Jeudi 26 Avril 2018

Tout dans la colonisation a-t-il été mauvais?

Écrit par Samedi, 16 Décembre 2017 02:03

Dans son fameux discours de Ouagadougou, le président français Emmanuel Macron n’a pas manqué de ressasser la vieille perspective européenne, et française en particulier, sur l’histoire africaine.  Parlant de l’histoire entre l’Afrique et l’Europe, il a déclaré: «Il y a eu des combats, il y a eu des fautes et des crimes, il y a eu des grandes choses et des histoires heureuses.». Autrement dit, la colonisation a aussi eu des aspects positifs (grandes choses, histoires heureuses). Ce révisionnisme a bien entendu été contré dans certains écrits, dont la nôtre.

Toutefois, à la lueur de cette nouvelle convocation de l’Histoire, des Africains dont nos lecteurs se posent la question: «tout dans la colonisation a-t-il été mauvais?». Le simple fait de se poser cette question est la preuve si besoin en est que les Africains ont presque tous évolué dans un système éducatif dont la genèse remonte à la colonisation, et qui a été peu réformé depuis le «faux» départ du colonisateur. À longueur de journée, les enseignants d'école primaire, de lycée et d’université nourrissent les jeunes esprits de préjugés sur la culture et l’histoire de l’Afrique. Ils ne présentent rien de positif que ce qui vient de l'Occident. Les médias, les religions d’origine étrangère et les références sociales renforcent ces préjugés. Alors se pose-t-on la question, «tout dans la colonisation a-t-il été mauvais?». Puisque c’est apparemment par la colonisation que le «positif» est venu remplacer «l’obscur».

Il n’y a pas de question tabou. «Sukre la bângre», dit-on en mooré (demander c'est connaître). Essayons d’y répondre. Ceux qui parlent d’aspects positifs de la colonisation s’appuient sur un certain nombre de faits. On circule à vélo à Ouagadougou, vole en avion entre Dakar et Accra, téléphone sans fil entre Douala et Pretoria. On utilise la pénicilline pour soigner des infections, des pompes mécaniques pour tirer l’eau des profondeurs du sol, des barrages pour retenir l’eau et abreuver les animaux. On a le chemin de fer entre Abidjan et Ouagadougou, la route goudronnée entre Nairobi et Dar es Salam, des bateaux qui naviguent entre les différents ports de l’Afrique. Vous l’aurez deviné: il s’agit d’utiliser le progrès des sciences et techniques en Afrique, résultat du contact avec le monde extérieur, pour justifier la colonisation comme un mal nécessaire, le mal par qui un bien est aussi venu.

Toutefois, ceci relève d’une erreur de formulation de la problématique. Pourfendre la colonisation, ce n’est pas défendre l’isolement de l’Afrique. Quand deux peuples se rencontrent, il y a surement des échanges qui peuvent bénéficier à l’un ou l’autre. Toutefois, toute chose positive qui peut avoir résulté du contact entre deux peuples peut très bien se produire sans que l'un ne décide que l'autre est inférieur et doit être dominé et exploité.

Quand on parle de sciences et techniques, il faut savoir que tous les peuples du monde ont contribué au progrès du savoir de l’humanité. Par exemple, l'Europe a bénéficié du savoir de l'Afrique, notamment la Nubie et l'Égypte antique, ainsi que celui du monde arabe, de l’empire perse et de la Chine, avant de contribuer à l’avancée de ces disciplines.  Savez-vous que le théorème dit de Pythagore a été transmis à la Grèce antique par l’Afrique? Le nombre pi qui est l’un des nombres les plus importants en mathématiques a aussi été découvert en Égypte antique. La poudre à canon, le papier, et l’imprimerie sont toutes des inventions chinoises, introduites plus tard en Europe. Cette dernière a-t-elle été colonisée pour que cet échange de savoir se produise?

Les Européens eux-mêmes avait été coupés du savoir de la Grèce antique de la même manière que les Africains ont été coupés du savoir de l’Égypte antique. Il a fallu que les Arabes le leur transmettent de la même façon qu’il a fallu que les Européens transmettent aux Africains le savoir de leurs ancêtres.

Dans la même ligne d’idée, on peut noter qu’au Japon, on circule à vélo, vole en avion, fabrique des télés, etc. alors que ce pays n’a pas été colonisé. Tout près de nous, l’Ethiopie n’a pas été colonisé mais il est en avance sur beaucoup de pays africains ayant été colonisés, sur les plans technologique et économique. On peut donc très bien échanger du savoir sans que ce ne soit dans le cadre d’un joug colonial.

