Dimanche 19 Novembre 2017

Situation du Nord du mali : comment l’Afrique de l’Ouest est tombée dans le piège de l’Occident

Un pamphlet circule sur Internet à propos du manque de stratégie des dirigeants africains comparés au reste du monde. L’analyse qui suit sur comment l’Afrique de l’Ouest par manque de stratégie est tombée dans le piège de l’Occident renforce cette idée ... Ce qui est en effet curieux, c’est qu’une petite fraction des dépenses militaires américaines aurait suffisamment équipé l’armée malienne pour qu’elle fasse échec aux islamistes. Bien au contraire, depuis l’émergence d’Al-Qaeda, leur présence militaire se fait discrète. Quand Al-Qaeda était absent du Nord du Mali, la France et les États-Unis y étaient pour les combattre; maintenant qu’Al-Qaeda y est, c’est en vain qu’on cherche leur présence. Ils préfèrent déconseiller leurs ressortissants de se rendre au Mali et se montrent réticents à soutenir une intervention militaire ouest-africaine.

 Un pamphlet circule sur Internet à propos du manque de stratégie des dirigeants africains comparés au reste du monde. L’analyse qui suit sur comment l’Afrique de l’Ouest par manque de stratégie est tombée dans le piège de l’Occident renforce cette idée.

Les faits

La moitié nord du Mali est actuellement sous la régence d’islamistes qui affichent ouvertement leurs liens avec Al-Qaeda, la multinationale du terrorisme. Ces islamistes ont chassé en trois jours les séparatistes du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) qui avaient auparavant profité du désordre au niveau du gouvernement central malien pour mettre en déroute l’armée malienne. En pleine guerre contre les séparatistes touarègues du MNLA, le Capitaine Amadou Sanogo commettait un coup d’État contre le président malien Amadou Toumani Touré dit ATT à moins de deux mois de la fin de son second et dernier mandat. Ce dernier était accusé d’incompétence dans la gestion de la crise du nord. Il s’en est suivi un désordre dont le MNLA a profité pour conquérir la moitié nord du pays.

Même si dans la conception africaine traditionnelle du pouvoir, l’échec du Chef dans la préservation de la souveraineté nationale peut être sanctionné par son dépôt, on  peut s’interroger sur l’opportunité de faire un coup d’État contre un président élu par le peuple et qui plus est à la fin de son mandat. L’échec des troupes est l’échec de son chef et par conséquent, ATT peut être tenu responsable des revers subis par l’armée malienne. Il  était par ailleurs accusé d’avoir mis en place un régime laxiste et attentiste qui ne prenait aucune initiative susceptible d’être critiquée par une partie de l’opinion. Il gérait le pouvoir comme un chef de famille qui ne voulait froisser personne, surtout pas ses collaborateurs accusés de corruption. Il a surtout échoué à mobiliser le peuple malien pour défendre son territoire.

A supposer cependant que tous ces reproches soient avérés, est-il défendable de commettre un coup d’État contre un président dans un système démocratique au motif que celui-ci est incompétent? La démocratie comme système de gouvernance ne génère pas systématiquement les meilleurs dirigeants qui soient mais elle offre la possibilité, à tout le moins théoriquement, au peuple de changer de leaders périodiquement.

L’acceptation de la démocratie se conjugue avec celle de la possibilité d’avoir des dirigeants dont on n’est nullement satisfait. Il est alors étonnant d’entendre certains Africains défendre le chef de la junte Amadou Sanogo. L’ancienne ministre malienne de la culture Aminata Traoré a refusé de condamner le putsch car selon elle « nous sommes dans une démocratie de façade ». Elle ajoute : « Je milite pour une démocratie qui ne s’habille pas de la légitimité de façade que confère le vote lorsqu’il ne donne pas lieu aux changements auxquels aspirent les électeurs et les électrices» [1]. Elle s’est défendue toutefois de soutenir le chef de la junte Amadou Sanogo contrairement à ce qui a pu être dit.

Il faut mentionner à son égard que c’est la nature même du pouvoir politique d’ébranler parfois ses fondements. Démocratique ou pas, c’est avant tout un « pouvoir » qui ne peut être que contenu partiellement par les mécanismes mis en place à cet effet. Il appartient au peuple et au public d’accepter les petites anomalies afin de se préserver contre les grandes. Cela permet de sauver l’essentiel qui est le système politique. Ne vaut-il pas mieux accepter un président médiocre jusqu’à la fin de son mandat que de prendre le risque de sombrer dans la tyranie?

