Vendredi 28 Juillet 2017

Il y avait dans une cité un homme riche et puissant, disposant de plusieurs serviteurs. Se disant pétri d’expérience dans la gestion des affaires de la cité, les habitants décidèrent à un moment donné de faire de cet homme leur roi. Aussitôt son couronnement terminé, le conseil des notables s’organisa et demanda au nouveau roi un traitement spécial et différent des autres serviteurs. Les notables expliquèrent qu’ils sont les faiseurs de rois, les gardiens de la tradition et par conséquent, devraient recevoir plus de faveurs et de bonnes grâces de la part du roi. Ce dernier céda, croyant bien faire.

Les laboureurs, qui ne sont pas très loin du palais royal, apprirent la nouvelle et s’organisèrent à leur tour pour réclamer du roi un meilleur traitement. Ils expliquèrent au roi: ‘’C’est nous qui labourons la terre dans vos champs. Sans nous, vous n’aurez pas assez de vivres pour nourrir les gens de la cour royale, venir en aide au peuple, et en vendre dans les cités voisines. Au regard de la pénibilité de notre travail, nous exigeons désormais, 35% des récoltes de vos champs.’’ Le roi dans son infinie bonté, accepta.

Les guérisseurs qui écoutaient sans dire mots, se rapprochèrent et sans détour racontèrent: “Lorsque vous êtes malade, Oooh grand roi, c’est nous qui vous soyons. Sans nous, vous ne serez plus jamais en bonne santé. Notre métier est cependant très complexe. La santé n’ayant pas de prix, nous demandons de l’or à compter de ce jour, pour nos services”. Le roi prit peur et accepta ces nouvelles revendications.

Comme une fumée, la nouvelle de la capitulation du roi face aux revendications des serviteurs du palais royal se propagea dans tous les coins et recoins de la belle cité. C’est alors que les  eunuques, les griots, les forgerons, les soldats, etc. se précipitèrent chez le roi pour demander leur part. Chaque groupe trouvait des raisons, des astuces pour demander plus d’avantages au roi… Le roi, cet homme riche et puissant, qui se disait expérimenté dans la gestion des affaires de la belle cité, semblait être dépassé par toutes les revendications corporatistes de ses serviteurs. Consumé par cet engrenage de captation de la rente royale par ses serviteurs, le roi n’avait plus de temps pour résoudre les problèmes de son peuple qui, croupissait dans la misère et vivait de plus en plus dans un environnement d’incivisme, d’insécurité et d’injustice. Pendant combien de temps les habitants de la cité supporteront-ils les pratiques de cette cour royale?

Cette histoire fictive… se déroule pourtant sous nos yeux dans notre chère patrie le Burkina Faso. Magistrats, journalistes des médias publics, travailleurs de la santé, policiers, agents du ministère des finances (impôts et trésor publics), etc. tous, ont tour à tour exigé du gouvernement des avantages quelconques sous peine de grèves et de sit-in à répétition.

Comment en est-on arrivé là? Le péché originel du Président Kaboré n’a-t-il pas été le fait d’avoir ouvert la boîte aux pandores en accordant des avantages faramineux aux magistrats? L’argument qui consiste à dire que les magistrats doivent être indépendants financièrement pour ne pas céder à la corruption ou pour maintenir l’indépendance de la justice tient-il la route? Certainement pas! Il suffit de se référer à la définition du mot ‘’corruption’’ et de l’expression ‘’indépendance de la justice’’ pour comprendre que le niveau de traitement salarial du magistrat n’est pas la seule variable indépendante de la corruption au sein de la magistrature ou du manque d’indépendance de la justice dans notre pays. D’autres variables non moins considérables comme les pressions politiques et morales, l’absence d’éthique, l’incompétence, etc. peuvent aussi entrer en ligne de considération.

Pour juguler cette fronde sociale, le Président de l’Assemblée Nationale (PAN) Salifou Diallo, invite le gouvernement à faire preuve de fermeté car dit-il : « une seule catégorie d’agents publics ne sauraient se soustraire à leurs obligations et se prévaloir uniquement de leurs droits.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77442{/footnote}. Portant le 23 mai dernier, les députés ont adopté une  proposition de loi portant statut de la fonction publique parlementaire et il va sans dire que cela aura « une incidence positive sur leur traitement salarial.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Mieux, cette loi prend en compte le volet social que le PAN résume en ces termes : «Il y a dans ce statut le volet social qui a été pris en compte. Désormais, les fonctionnaires parlementaires ont droit à une prise en charge social de façon permanente, au niveau de la santé, des évacuations, au niveau de certains traitements. C’est aussi ça la force de ce statut.»{footnote}http://lefaso.net/spip.php?article77367{/footnote} Faut-il y voir du populisme ou de l’hypocrisie dans cette sortie du PAN? Il trouve acceptables les revendications des députés mais quand il s’agit de ceux des fonctionnaires, il invite le gouvernement à faire preuve de fermeté…

Certains syndicalistes ayant obtenu gain de cause dans leurs revendications, disent fièrement aux autres agents de l’administration, qu’ils méritent leurs avantages et acquis car disent-ils, ils ont lutté et seule la lutte paie. Personne n’est contre le principe de la lutte. C’est plutôt la forme et les moyens de cette lutte qui souvent posent problème. Quel honneur y a-t-il à prendre en otage tout un peuple pour des revendications corporatistes? Par ailleurs, si nous validons le fait que l’État, sans discernement et sans une approche globale, doit récompenser exclusivement les efforts de ceux qui luttent, nous glisserons progressivement dans la logique de ‘’la raison du plus fort est toujours la meilleure.’’ En d’autres termes, le pays sera mis en coupes réglées et c’est celui qui aura le couteau le plus tranchant et le plus long qui découpera sa part fût-elle celle du lion. Que diront alors nos syndicalistes, nos députés et autres serviteurs de l’État quand les militaires sortiront des casernes avec leurs armes pour revendiquer ‘’un statut spécial’’ ou des indemnités quelconques?