Deuxièmement, on confond parfois le niveau de connaissance du monde environnant et la culture à proprement parler. On a tendance à croire que l’Afrique rurale qui, parfois baigne encore dans une certaine forme d’ignorance, est représentative de ce que serait l’Afrique sans colonisation. Pourtant quand on examine la culture africaine (comme les autres d’ailleurs), il faut savoir extirper ce qui relève de la (mé)connaissance des lois de la nature, du reste - notamment le système de valeurs. En outre, il faut noter que certains défauts actuels de l’Afrique (désorganisation du système de valeurs par exemple, cupidité, corruption) sont le résultat de la colonisation et non un héritage de sa culture originelle.

On pense aussi que l’évolution des moeurs, depuis les années 1900 à nos jours, jugée positive, est le résultat de la colonisation. Il faut noter à ce propos que même l’Occident a notablement évolué depuis les années 1900 à nos jours (droits des femmes par exemple, sur lesquels l'Occident était en réalité en retard par rapport à l'Afrique). Donc, l’Afrique aurait évolué sur bien de plans et se serait peut-être remise en question de façon plus saine si elle n’avait pas été colonisée et sa culture brutalement interrompue. Une fois de plus, les exemples du Japon et, de la Chine dans une certaine mesure, sont illustratifs.

Il faut aussi rappeler que la colonisation n’avait pas pour objectif de propager le savoir. Et l’Afrique a été le plus laissée pour compte en raison des préjugés racistes vis-à-vis des Noirs. En rappel, le taux de scolarisation au Burkina Faso en 1960 était de 0.02% ou encore 2 enfants sur 10 000. L’objectif était de façonner des intermédiaires à leur images pour mieux asservir les autres et non de disséminer la connaissance.

Enfin, cette question occulte ce que fut la colonisation. On la présente, amnésie africaine aidant, comme une balade amicale des Européens en Afrique pour organiser l’administration, transmettre le savoir, construire des infrastructures. Rien n’est moins vrai. Les quelques banales réalisations d’infrastructures ont été faites dans un but précis: non pas pour servir les Africains mais pour faciliter l’extraction des richesses et leurs rapatriements vers l’Europe. L’administration a été mise en place, non pas pour aider les Africains à gérer leur vivre-ensemble mais pour assoir la domination européenne. Ce qui est en procès ici, ce ne sont pas les incidences marginales de la chose, c’est l’objectif premier de ce que fut la colonisation sans même parler du colonialisme, son sous-bassement idéologique.

Dans son ouvrage «Discours sur le colonialisme», Aimé Césaire démonte les prétendus aspects positifs de la colonisation en nous rappelant qu’ «Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, …, le vol, le viol, …, le mépris, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission».

Il continue: «A mon tour de poser une équation: colonisation = chosification. J’entends la tempête. On me parle de progrès, de «réalisations», de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, ...On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer... Moi je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme». En claire, l’homme africain par le biais de la colonisation, a été chosifié donc déshumanisé. Il a été dépossédé du fait de l’aliénation mentale et intellectuelle qui a accompagné l’entreprise de colonisation. Cette aliénation persiste de nos jours et le simple fait que des Africains s’interrogent encore sur les supposés aspects positifs de la colonisation en est une preuve.

La réalité de la colonisation ne se limite pas à ces envolées lyriques d’Aimé Césaire. Écoutons les témoignages des acteurs de terrain de la colonisation française, reproduits par Césaire dans le même ouvrage. Colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie: « pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes.» Comte d’Herisson: «Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis.» Saint-Arnaud: «on ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres».

Les massacres coloniaux et les crimes de toute sorte sont sorties de la mémoire africaine, parce que l’école a été mise en place par ceux-là mêmes qui ont commis ces crimes et parce que ceux qui ont pris la relève n’ont fait que perpétuer la même logique coloniale. L’imagerie négative du colonisé, le Noir en particulier, par ailleurs toujours alimentée par des idées telles que celles véhiculées par le discours de Macron, est transmise par cette élite colonisée aux jeunes qui trouvent alors plus naturel de blâmer leurs propres «frères» pour leurs malheurs plutôt que la cause lointaine.

