comme le Nigeria, le Tchad, la RDC, la Guinée Conakry, peut à lui seul nourrir tout le continent au regard de leurs potentialités agricoles. L’Afrique possède plus de terres arables par habitant comparativement à toute autre région du monde. Le problème de famine en Afrique ne devrait donc pas se poser en termes de surpopulation du continent mais plutôt en termes d’amélioration de la production et de la distribution des produits agricoles. Plusieurs pays africains ont de vastes étendues de terres fertiles mais inexploitées. Par exemple, le Mozambique est trois fois plus vaste que le Royaume Uni mais avec deux fois moins d’habitants. La RDC fait 80 fois la Belgique mais avec une population seulement 8 fois supérieure (la densité au km² de la RDC est 10 fois moins que celle de la Belgique!). Le problème n’est donc pas qu’il y a trop de bouches à nourrir dans une Afrique sans ressources. Le problème réside plutôt dans le fait que les ressources en Afrique sont mal ou sous exploitées générant ainsi de la misère.

L’élite africaine répète béatement la nécessité de réduire la natalité sur la base de l’idée selon laquelle moins d’habitants signifierait que les gouvernements pourraient mieux prendre soin d’eux. Les personnes sont perçues comme des problèmes et non comme des esprits capables de concevoir et de mettre en œuvre des solutions à leurs problèmes. Tout comme Blaise Compaoré plus haut, une partie de l’élite africaine pense le développement de l’Afrique en termes de manne financière déversée par l’Occident et qu’il faudrait distribuer. Dans ce contexte, moins de personnes équivaudrait à une augmentation de la part de chacun. Rien n’est plus faux bien entendu car l’histoire n’a jamais fait le cas d’un peuple développé par un autre. Diminuer la population ne diminue pas le chômage car les emplois ne sont pas crées par une entité extérieure. C’est la population qui crée l’emploi.

De plus, l’idée selon laquelle on peut éliminer les pauvres dans une société en réduisant leur procréation fait montre d’une ignorance crasse de la dynamique économique d’une société. Sans augmenter la prospérité du pays dans son ensemble, éliminer les pauvres et les pseudos riches deviendraient pauvres. En prenant l’exemple du Burkina Faso où presque 50% des recettes de l’État sert à payer les fonctionnaires, éliminez les paysans pauvres qui en réalité sont ceux qui produisent les richesses, et il n’y en aura plus pour payer les fonctionnaires.

3.3 Aspects Historiques et Géopolitiques

Par moments quand on aborde les questions du bien-être de l’humanité dans son ensemble, on oublie que celle-ci est subdivisée en petits groupes appelés «pays» défendant chacun de manière égoïste ses intérêts. Quand il s’agit de fermer la porte du pays aux moins nantis qui viennent d’ailleurs, on en est bien conscient, mais quand il s’agit d’imposer aux autres pays des choix, on est soudainement saisi de schizophrénie en parlant de l’humanité comme d’un tout.

Il faut se rappeler en effet que le paramètre le plus important dans les rapports de force entre pays est le poids économique total de chaque pays vis à vis des autres. La question de la population est donc un enjeu de pouvoir et de prestige entre nations sur la scène internationale. La Chine par exemple a fait peser son poids démographique dans la négociation de son droit de veto aux Nations Unies. Cette organisation sans la Chine qui en 1945 comptait déjà un demi-milliard d’habitants, perdrait en représentativité. Aujourd’hui la Chine avec ses 1.3 milliards d’habitants représente un vaste marché que toutes les grandes multinationales cherchent à conquérir. La Chine est passée première puissance économique mondiale en 2016 et est projetée pour tripler le PIB américain en 2050. Le poids démographique est donc une forme de pouvoir sur la scène mondiale.

L’arrogance et la capacité des pays «puissants» à imposer des termes de relations internationales favorables à leurs intérêts reposent avant tout sur leurs poids économiques et militaires. Le budget militaire des États-Unis de nos jours dépasse celui combiné des sept autres pays qui le suivent. Cela s’appuie sur leur puissance économique et leur permet d’imposer leur puissance partout dans le monde. Les USA ont près de 800 bases militaires dans environ 70 pays dans le monde. Il est fort à parier que cette réalité changera en 2050 quand des pays comme la Chine ou l’Inde pourraient les surpasser en PIB.

En ce qui concerne l’Afrique, il est de son intérêt de compenser la faiblesse de son niveau de développement économique par une augmentation du facteur de multiplication qu’est sa population. Cela lui permettrait de peser sur la scène mondiale et de négocier des termes plus favorables qui à leur tour lui permettraient de décoller économiquement. Pour ainsi dire, le développement n’est pas seulement une question d’intelligence dans l’organisation, c’est aussi une question de rapport de force.

Il faut aussi garder en mémoire que la surpopulation n’est pas un concept objectif mais toujours subjectif et relatif. Elle n’est ni fonction de la densité, ni du taux de chômage et encore moins du niveau de malnutrition dans un pays. Les nations qui ont le pouvoir et le prestige au plan politique et économique arrivent toujours d’une manière ou d’une autre à imposer au reste du monde leur conception de la surpopulation. De toutes les définitions possibles, on retiendra que la surpopulation est avant tout un problème de manque d’adéquation entre le nombre d’habitants et les ressources mises à leur disposition sur un territoire donné. Pour une quantité donnée de ressources, soit il y a peu de gens, soit il y en a trop.