Les présidents américain et français, Georges Bush et Nicolas Sarkozy, respectivement, quoique impopulaires et même illégitime pour le premier auprès d’une partie de leurs opinions publiques respectives n’ont pas été débarqués avant la fin de leurs mandats. Il ne s’agit pas de dire ici que ces systèmes de gouvernance sont des modèles pour l’Afrique mais plutôt d’affirmer que tout système politique doit respecter au moins les modalités de succession prévues. Si le jugement qu’on porte sur la compétence d’un Chef d’État était un justificatif à son dépôt, ça serait la porte ouverte à tous les abus car ce jugement est par essence subjectif. Un chef, mauvais pour les uns peut être jugé excellent par les autres. Le jugement de qui devrait-il prévaloir sur celui de quelle autre?

Malgré ses imperfections, la démocratie dispose au moins d’un mécanisme de changement de leader. Que ferait-on si Amadou Sanogo se révélait plus médiocre? Il ne resterait qu’à prier en cachette pour un autre coup d’État salvateur. Cette façon de penser démontre de la propension d’une partie du peuple Africain à vouloir juger toujours après coup et à confier son destin à la providence (des coups-d’ États et des Hommes salvateurs). Pour avoir des institutions solides, les Africains ne peuvent que prendre leur destin en main et trouver des mécanismes efficaces pour les départager au-delà de leurs subjectivités diverses.

C’est ce contexte intérieur qui a permis l’envahissement du nord du Mali par les séparatistes du MNLA d’abord, puis par les islamistes d’Ansar Din ensuite. A cela s’ajoute aussi un contexte international marqué par l’intrusion militaire des Américains et des Français en Afrique de l’Ouest bien avant la poussée des islamistes.

Le piège occidental

Depuis quelques années, des éléments des forces spéciales américaines ont déposé leurs baluchons au Mali ainsi qu’au Burkina Faso sous le prétexte d’un combat contre le terrorisme dans le Sahara. Selon un article du site « Lemonde.fr » rapporté par Fasozine, l’armée américaine aurait une dizaine de bases aériennes secrètes en Afrique dont une au Burkina Faso. L’objectif serait de surveiller Al-Qaeda au Nord du Mali et du Niger[2].

De même, une présence militaire française est signalée au Burkina Faso à l’insu de tous sauf du gouvernement burkinabè [3]. Cette présence militaire a été déguisée en exercices militaires. Selon le ministre burkinabè de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, Jerôme Bougma : « la présence des militaires français sur le sol burkinabè s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ». Des éléments de la base militaire française à Dakar seraient venus “instruire” l’armée burkinabè sur les opérations de maintien de la paix et auraient profité de leur présence pour intervenir lors d’une prise d’otages au Niger.

A la question de savoir si l’armée burkinabè n’était pas suffisamment formée pour des opérations de maintien de la paix, le ministre a répondu que: « L’armée a des cadres compétents, mais se perfectionne en lutte antiterroriste » [4]. Quoiqu’il en soit, en permettant à des forces extérieures d’opérer à partir du territoire burkinabè ou malien, ces États deviennent des protagonistes et se prêtent ainsi à des représailles dans une guerre qui ne leur était guère dédiée.Gilbert Diendere accompagnant un otage en provenance du Nord du Mali

Le plus étonnant c’est que cette présence militaire, loin d’avoir évité l’avancée des islamistes au Mali semble plutôt l’avoir précipitée si elle ne l’a pas amorcée tout simplement. Pour en comprendre les raisons, il faut convoquer quelques stratégies militaires que les Africains ont entièrement méconnues.

La première stratégie consiste à « porter la guerre à l’ennemi, c’est-à-dire sur son terrain ». En effet, le 11 septembre a été marqué par un coup d’éclat terrible des islamistes en plein territoire américain ayant causé des milliers de morts civils américains. Les combattants islamistes avaient ainsi porté la guerre sur le territoire de leur ennemi. En réaction, les USA ont fait de même en attaquant d’abord l’Afghanistan puis l’Irak. Cette stratégie permet de faire en sorte que l’essentiel des combats et des victimes collatérales se produisent au sein du peuple ennemi.

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Notes

1. Source:  http://www.slateafrique.com/89261/mali-nous-sommes-dans-une-democratie-de-facade-aminata-traore [Retour]

2. Source: http://lefaso.net/spip.php?article48603 [Retour]

3. Source: Sanfinna: http://www.sanfinna.com/?p=52649 [Retour]

4. Source Sidwaya du 31 mai 2011 [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 22:05

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