Bien entendu la situation n’est pas aussi claire, car des Africains complices il y en a plein, comme il y en a eu au moment des guerres coloniales d’ailleurs. Mais ceux-ci sont-ils des victimes d’un système qui les dépasse ou en sont-ils responsables? Il faut toujours regarder la main qui tire les ficelles plutôt que les marionnettes qui bougent. Le système qui élimine les Africains engagés pour le bonheur de leurs peuples et fait la promotion des médiocres qui jouent son jeu est le véritable responsable des malheurs de l’Afrique.

Pour comprendre ce qui fut le colonialisme, écoutons Renan, un soi-disant humaniste français, cité par Césaire: «Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi.» C’est pour atteindre cet objectif de domination et d’asservissement des peuples colonisés que l’État coloniale fut mis en place. Aujourd’hui encore, l’héritage de cet État colonial existe toujours à travers les administrations de la plupart des pays africains soi-disant indépendants. Ces pays sont dépourvus de leurs souverainetés, vidés de leur sens de nation, et ne sont pas des acteurs pleins de la scène mondiale. Sans la colonisation, sans le partage du gâteau africain à la conférence de Berlin en 1885, peut-être que le visage politique de l’Afrique serait différent de nos jours. Qui sait si les grands ensembles, les grands royaumes et empires du continent, s’ils n’avaient pas été stoppés brutalement, n’auraient pas pu se transformer en puissants États africains?  

Il faut noter en outre que le colonialisme n’avait pas forcément l’intention de donner à l’Afrique le visage qu’elle a aujourd’hui. Les astuces et la bravoure des Africains, les maladies tropicales (paludisme par exemple), ainsi que les circonstances historiques (guerre de 1939-1945, montée du communisme, etc.) ont été déterminants dans l’issue de la colonisation. En réalité, les colons avaient plus pour objectif de s'établir et occuper les territoires africains, comme ce fut le cas en Afrique du Sud ou en Algérie. Les Africains auraient pu être exterminés, laissant juste une petite population contrôlable comme les amérindiens d’Amérique ou les aborigènes de l’Océanie (Australie, Nouvelle Zélande, Papouasie).

Curieusement, ceux qui parlent d’aspects positifs de la colonisation sont saisis d’amnésie quand ils évoquent la guerre de 1939-1945. On oublie que cette guerre européenne, abusivement appelée mondiale, a alimenté le progrès des sciences et techniques. Des progrès notables dans le domaine de la télécommunication, des transports, de l’industrie, etc. furent notés pendant celle-ci. L’invention de l’énergie nucléaire, des avions à réaction, de la médecine chimique, en sont des exemples. Cependant, personne n’évoque les aspects positifs du nazisme. 

Par ailleurs, ils oublient que le nazisme n’est rien d’autre qu’une application à un peuple européen, de ce que l’Europe a appliqué aux autres peuples. A ce propos, Césaire nous rappelle, parlant de l’Européen bien pensant, qu'«Au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusque là que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique».

Que l’on cite en exemple les infirmeries des «pères blancs» qui ont aidé à soigner des malades comme des preuves d’un aspect positif de la colonisation est trompeur. On peut ignorer un instant que ces infirmeries furent des pièges tendus pour convertir les Africains au Christianisme, et admettre que certains de ces infirmiers y furent par compassion. Cela ne dédouane pas le colonialisme. En effet, même dans le système le plus cruel l’humanité trouvera toujours une porte par laquelle glisser, mais le procès que l’on fait, c’est celui du système global dans lequel ces quelques rares actions ont pu avoir lieu. Une fois de plus, ces actions auraient pu avoir lieu sans la violence généralisée qui est venue avec.

Parlant de ceux qui sont dupés par ce révisionnisme, Césaire disait: «La malédiction la plus commune en la matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte.»  Emmanuel Macron est-il dupe de bonne foi ou acteur de premier plan de l’hypocrisie habile? Telle est la question. Sur la colonisation, pour répéter Césaire, «L’Europe est moralement, spirituellement indéfendable». Moins elle cessera de se défendre, mieux elle convaincra qu’elle aura évolué.

Quant aux Africains qui sont dupes, on ne leur dira jamais assez: «un peuple qui néglige son histoire est un peuple condamné à la revivre». L’esclavage récent des Noirs en Libye en est une illustration parfaite.