L’Occident a toujours considéré la seconde option pour le reste du monde. Pour elle, il y a trop de gens en Afrique au regard de l’incapacité des gouvernements à prendre en charge leurs peuples. Elle ne dit jamais, il y a trop de gens chez nous au regard des ressources dont nous disposons. L’Occident qui représente environ 15% de la population mondiale consomme plus que la moitié des ressources de la planète. Si les Africains étaient conséquents, ils diront aux Occidentaux qu’il faudrait réduire le nombre de leurs populations parce que c’est la seule partie du monde qui consomme trop de ressources.

Le dynamisme démographique de l’Afrique, de l’Inde et de la Chine fait simplement peur… A travers l’histoire, il ressort que les peuples les plus dynamiques en termes de taux de natalité sont toujours perçus comme étant vigoureux. A une certaine époque, l’Europe s’en était prévalu pour justifier son désir d’expansion territoriale (principe de sélection naturelle). Le trop-plein de l’Europe du 16-18ieme siècle s’est donc déversé sur des territoires lointains (Amérique, Australie, Afrique) avec les conséquences que l’on connaît. Cette peur de l’Occident d’être envahie à son tour dans un futur lointain par les peuples les plus dynamiques au plan démographique, est source de schizophrénie.

Le problème dans le futur ne résidera pas dans le fait que l’Afrique dispose ou disposera de peu de ressources pour nourrir 2 ou 3 milliards d’habitants. Le problème a toujours été que d’autres peuples veulent s’accaparer des ressources de l’Afrique pour leur usage exclusif.

Il peut paraître surprenant quand on aborde la question de la démographie en Afrique de faire impasse sur l’histoire africaine. On oublie que ce continent a été vidé de sa population (jeune) pendant près de quatre siècles, à travers la traite négrière et les divers massacres coloniaux. Est-il donc surprenant que ce continent soit dans une tendance naturelle au repeuplement?

Quant à l’argument selon lequel les «pauvres africains» ou les pauvres tout court ne doivent pas faire beaucoup d’enfants, rien n’est plus dangereux en raison des relents racistes et eugénistes sous-entendus. D’abord, il faut signaler que même dans les pays dits développés, ce sont les pauvres qui font le plus d’enfants (notamment les milieux ruraux). Aussi, quand on considère les sociétés humaines, c’est au contraire ceux qui font face à plus de difficultés qui doivent se reproduire, la reproduction ayant pour fonction d’augmenter la probabilité de survie dans l’adversité. En ce qui concerne l’Afrique qui n’a pas encore les moyens technologiques de guérir les maladies anciennes (paludisme) ou nouvelles, elle risquerait simplement de disparaître de la surface de la terre sans une forte fécondité. A-t-on déjà oublié les ravages du SIDA ou ceux à venir de l’Ebola ou de maladies non encore apparues?

Avant de s’aventurer dans une incitation agressive à la limitation des naissances, l’Afrique devrait observer ce qui se passe dans les autres pays dits développés. La quasi-totalité des pays européens, pourtant déjà surpeuplés, font recours à l’immigration et à une incitation financière (allocations familiales) pour encourager les naissances. A titre d’anecdotes, le gouvernement espagnol a nommé un commissaire spécial pour rehausser le taux de natalité dans le pays qui est à son plus bas niveau depuis la guerre de 1939-1945. Le Danemark a lancé en 2014 une campagne intitulée «faites-le [sexe] pour le Danemark» afin d’encourager la reproduction. La Thaïlande a procédé à une distribution de vitamines lors de la Saint-Valentin de 2017 pour augmenter la fertilité des femmes. Des pays comme le Japon sont carrément dépassés par le problème.

A long terme, les pays technologiquement avancés recourront probablement à la fécondation artificielle et peut-être à la culture artificielle des bébés pour maintenir leur population. Si l’Afrique s’imposait une réduction drastique de natalité sans avoir atteint le niveau économique qui lui permette d’encourager la natalité par l’incitation financière, de parer à toute menace sanitaire, écologique ou militaire (guerres), de se repeupler par procréation artificielle, on aurait accompli ce que plusieurs siècles de tentatives d’extermination n’ont pas réussi.

Conclusions

Pour éviter de se répéter, est-ce dire qu’il faille faire sienne l’idée «multipliez-vous [infiniment] et remplissez la terre»? Probablement non. Ce qu’il faut réaliser par contre, c’est que le taux de natalité est dicté par le mode de vie économique et non l’inverse. Le taux de natalité de l’Afrique décline déjà naturellement. Des familles où l’homme et la femme ont tous les deux un travail de bureau ne peuvent pas se permettre de faire huit enfants. Le taux de natalité baissera donc de façon inversement proportionnelle à la croissance économique jusqu’à atteindre un équilibre. Il serait dangereux de précipiter cette chute sans raisons valables avant d’avoir atteint le niveau économique requis pour assurer la survie de l’Afrique.

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Dernière modification le Dimanche, 02 Avril 2017 09:58

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