Les syndicalistes et le gouvernement  devraient savoir que tous les serviteurs de l’État sont dans le même bateau et aucun n’a plus de mérite que l’autre quant à la noblesse de leur travail. L’enseignant n’a pas plus de mérite que le médecin et ce dernier non plus n’a pas plus de mérite que le collecteur d’impôts, le magistrat, ou le militaire. Par conséquent, le gouvernement devrait sortir de cette logique d’accords quasi secrets et à la tête du client, pour épouser une approche globale qui placera l’égalité, l’équité et la justice dans le traitement des revendications de tous les serviteurs de l’État.

Alors que tous (Gouvernement, fonctionnaires, députés, magistrats, etc.) prétendent revendiquer et/ou travailler au nom et pour le peuple, que dira ce dernier de ces ‘’revendications lib-lib et accords mouta-mouta’’?{footnote}Expression d’un internaut dont le nom de profil sur Facebook est Maixent Somé.{/footnote} Qu’on le veuille ou pas, tout est une question de perspective et de perception et le peuple devrait avoir son mot à dire. Pendant que nos députés, et nos fonctionnaires réclament et obtiennent des prises en charges sociales et sanitaires, l'écrasante majorité du peuple, ceux qu'on appelle malheureusement ‘’les populations’’, eux ils peuvent mourir à Ouagadougou/Bobo-Dioulasso/Tougan/Dori sans avoir droit à des «évacuations sanitaires». Abandonné épisodiquement par des médecins ou à des infirmiers en grève ou qui font à peine leur travail (faute de moyens), ce peuple-là n’a droit à rien, absolument rien du tout. Trouve-t-on cela normal?

Trouve-t-on normal que pour un pays d’environ 19.600.000{footnote}Selon l’INSD, le chiffre exact en terme de projection pour l’année 2017 est de 19.632.147 http://www.insd.bf/n/{/footnote} d’habitants, environ 200.000 personnes happent à eux-seuls 45% des recettes fiscales de l’État pendant que la norme communautaire se situe à 35%?{footnote}http://www.leconomistedufaso.bf/2016/02/08/budget-2016-non-maitrise-des-depenses-de-personnel/{/footnote}Doit-on qualifier de ‘’front social’’ les revendications de 0,01% des Burkinabè? Ne faudrait-il pas simplement qualifier cela de front syndical et y apporter les réponses adéquates en gardant en mémoire les besoins cruciaux du peuple? En dernière analyse, les Burkinabè auront-ils tort de penser que leur administration publique se comporte comme le colon du XIXe siècle?

Pour Albert Memmi, l’usurpation, le profit, et le privilège{footnote}Memmi, A. (1965). The Colonizer and the Colonized. Beacon Press{/footnote} sont les trois attributs qui définissent le colonisateur. C’est surtout la question du profit qui devrait nous interpeller tous. Tout se passe comme si l’administration burkinabè voyait en l’État, son gâteau, sa vache à lait. S’engage alors une lutte féroce corporatiste pour tirer le maximum de profit auprès de cet État. D’où le spectacle ahurissant des plateformes revendicatives, des grèves et autres sit-in au détriment des usagers du service public ou des attentes du peuple. Cette même administration publique prétend que son travail est indispensable pour notre développement. Pourtant, tout donne à croire par moment que cette administration de par sa prédation, son usurpation et ses privilèges, est le premier ennemi de notre bonheur individuel et collectif. Si les serviteurs de l’État ne rectifient pas le tir, tôt ou tard, le véritable front social cette fois-ci du pays réel, se présentera à l’État sous la forme d’une bombe sociale qui, risquerait d’emporter tout sur son passage.

Nous sommes tous les fils et filles du Burkina Faso et aucun Burkinabè n’a plus de droits et de devoirs que l’autre. Ainsi, le poids de notre désir de vivre en commun et en harmonie, nous commande de faire appel à notre sens de la responsabilité pour que ce peuple qui a tant souffert, ne soit plus l’éternelle la balle de ping pong de ceux qui jouent des matchs pour un rapport de force quelconque. Pour ce faire, notre pays dans l’intérêt de tous, a besoin d’un véritable plan Tiémoko Marc Garango{footnote}L’intendant militaire Tiémoko Marc Garango a occupé les fonctions de ministre des finances et du commerce sous le Président Sangoulé Lamizana. Suite à la gabegie financière de la première république, il conduisit le redressement financier du pays réalisant des excédents budgétaires entre 1967 et 1970.{/footnote} pour nous sortir de ces petits arrangements scandaleux et à huis clos entre amis. Le sens du sacrifice, l’esprit de dialogue et de sincérité de la fin des années 1960s, dévoient habiter les cœurs et les esprits de ceux qui ont à charge la gestion de notre richesse commune. Du reste, le gouvernement dans un élan de transparence et de dialogue national, devrait traduire l’ensemble des plateformes revendicatives ainsi que les accords, dans les langues nationales pour que le peuple puisse avoir son mot à dire…

En tout état de cause, le gouvernement a un choix à faire. Soit il gère le pays pour des privilégiés (tous ceux et celles qui émargent au budget de l’État), soit il le gère pour le bien-être de tous les Burkinabè. Il y a urgence et il faudra vite choisir!!!

Le 13 décembre 2016 marquera le 18ième anniversaire de l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo. Le peuple burkinabè attend toujours que la vérité et la justice se manifestent au grand jour… À cet effet, beaucoup marqueront encore cette triste date d’anniversaire par des actions de toutes sortes pour réclamer vérité et justice. Ce qui est  nécessaire et louable. Mais parallèlement à cette quête de justice, peut-être serait-il temps de débuter une sérieuse conversation sur ce que la jeunesse actuelle pourrait apprendre de l’expérience de l’illustre disparu.