Il y avait dans une cité un homme riche et puissant, disposant de plusieurs serviteurs. Se disant pétri d’expérience dans la gestion des affaires de la cité, les habitants décidèrent à un moment donné de faire de cet homme leur roi. Aussitôt son couronnement terminé, le conseil des notables s’organisa et demanda au nouveau roi un traitement spécial et différent des autres serviteurs. Les notables expliquèrent qu’ils sont les faiseurs de rois, les gardiens de la tradition et par conséquent, devraient recevoir plus de faveurs et de bonnes grâces de la part du roi. Ce dernier céda, croyant bien faire.

Les laboureurs, qui ne sont pas très loin du palais royal, apprirent la nouvelle et s’organisèrent à leur tour pour réclamer du roi un meilleur traitement. Ils expliquèrent au roi: ‘’C’est nous qui labourons la terre dans vos champs. Sans nous, vous n’aurez pas assez de vivres pour nourrir les gens de la cour royale, venir en aide au peuple, et en vendre dans les cités voisines. Au regard de la pénibilité de notre travail, nous exigeons désormais, 35% des récoltes de vos champs.’’ Le roi dans son infinie bonté, accepta.

Les guérisseurs qui écoutaient sans dire mots, se rapprochèrent et sans détour racontèrent: “Lorsque vous êtes malade, Oooh grand roi, c’est nous qui vous soyons. Sans nous, vous ne serez plus jamais en bonne santé. Notre métier est cependant très complexe. La santé n’ayant pas de prix, nous demandons de l’or à compter de ce jour, pour nos services”. Le roi prit peur et accepta ces nouvelles revendications.

Comme une fumée, la nouvelle de la capitulation du roi face aux revendications des serviteurs du palais royal se propagea dans tous les coins et recoins de la belle cité. C’est alors que les  eunuques, les griots, les forgerons, les soldats, etc. se précipitèrent chez le roi pour demander leur part. Chaque groupe trouvait des raisons, des astuces pour demander plus d’avantages au roi… Le roi, cet homme riche et puissant, qui se disait expérimenté dans la gestion des affaires de la belle cité, semblait être dépassé par toutes les revendications corporatistes de ses serviteurs. Consumé par cet engrenage de captation de la rente royale par ses serviteurs, le roi n’avait plus de temps pour résoudre les problèmes de son peuple qui, croupissait dans la misère et vivait de plus en plus dans un environnement d’incivisme, d’insécurité et d’injustice. Pendant combien de temps les habitants de la cité supporteront-ils les pratiques de cette cour royale?

Cette histoire fictive… se déroule pourtant sous nos yeux dans notre chère patrie le Burkina Faso. Magistrats, journalistes des médias publics, travailleurs de la santé, policiers, agents du ministère des finances (impôts et trésor publics), etc. tous, ont tour à tour exigé du gouvernement des avantages quelconques sous peine de grèves et de sit-in à répétition.

Comment en est-on arrivé là? Le péché originel du Président Kaboré n’a-t-il pas été le fait d’avoir ouvert la boîte aux pandores en accordant des avantages faramineux aux magistrats? L’argument qui consiste à dire que les magistrats doivent être indépendants financièrement pour ne pas céder à la corruption ou pour maintenir l’indépendance de la justice tient-il la route? Certainement pas! Il suffit de se référer à la définition du mot ‘’corruption’’ et de l’expression ‘’indépendance de la justice’’ pour comprendre que le niveau de traitement salarial du magistrat n’est pas la seule variable indépendante de la corruption au sein de la magistrature ou du manque d’indépendance de la justice dans notre pays. D’autres variables non moins considérables comme les pressions politiques et morales, l’absence d’éthique, l’incompétence, etc. peuvent aussi entrer en ligne de considération.

Pour juguler cette fronde sociale, le Président de l’Assemblée Nationale (PAN) Salifou Diallo, invite le gouvernement à faire preuve de fermeté car dit-il : « une seule catégorie d’agents publics ne sauraient se soustraire à leurs obligations et se prévaloir uniquement de leurs droits.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77442{/footnote}. Portant le 23 mai dernier, les députés ont adopté une  proposition de loi portant statut de la fonction publique parlementaire et il va sans dire que cela aura « une incidence positive sur leur traitement salarial.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Mieux, cette loi prend en compte le volet social que le PAN résume en ces termes : «Il y a dans ce statut le volet social qui a été pris en compte. Désormais, les fonctionnaires parlementaires ont droit à une prise en charge social de façon permanente, au niveau de la santé, des évacuations, au niveau de certains traitements. C’est aussi ça la force de ce statut.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Faut-il y voir du populisme ou de l’hypocrisie dans cette sortie du PAN? Il trouve acceptables les revendications des députés mais quand il s’agit de ceux des fonctionnaires, il invite le gouvernement à faire preuve de fermeté…

Certains syndicalistes ayant obtenu gain de cause dans leurs revendications, disent fièrement aux autres agents de l’administration, qu’ils méritent leurs avantages et acquis car disent-ils, ils ont lutté et seule la lutte paie. Personne n’est contre le principe de la lutte. C’est plutôt la forme et les moyens de cette lutte qui souvent posent problème. Quel honneur y a-t-il à prendre en otage tout un peuple pour des revendications corporatistes? Par ailleurs, si nous validons le fait que l’État, sans discernement et sans une approche globale, doit récompenser exclusivement les efforts de ceux qui luttent, nous glisserons progressivement dans la logique de ‘’la raison du plus fort est toujours la meilleure.’’ En d’autres termes, le pays sera mis en coupes réglées et c’est celui qui aura le couteau le plus tranchant et le plus long qui découpera sa part fût-elle celle du lion. Que diront alors nos syndicalistes, nos députés et autres serviteurs de l’État quand les militaires sortiront des casernes avec leurs armes pour revendiquer ‘’un statut spécial’’ ou des indemnités quelconques?

Les syndicalistes et le gouvernement  devraient savoir que tous les serviteurs de l’État sont dans le même bateau et aucun n’a plus de mérite que l’autre quant à la noblesse de leur travail. L’enseignant n’a pas plus de mérite que le médecin et ce dernier non plus n’a pas plus de mérite que le collecteur d’impôts, le magistrat, ou le militaire. Par conséquent, le gouvernement devrait sortir de cette logique d’accords quasi secrets et à la tête du client, pour épouser une approche globale qui placera l’égalité, l’équité et la justice dans le traitement des revendications de tous les serviteurs de l’État.

Alors que tous (Gouvernement, fonctionnaires, députés, magistrats, etc.) prétendent revendiquer et/ou travailler au nom et pour le peuple, que dira ce dernier de ces ‘’revendications lib-lib et accords mouta-mouta’’?{footnote}Expression d’un internaut dont le nom de profil sur Facebook est Maixent Somé.{/footnote} Qu’on le veuille ou pas, tout est une question de perspective et de perception et le peuple devrait avoir son mot à dire. Pendant que nos députés, et nos fonctionnaires réclament et obtiennent des prises en charges sociales et sanitaires, l'écrasante majorité du peuple, ceux qu'on appelle malheureusement ‘’les populations’’, eux ils peuvent mourir à Ouagadougou/Bobo-Dioulasso/Tougan/Dori sans avoir droit à des «évacuations sanitaires». Abandonné épisodiquement par des médecins ou à des infirmiers en grève ou qui font à peine leur travail (faute de moyens), ce peuple-là n’a droit à rien, absolument rien du tout. Trouve-t-on cela normal?

Trouve-t-on normal que pour un pays d’environ 19.600.000{footnote}Selon l’INSD, le chiffre exact en terme de projection pour l’année 2017 est de 19.632.147 http://www.insd.bf/n/{/footnote} d’habitants, environ 200.000 personnes happent à eux-seuls 45% des recettes fiscales de l’État pendant que la norme communautaire se situe à 35%?{footnote}http://www.leconomistedufaso.bf/2016/02/08/budget-2016-non-maitrise-des-depenses-de-personnel/{/footnote}Doit-on qualifier de ‘’front social’’ les revendications de 0,01% des Burkinabè? Ne faudrait-il pas simplement qualifier cela de front syndical et y apporter les réponses adéquates en gardant en mémoire les besoins cruciaux du peuple? En dernière analyse, les Burkinabè auront-ils tort de penser que leur administration publique se comporte comme le colon du XIXe siècle?