Derrière l’image du journaliste d’investigation, se cachait aussi un homme d’affaires. En tant qu’entrepreneur, Norbert Zongo avait le goût de l’aventure et donc, du risque. À titre d’illustration, on peut citer la création de son journal ‘’L’indépendant’’ à un moment où la presse privée était toujours à ses balbutiements. Convaincu de la justesse de sa plume, il n’hésita donc pas à créer l’indépendant au lieu de se contenter de son salaire d’employé à Sidwaya ou à Carrefour africain. Bien avant cela, lorsqu’il eut de sérieuses difficultés avec la fonction publique, il se tourna vers l’agriculture à Léo et son chiffre d’affaire par an dépassait son salaire annuel. Il avait aussi son ranch qu’il mettait en valeur avec ses partenaires.

Combien sont-ils aujourd’hui ces jeunes qui voient en l’agriculture, un secteur où l’on peut s’auto-employer et créer de la richesse au lieu de se plaindre à longueur de journée dans des grains de thé? Combien sont-ils aujourd’hui ces fonctionnaires de l’État dont la routine, les brimades et l’absence totale de perspective de carrière ne les contraignent pas à envisager des possibilités d’accomplissement professionnel et personnel en dehors de l’administration publique? Là où beaucoup baissent les bras, là où certains préfèrent l’assurance du ‘’pourvu que le salaire tombe à la fin du mois’’,  Norbert Zongo lui a préféré aller à la conquête de sa liberté économique en entreprenant… il y a là une leçon à apprendre.

Il est bien vrai que nous ne sommes pas tous doués pour les affaires mais il y a une autre leçon sur la vie de Norbert Zongo et cela concerne son attachement à la dignité et à l’intégrité. Il était très attaché à l’idée de ‘’la réalisation de soi par soi-même’’ c’est-à-dire, vivre à la sueur de son front. Là où certains prenaient des raccourcis pour s’aligner et ‘’manger’’, lui avait opté fermement de faire de son travail un gagne-pain. Il n’était pas une proie facile pour les corrupteurs. En fait, il avait atteint un niveau où il n’était plus du tout une proie pour la corruption. Combien sont-ils aujourd’hui à crier ‘’Justice pour Norbert Zongo’’ mais qui à la moindre occasion, bradent nos deniers publics ou s’engagent dans des actes de spoliation envers les pauvres, les faibles et les exclus? De nos jours, combien de politiciens, d’activistes, ou de citoyens ordinaires célèbrent Norbert Zongo jour et nuit mais dont l’intégrité a été mise à mal sur la place publique du Burkina Faso post insurrection?

Que dire de ces nouveaux riches au Burkina Faso dont l’ascension économique a été si fulgurante, que leurs voisins de quartier n’arrivent plus à voir leur poussière? Considérant qu’ils ont réussi dans la vie, ils ne côtoient plus les petits gens... À ces personnes, la vie de Norbert Zongo pourrait enseigner la modestie, la serviabilité, et surtout l’amour pour le peuple. Comme le Président Thomas Sankara, il croyait au peuple et participait à son éducation, à l’éveil de sa conscience. Malgré sa relative aisance financière, Il était très proche du peuple si bien qu’il vivait avec ce dernier comme un poisson dans l’eau. Malheureusement, nous pouvons en dire moins aujourd’hui avec une certaine frange de notre élite politico-bureaucratique qui, considère son niveau d’éducation ou son statut social comme le point d’achèvement de sa différentiation totale avec le peuple analphabète, au nom duquel il vit et prétend servir.

Une telle élite devient selon Norbert Zongo, ‘’un fruit sans noyau’’ c’est-à-dire, infécond, improductif. Considérons par exemple la production livresque. Ils sont nombreux au Burkina Faso ou dans la diaspora à disposer de tous les instruments de production du savoir mais qui préfèrent briller par la paresse intellectuelle. À toutes ces personnes qui cherchent la rédemption, la vie de Norbert Zongo pourrait servir de boussole. L’homme avait une forte capacité de production. En plus de ses articles de journaux, il a publié deux livres : le parachutage et Rougbêinga. Combien de Burkinabè qui ont des Masters ou des Doctorats ont-ils publié un livre ou simplement des articles d’opinion sur l’actualité sociopolitique et économique? Ceci ne devrait pas être interprété comme une invitation à ne pas acquérir plus de savoir et de connaissance mais de constater que la production intellectuelle n’est pas nécessairement fonction du niveau d’éducation. Combien sont-ils ces hommes et femmes politiques qui après X années d’expériences, ne se soucient aucunement d’écrire leurs mémoires pour la postérité? Il est donc évident qu’on ne peut pas en tant qu’intellectuel burkinabè, célébrer Norbert Zongo et ne pas justifier son intellectualité par l’effort de production et/ou de prises de positions publiques aux côtés du peuple sur les questions brûlantes de son époque. Cela s’appelle simplement l’engagement!!!

Cet engagement militant est quasi inexistant auprès de la majeure partie des intellectuels sous  le soleil du Burkina Faso post-insurrection. Ils sont nombreux les jeunes intellectuels burkinabè qui, ne rêvent plus de changement… Ils semblent avoir démissionnés et commencent à s’accommoder de l’insomnie collective post-insurrectionnelle. Pour eux, la sphère politique est devenue l’objet de dégoût tant ils sont déçus du comportement des acteurs politiques ou de la politique en général. Faut-il rappeler que Norbert Zongo luttait au moment où Blaise Compaoré avait vaincu et réduit l'opposition à de la figuration? L’erreur consiste donc à baisser les bras parce que les hommes politiques nous déçoivent.