Pour Albert Memmi, l’usurpation, le profit, et le privilège{footnote}Memmi, A. (1965). The Colonizer and the Colonized. Beacon Press{/footnote} sont les trois attributs qui définissent le colonisateur. C’est surtout la question du profit qui devrait nous interpeller tous. Tout se passe comme si l’administration burkinabè voyait en l’État, son gâteau, sa vache à lait. S’engage alors une lutte féroce corporatiste pour tirer le maximum de profit auprès de cet État. D’où le spectacle ahurissant des plateformes revendicatives, des grèves et autres sit-in au détriment des usagers du service public ou des attentes du peuple. Cette même administration publique prétend que son travail est indispensable pour notre développement. Pourtant, tout donne à croire par moment que cette administration de par sa prédation, son usurpation et ses privilèges, est le premier ennemi de notre bonheur individuel et collectif. Si les serviteurs de l’État ne rectifient pas le tir, tôt ou tard, le véritable front social cette fois-ci du pays réel, se présentera à l’État sous la forme d’une bombe sociale qui, risquerait d’emporter tout sur son passage.

Nous sommes tous les fils et filles du Burkina Faso et aucun Burkinabè n’a plus de droits et de devoirs que l’autre. Ainsi, le poids de notre désir de vivre en commun et en harmonie, nous commande de faire appel à notre sens de la responsabilité pour que ce peuple qui a tant souffert, ne soit plus l’éternelle la balle de ping pong de ceux qui jouent des matchs pour un rapport de force quelconque. Pour ce faire, notre pays dans l’intérêt de tous, a besoin d’un véritable plan Tiémoko Marc Garango{footnote}L’intendant militaire Tiémoko Marc Garango a occupé les fonctions de ministre des finances et du commerce sous le Président Sangoulé Lamizana. Suite à la gabegie financière de la première république, il conduisit le redressement financier du pays réalisant des excédents budgétaires entre 1967 et 1970.{/footnote} pour nous sortir de ces petits arrangements scandaleux et à huis clos entre amis. Le sens du sacrifice, l’esprit de dialogue et de sincérité de la fin des années 1960s, dévoient habiter les cœurs et les esprits de ceux qui ont à charge la gestion de notre richesse commune. Du reste, le gouvernement dans un élan de transparence et de dialogue national, devrait traduire l’ensemble des plateformes revendicatives ainsi que les accords, dans les langues nationales pour que le peuple puisse avoir son mot à dire…

En tout état de cause, le gouvernement a un choix à faire. Soit il gère le pays pour des privilégiés (tous ceux et celles qui émargent au budget de l’État), soit il le gère pour le bien-être de tous les Burkinabè. Il y a urgence et il faudra vite choisir!!!

Norbert Zongo laisse à la jeunesse burkinabè et africaine, un héritage inestimable. Il n’a pas obtenu un doctorat mais sa contribution en termes de production intellectuelle surpasse celle de certains académiciens burkinabè. Il n’était pas un homme politique mais en dehors de Thomas Sankara, rares sont les hommes et femmes politiques au Burkina Faso qui jouissent de sa popularité auprès du peuple. Il n’était pas un sain mais vivait en parfaite symbiose avec le peuple. Il n’a jamais fêté son Nième milliard mais il était serviable et utile en ayant le cœur sur la main.
On continuera à se demander comment Blaise Compaoré a-t-il manœuvré pour rester à la tête du Burkina Faso durant 27 ans? Au lendemain du 15 octobre 1987, beaucoup de Burkinabè avaient parié que son pouvoir ne ferait pas long feu. Depuis lors, Blaise Compaoré et son régime ont survécu crise après crise pour finir par prendre en otage tout un peuple pendant près de trois décennies. Pour parvenir à cette fin, le silence a été parmi tant d’autres, un outil de gouvernance entre les mains de l’ancien locataire de Kosyam.
Malcolm X s’est investi au prix de sa vie, dans le combat contre le racisme envers les Noirs. Ce racisme, produit de l’idéologie de la suprématie blanche, avait fait des Noirs Américains des citoyens de seconde zone. La liberté, l’égalité, et la justice leur était refusé ou du moins, s’appliquaient à eux de manière arbitraire… Malcolm X a marqué les cœurs et les esprits de ses concitoyens de l’époque et certaines de ses idées considérées comme radicales de son temps, trouveraient aujourd’hui un écho favorable auprès d’une certaine jeunesse africaine.
L’objectif de cet article c'est de faire appel à la vigilance des Africains, pour que la lutte contre le terrorisme ne devienne pas une excuse des gouvernements africains pour justifier le manque de progrès dans la quête de démocratie et de progrès économique et social.

Blogs en vedette