Bien au contraire, là où les Hommes politiques rampent dans la bassesse, les intellectuels doivent s’élever par leur sagesse en dénonçant la mauvaise gestion des affaires publiques. Pour ceux qui ont encore le courage de se battre, l’erreur consiste à croire que ce n’est que par le canal de la politique que l’on peut faire changer les choses. La vie de Norbert Zongo est un témoignage vibrant que même en dehors du terrain politique, on peut contribuer au changement social et marquer ainsi son époque. Dans un pays ou toute personne éduquée rêve (secrètement) d’être nommée ministre à défaut de se faire élire Président du Faso, Norbert Zongo nous démontre par sa vie qu’on peut soulever des montagnes et obtenir l’immortalité sans nécessairement être un politicien de carrière. Ceci ne devrait pas être interprété comme une invitation aux jeunes à se désengager de la politique, mais de savoir qu’en dehors de la sphère politique, on peut aussi œuvrer pour le changement social. Pour cela, chacun à quelque niveau que ce soit, doit avoir le courage de faire son devoir et non de se contenter de ce qu’il veut ou peut faire. C’est en remplissant nos devoirs individuels que nous réaliserons un sursaut collectif en tant que peuple vers le changement tant désiré. Comme Norbert Zongo, nous sommes tous invités à nous libérer du vouloir et du pouvoir pour devenir ce qu’il appelait, ‘’des couveuses de conscience’’ et poursuivre la lutte.

Au final, on retiendra que Norbert Zongo laisse à la jeunesse burkinabè et africaine, un héritage inestimable. Il n’a pas obtenu un doctorat mais sa contribution en termes de production intellectuelle surpasse celle de certains académiciens burkinabè. Il n’était pas un homme politique mais en dehors de Thomas Sankara, rares sont les hommes et femmes politiques au Burkina Faso qui jouissent de sa popularité auprès du peuple. Il n’était pas un sain mais vivait en parfaite symbiose avec le peuple. Il n’a jamais fêté son Nième milliard mais il était serviable et utile en ayant le cœur sur la main. Si l’État burkinabè ne veut pas rendre justice à Norbert Zongo, nous pouvons nous citoyens de ce pays, chacun en ce qui le concerne, rendre une certaine justice à cet homme en intégrant dans nos comportements de tous les jours toutes ces qualités dont il a fait montre. 

S’il n’avait pas été brutalement assassiné, s’il était toujours en vie, Malcolm X aurait eu 92 ans en ce mois de mai 2017. Il est incontestablement l’un des grands activistes américains de sa génération dans la lutte pour les droits civiques et politiques des Noirs Américains. Au sein de l’establishment américain, Malcolm X a toujours été présenté sans nuance, comme quelqu’un de violent, par opposition à Martin Luther King qui lui, prônait la non-violence. Quel était la véritable teneur de son message?

Malcolm X s’est investi au prix de sa vie, dans le combat contre le racisme envers les Noirs. Ce racisme, produit de l’idéologie de la suprématie blanche, avait fait des Noirs Américains des citoyens de seconde zone. La liberté, l’égalité, et la justice leur était refusé ou du moins, s’appliquaient à eux de manière arbitraire… À travers sa première organisation ‘’La Nation de l’Islam’’, Malcolm X a marqué les cœurs et les esprits de ses concitoyens de l’époque. Placé dans son contexte historique, certaines de ses idées qui étaient considérées comme radicales, trouveraient encore aujourd’hui un écho favorable auprès d’une certaine jeunesse africaine.

La première de ces idées, c’est l’estime de soi qui pour lui, doit naître de la fierté d’être Noir, laquelle fierté devrait découler de la découverte de la riche culture du peuple noir. C’est pour se reconnecter avec son passé qu'il a choisi de renoncer à son nom de naissance (Little) parce que c'était un nom d'esclave. Il a choisi X, pour mieux énoncer qu'il a été coupé de son passé et que les Noirs américains étaient dans une crise d'identité. À propos de cette crise identitaire, il disait: “A race of people is like an individual man; until it uses its own talent, takes pride in its own history, expresses its own culture, affirms its own selfhood, it can never fulfill itself.”{footnote}http://malcolmx.com/quotes/{/footnote} Ainsi expliquait-il aux Noirs Américains que sans estime de soi, ils ne pourraient rien accomplir de grand pour eux-mêmes et pour leur communauté. Pour Malcolm X, la fierté d’être un Noir ne devrait pas être une affirmation stérile. Elle devrait plutôt être consciente et active pour faire du Noir Américain un sujet à part entière et non un objet (de l’homme blanc).

Ce message de Malcolm X est toujours d’une actualité déconcertante dans la mesure où beaucoup d’entre nous individuellement ou collectivement, ont perdu (à jamais??…) cette estime de soi. On rencontre dans nos associations, dans nos ministères, nos partis politiques, etc., des hommes et des femmes africains qui n’ont rien d’africain excepté la couleur de leur peau. Ils ne croient pas en l’utilité de la culture africaine qu’ils rejettent en bloc pour embrasser d’autres cultures, jugées plus évoluées, plus modernes. De ce fait, tout ce qui vient de chez eux, est taxé de mauvais, de traditionnel, d’archaïque. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de nos décideurs africains à quelque niveau que ce soit, soient simplement des personnes déboussolées par le complexe d’infériorité car vivant dans une réalité d’aliénation mentale et culturelle. C’est en vain qu’on attendra d’eux, de la créativité, de l’innovation, de l’originalité pour répondre aux besoins de leurs communautés, de leurs peuples.

La seconde idée chère à Malcolm X, c’était l’indépendance économique des Noirs Américains. Il avait vite compris que sans pouvoir économique, les droits civiques et politiques que les Noirs réclamaient, n’auraient pas un réel pouvoir de transformation de la réalité socio-économique des Noirs Américains. Pour lui, ‘’the black man should have a hand in controlling the economy of the so called negro community. He should develop the type of knowledge to enable him to own and operate the businesses and thereby be able to create employment for his own people, for his own kind.’’ {footnote}https://www.pbslearningmedia.org/resource/arct.socst.ush.mxballot/malcolm-x-preaches-black-self-empowerment/#.WSNboOvyjX4{/footnote} C’est pour cette raison qu’il demandait aux Noirs de l’époque de mieux s’organiser entre eux pour la création d’entreprises afin que l’argent des leurs circule d’abord au sein de la communauté. Le slogan qu’il avait d'ailleurs lancé à ce propos était : ‘’Buy Black’’. Un message poignant que les révolutionnaires burkinabè avaient repris à leur compte dans le slogan ‘’produisons et consommons burkinabè’’.

De nos jours au niveau individuel, nous dilapidons de l’argent pour l’achat du luxe d’ailleurs au lieu d’investir au sein de nos différentes communautés pour créer de la richesse locale. Madame préfèrerait une robe de mariage qui vient de Paris et Monsieur un costume qui vient d’Italie au lieu de coudre tous les deux leurs habits de mariage chez le talentueux styliste modéliste du quartier. Au niveau national et continental, toutes les économies africaines sont extraverties surtout les pays ayant en partage le FCFA. Le commerce intra africain est très faible ce qui fait que l’on s’appauvrit chaque année un peu plus. Sans ambitions pour une indépendance économique réelle, nos États végéteront toujours dans la mentalité d’assisté faisant croire à leurs peuples qu’ils sont pauvres...

Une autre idée de Malcolm X qui résonne encore pour les Africains de notre époque, c’est l’idée de l’union. Après sa séparation avec la Nation de l’Islam, après avoir entrepris une tournée mondiale, la pensée de Malcolm X a évolué pour embrasser une vision plus globale. Ainsi voit-on son combat évoluer de la question raciale à celle des droits humains, de l’anti-impérialisme. Il explique alors que la question raciale n’est pas seulement une question américaine. C’est aussi une lutte connectée à celle contre l’impérialisme, une lutte des opprimés contre les oppresseurs, une lutte des exploités contre les exploiteurs. Pour gagner cette lutte, Malcolm X entrevoyait l’union entre Noirs pour lutter contre un ennemi commun incontournable. Il disait à juste titre que les Noirs ne pourront pas s’unir avec d’autres peuples pour défendre leurs intérêts s’il n’y avait pas au préalable une union entre Noirs.

Que gagne chacun des 54 pays africains au sein du système des Nations Unies? Imaginons l’Organisation des Nations Unies avec une seule voix africaine; le monde changerait à jamais. Au niveau personnel et individuel, nous peinons dans l’action collective, la co-création. Combien de jeunes professionnels s’associent pour créer des entreprises, ou écrire des articles ou des livres? On se nuit collectivement par notre incapacité à surpasser nos égos, pour coproduire et faire partir de quelque chose de plus grand et de plus durable que nos propres personnes.

En définitive, malgré les nombreuses décennies qui se sont écoulées depuis la disparition de Malcolm X, son combat pour la liberté, l’égalité et la justice demeure toujours d’actualité pour les Africains. Sans estime de soi, sans pouvoir économique, sans union de l’Afrique, nous Africains n’arriverons pas à jouir individuellement et collectivement de notre liberté, et nous souffrirons toujours du complexe d’infériorité devant les autres peuples de la terre.


 Les terroristes ont encore frappé en Afrique. Cette fois-ci en Côte D’Ivoire tuant lâchement des innocents sur la plage de Grand Bassam. Et comme il fallait s’y attendre, la vague des réactions n’a pas tardé sur le continent. Des palais présidentiels aux chancelleries diplomatiques en passant par les réseaux sociaux, de partout en Afrique, pleuvent des messages d’indignation, de compassion  et de soutien indéfectible au peuple ivoirien. Une observation froide de la forte médiatisation de chaque attaque terroriste en Afrique ainsi que des messages de soutien aux pays affectés, conduit à une grande interrogation: cette pression médiatiatique ne poussera-t-il  pas les gouvernements à consacrer plus d’efforts à la lutte contre le terrorisme au détriment d’autres problèmes aux effets aussi dévastateurs que les attaques djihadistes?

Le terrorisme a toujours existé mais depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York City, le phénomène a pris une ampleur mondiale aidé en cela par l’avancée technologique dans le monde de la communication qui a permit une diffusion à grande échelle de chaque attaque terroriste. En reponse aux attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain de l’époque aidé pas les médias occidentaux, a forgé le concept de “global War on Terrorism”. Il s’agissait de mobiliser à l’echelle mondiale des moyens militaires, politiques, diplomatiques et légaux pour combattre sur toute la planète toutes les organisations déclarées terroristes ainsi que les pays qui les soutiennent.

La lutte contre le terrorisme s’est donc invitée en Afrique et occupe désormais le top de l’agenda des relations entre l’Afrique et ses partenaires bilatéraux traditionnels avec à la clé, des financements... Les gouvernements africains et leurs élites bon gré mal gré, se sont embarqués dans cette lutte sans pour autant avoir le monopole de l’initiative et ou du contrôle des opérations sur leurs territoires. Ainsi voit-on des initiatives externes se multiplier en Afrique de l’Ouest à grand renfort de tambours, pour contrer l’expansion du terrorisme. Il y a par exemple, le « Trans-Sahara Counterterrorism Partnership (TSCTP)» qui est une initiative américaine destinée à contrer la menace terroriste dans la région du Sahel. La France quant à elle, a aussi lancé son opération dénommée « Barkhane » pour lutter contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne, etc.

En l’absence de discernement, les pays africains courent simplement le risque de s’engager corps et âmes dans la guerre des autres et ignorer les vrais problèmes qui dévastent au quotidien leurs peuples. En effet, il faut bien comprendre que l’essor économique, politique et culturel de l’Afrique n’est pas forcément très bien vu et apprecié partout au niveau international. l’Afrique malgré elle est engagée dans une certaine lutte et certains pays utiliseront tous les moyens possibles pour freiner son avancée. Par exemple, sans Boko Haram au Nigeria, ce pays, déjà première puissance économique du continent, pouvait être une grande puissance économique du G20, et servirait ainsi de levier pour toute la sous-région. L’exportation du terrorisme sur le sol africain peut donc devenir un moyen de diversion des États africains qui se retrouvent à mettre plus l’accent sur la lutte contre ce nouveau fléau, au detriment des priorités telles la santé pour tous, l’autosuffisance alimentaire, la revalorisation de notre culture etc.

Ce qui est en débat ici, ce n’est pas une intention de minimiser l’importance de la  ménace terroriste en Afrique. Ce n’est pas non plus une entreprise de justification, ou de défense des djihadistes et des actes terroristes qui s’orchestrent en Afrique. L’objectif recherché, c’est de faire simplement appel à la vigilance des Africains, pour que la lutte contre le terrorisme ne devienne pas une excuse des gouvernements pour justifier le manque de progrès dans la quête de démocratie et de progrès économique et social.

Les pays africains devraient donc revoir leur approche de la lutte contre le terrorisme en remportant d’abord des victoires en amont de cette lutte. La première des victoires à remporter, c’est celle de l'exercice total de leur souvereineté (interne et externe) sur le plan militaire. Pour ce faire, la présence militaire étrangère sur le sol africain (qui faut-il le rappeler précède les attaques terroristes) devrait être remise fondamentalement en cause. Il faut ôter aux terroristes un de leurs arguments de poids justifiant la conduite de leurs attaques sur le sol africain. De la même manière que la présence de bases militaires américaines en terre sainte de l’Islam (Arabie Saoudite) est évoquée comme prétexte pour la conduite du djihad contre les occidentaux, de cette même manière, la présence de bases militaires francaises et américaines en Afrique ne lui rend pas service dans la lutte contre le terrorisme. L’Afrique n’a donc pas d’autre choix que de développer une puissance militaire à l’echelle régionale ou continentale pour assurer sa propre défense. Si tel était le cas, des groupes comme AQMI, Al Shabab, ou Boko Haram n’auraient pas pu s’installer sur le continent. L’union devient donc incontournable car sans une union politique, il n’y aura pas de force militaire regionale ou continentale effective.

La seconde victoire a remporter et la plus importante, c’est celle de la justice sociale. L’extrême pauvreté, les inégalités dans la réaprtition de la richesse nationale, le dénie de justice, la corruption, etc., tous constituent à n’en point douter des terreaux pour l’expansion des recrutements terroristes avec les jeunes comme cibles. Ainsi, les États africains en lieu et place de concentrer exclusivement leurs efforts sur les (risques d’) attaques djihadistes, devraient surtout combattre sans merci les criminels aux cols blancs qui opèrent au jour le jour dans leurs pays. Qui sont-ils ces criminels aux cols blancs?

On le sait, les terroristes qui attaquent l’Afrique sont généralement armés de Kalachnikov ou d’explosifs autour de la ceinture et d’une mauvaise interprétation de l’islam comme idéologie. Les criminels africains aux cols blancs eux, ont le stylo ou l’ordinateur à la place de la Kalachnikov. La cupidité, la bassesse, et la soif du pouvoir constituent leurs ceintures explosives. Leur “idéologie” est un savant mélange de prétentions démocratiques, de droits de l’homme et de lutte contre la pauvreté.

Par ailleurs, ces criminels aux cols blancs causent aussi d’énormes pertes en vies humaines en Afrique. Quand un opérateur économique vent consciemment des produits périmés aux consommateurs, il fait des victimes silencieuses. Que penser de ces médecins, de ces spécialistes en chirurgie et autres dans les hôpitaux publiques ou dans les cliniques privées, qui ont paralysé à vie leurs patients quand ils ne les ont pas simplement envoyés auprès de Dieu avant l’heure? Leur incompétence, leurs absentéismes, et leurs erreurs médicales ou de diagnostic ne font-ils pas plus de morts sur le long terme qu’une attaque terroriste isolée? Bref, les attaques terroristes en Afrique  font de nombreuses victimes mais gardons aussi à l’esprit que les criminels aux cols blancs en font autant sur le long terme sinon même plus.

En plus, comme les terroristes, les criminels africains aux cols blancs posent aussi des actes d’une lâcheté et d’une ignominie indescriptible. Quand les présidents Sarkozy, Cameron, et Obama ont organisé une “expédition punitive” contre la Libye et qui a conduit à l’assassinat de Mohamed Kadhafi, le silence et l’impuissance des chefs d’États africains ne sonnent-t-ils pas comme une lâcheté ou une honte inacceptable?

Enfin, beaucoup d’Africains se sentent insultés lorsque des gens se cachent derrière leurs religions pour commettre des attaques terroristes au nom de leur Dieu. Ils devraient l’être aussi lorsque des criminels aux cols blancs utilisent le couvert de la démocratie ou de la lutte contre la pauvreté pour assouvir leur soif d’argent et de pouvoir. Par exemple, que dire de ces régimes claniques qui charcutent les constitutions pour se maintenir au pouvoir durant des décennies contre le gré de leurs peuples? Combien d’hommes politiques africains ont initié, inspiré des rebellions pour conquérir le pouvoir par les armes? Combien sont-ils ces hommes d’États qui ont conspiré pour déstabiliser des pays voisins à travers des coups d’État et autres attaques à la souveraineté de ces pays? La crise ivoirienne des années 2000 et la tentative de coup d’État de septembre de 2015 au Burkina Faso en dit long sur le manque d’honneur de ces criminels africains aux cols blancs.

Pour clore, l’Afrique devrait faire preuve de vigilance pour que sa lutte contre le terrorisme ne se fasse pas par procuration. Elle ne devrait pas non plus par manque d’action collective et de stratégie, laisser le terrorisme du reste du monde s’exporter sur son territoire pour finir par être un simple outil dans la guerre des autres. Elle devrait plutôt prendre le contrôle de son agenda de lutte contre le terrorisme qui passera forcément par l’exercise totale de sa souveraineté au plan militaire et surtout un engagement pour plus de justice sociale à travers une lutte féroce contre ses propres criminels aux cols blancs. Ces derniers ne portent pas de kalachnikov, mais ils utilisent des stylos et des ordinateurs. Ils ne sont pas cagoulés avec des treillis militaires mais portes des costumes cravates ou des bazins trois pièces. Ils ne publient pas de vidéos pour revendiquer leurs actes mais préfèrent opérer à l’abri des caméras. Pourtant, ils enfoncent l’Afrique chaque jour dans la misère et l’éloigne de sa quête de démocratie véritable. Leurs actes sont plus répugnants et dévastateurs sur le long terme que les attaques djihadistes et terroristes isolées. Il ne s’agit point ici de défendre les djihadistes mais d’inciter à la vigilance pour ne pas mobiliser nos maigres ressources pour combattre des attaques périodiques et isolées et oublier nos “vrais problèmes”.

 

Les raisons ne manquent pas pour expliquer le mutisme de Blaise Compaoré durant son règne. Pour les uns, il manque de curiosité intellectuelle et idéologique. L’homme n’avait pas la même brillance intellectuelle que son frère et ami Thomas Sankara qui lui, était en parfaite symbiose avec l’art oratoire. Pour les autres, c’est sa nature réservée et introvertie qui faisait qu’il s’exprimait peu en public. Sa parole était rare pour les Burkinabè au point que certains considéraient cela comme la manifestation de son mépris envers son peuple. Quoi qu’il en soit, Blaise Compaoré a toujours œuvré pour éviter au maximum les longs et fréquents exercices de communication avec son peuple. En 27 ans de pouvoir, on peut compter sur le bout des doigts le nombre d’interviews qu’il a eu à accorder à la presse écrite ou aux radios nationales. C’est à croire que le silence était devenu pour lui un outil de gouvernance par défaut.

Pourtant, tout leader d’un pays démocratique, cristallise en lui les espoirs, les rêves et le désir de grandeur de son peuple et par conséquent, est tenu de communiquer régulièrement avec ce dernier dans le souci de rendre compte et de prévenir les crises. Dans les démocraties contemporaines, les présidents et leurs partis politiques sont parfois les moteurs et les régulateurs de la vie politique nationale. À ce titre, les crises deviennent des opportunités à saisir pour mieux communiquer avec leurs peuples sur la vision qu’ils ont de leur devenir et surtout, comment ils comptent les conduire vers des sorties de crises ou vers la terre promise du bonheur national.

Pour Blaise Compaoré, c’était tout le contraire. À chaque crise, il s’enfermait davantage dans le silence pour laisser pourrir la situation… On pourrait penser que ce choix est lié au fait que l’ex président du Faso ne voulait pas faire ombrage à ses premiers ministres. Toutefois, certaines crises le concernaient directement ou indirectement et nécessitaient une communication effective et constante de sa part envers le peuple. Par exemple, suite à l’assassinat de Norbert Zongo, il ne s’est exprimé que quand la situation était au bord du précipice et ce malgré le fait que sa garde rapprochée et son propre petit frère avaient été mis en cause. Aussi, durant les mutineries de 2011, il a fallu que la grogne gagne plusieurs casernes du pays avant que le président ne sorte de son silence. Pour ce qui est de la révision de l’article 37 de la constitution devant lui permettre de briguer un troisième mandat, il ne s’est exprimé que tardivement sur des chaines étrangères pour communiquer avec son peuple.

C’est à croire qu’à chaque crise, l’instauration de la chienlit était devenue un objectif politique impératif à atteindre à court ou moyen terme, pour en tirer un dividende politique majeur sur le long terme: gagner du temps pour survivre politiquement. Cette stratégie du silence combinée à la terreur qu’il avait érigée en mode de gouvernance marchait parfaitement dans les années 1990 et 2000. Les Burkinabè durant cette période sont restés silencieux parce que intimement convaincus que leur silence protégerait leur travail, leur bien-être et celui de leurs familles. Pour certains, le silence était même une assurance vie… Cela a fonctionné jusqu’à ce que de jeunes insurgés se demandent si le silence serait l’héritage qu’ils laisseraient à leurs enfants. La suite, on la connait.

En réalité, l’un des plus grands désastres que le régime Compaoré a provoqué sur le peuple burkinabè, ce n'est pas seulement la «mort du Burkindlim» mais c'est le forgeage d'un peuple inerte et silencieux, jusque dans la vie professionnelle et sociale. Les Burkinabè souffrent dans leur ensemble d’un déficit de communication et il est évident que sans communication, même les collaborations les plus élémentaires de la vie sociale sont impossibles, à plus forte raison celles qui doivent mobiliser des gens d’horizons divers qui ne se connaissent même pas. Ceux qui ont l’occasion de comparer le comportement social des Burkinabè à celui des autres pays, remarquent toujours ce silence parfois lourd et étrange chez les Burkinabè surtout au niveau de l’élite et des intellectuels. Un silence que l’on peut prêter à une modestie légendaire mais qui, pourrait aussi tirer sa source dans le climat de peur et de terreur instauré par Blaise Compaoré.

Roch Marc Christian Kaboré qui a été élu haut les mains dès le premier tour de l’élection présidentielle, possède toutes les cartes en main pour marquer une rupture définitive avec les méthodes de Blaise Compaoré en matière de communication. Pourtant, son attitude sur les récents évènements au Burkina Faso semble indiquer qu’il n’est pas prêt à opérer cette rupture. Il s’est brièvement exprimé sur la question des Kogolwéogo et des incendies dans les marchés populaires. Durant l’attaque terroriste de splendide hôtel, le président et tout son gouvernement, se sont complètement effacés pour que le vide laissé soit comblé par l’ambassadeur de France en poste au Burkina Faso. Sur l’annulation des mandats d’arrêts contre Blaise Compaoré et Guillaume Soro, et sur les libertés provisoires accordées aux personnes suspectées de complicité dans la tentative de putch du Gal. Diendéré, le président Kaboré ne semble pas rassurer son peuple. Quant à la recrudescence des actes de protestations ou d’incivisme à travers tout le pays, Kosyam est toujours silencieux.

Pourtant, dans ce tournant décisif de l’histoire politique de notre pays, la voix du président Kaboré devrait être celle qui réunit les Burkinabè, celle qui pansent les plaies et qui renforce la solidité de la cohésion sociale. Il est bien vrai que le silence, c’est aussi l’expression de la vertu qu'ont les grands hommes d'État. Dans certaines situations de crise, ces derniers prennent parfois le recul nécessaire pour mieux apprécier tous les contours des problèmes avant de se prononcer ou d'agir. Toutefois, dans la situation actuelle du Burkina Faso, il est grand temps pour le président Kaboré  de monter au créneau pour prouver qu’il sait où est-ce qu’il veut conduire le peuple burkinabè. Son rôle en tant que président c'est aussi d'être le porte-étendard du pays, de projeter la fierté et de façonner l'esprit national.

Pour ce faire, il lui appartient de trouver les voies et moyens pour gouverner par l’image et la parole et communiquer directement et régulièrement  avec les Burkinabè, par-dessus les intérêts corporatistes, les partis politiques ou même l’Assemblée Nationale. C’est seulement cet exercice qui lui permettra de mieux expliquer ses choix politiques, de justifier ses décisions sur les questions brulantes de l’heure et surtout de rester à l’écoute sur les préoccupations du Burkinabè de la rue ou des villages. La presse écrite nationale et les radios FM locales lui seront d’un appui incontournable dans cette entreprise de communication avec son peuple. Un peuple qui aujourd’hui, a soif d’information sur son avenir et ne se contentera plus de discours solennels prononcés de temps à autre à la Radio-Télévision Burkinabè (RTB). Donc, Monsieur le président, une seule leçon demeure: se terrer dans le silence ne fait pas disparaitre une crise. Il faut mieux communiquer avec votre peuple ou périr (politiquement)!!!

Il n’y a plus de doute possible. Les armées américaines et françaises ont une présence effective sur le sol burkinabè. MaliJet{footnote}http://www.maliweb.net/armee/loperation-barkhane-france-disposera-bases-militaires-gao-tessalit-430422.html{/footnote}. parle de la prédisposition au pays des hommes intègres, de forces spéciales de l’armée française, prêtes à agir à tout moment. Le journal Le Monde va plus loin en révélant qu’environ 220 soldats{footnote}http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/30/des-militaires-francais-soupconnes-de-pedophilie-au-burkina-faso_4665222_3212.html{/footnote} français sont stationnés au Burkina Faso. Le journal Jeune Afrique{footnote}http://www.jeuneafrique.com/141632/politique/au-burkina-faso-l-arm-e-fran-aise-se-fait-discr-te/{/footnote} explique à son tour que ces hommes des opérations spéciales françaises sont des instructeurs, des pilotes, des mécaniciens et des soldats d’élites, tous présents au Burkina Faso depuis deux ans. Le Washington Post{footnote} https://www.washingtonpost.com/world/national-security/us-expands-secret-intelligence-operations-in-africa/2012/06/13/gJQAHyvAbV_story.html{/footnote} signale de son côté la présence à l’aéroport de Ouagadougou d’un personnel de l’armée américaine travaillant pour le compte d’une opération de surveillance du nom de code de « Creek Sand ». Le Journal Libération confirme cela de manière ironique en affirmant que « sur l’aéroport de la capitale, les Français côtoient leurs homologues américains qui sont également à demeure au Burkina Faso, un pays jusqu’ici prisé pour sa stabilité politique que pour sa vitalité démocratique{footnote}http://www.liberation.fr/monde/2014/11/03/le-burkina-faso-une-base-pour-paris_1135494{/footnote}. » Il ressort clairement que le monde entier est au courant de la présence de ces deux forces étrangères sur notre sol sauf vraisemblablement le peuple burkinabè, sa presse, et ses dirigeants qui, jouent à la politique de l’autruche avec cette question.

Pourtant, Américains et Français, à la faveur de la lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo sahélienne, ont profité pour réorganiser leur présence militaire en Afrique de l’Ouest. Ainsi voit-on les français lancer l’opération Barkhane le 1er aout 2014, avec un pôle de renseignement à Niamey (Niger), un groupement tactique désert à Gao (Mali), une force aérienne à N’Djamena (Tchad), et enfin des forces spéciales à Ouagadougou. Les Etats Unis quant à eux, considèrent le Burkina Faso comme un allié stratégique au plan militaire, dans leur programme de lutte contre le terrorisme dans le sahel, opérationnel depuis 2005.

Si l’objectif de ces armées c’est de combattre effectivement les djihadistes et terroristes, pourquoi ne vont-elle pas s’implanter ou renforcer leur présence au Cameroun, au Mali, au Nigéria, ou en Somalie ? Comment peut-on expliquer la présence de troupes d’élites étrangère au Burkina Faso pour combattre un ennemi qui ne s’y trouve pas ?

On pourra spéculer indéfiniment sur les raisons réelles de la présence de ces forces militaires étrangères dans notre pays. Toutefois, cela n’écartera point les épineuses questions de savoir par quel mécanisme juridique ces forces étrangères se retrouvent-elles au Burkina Faso ? Pour combien de temps ? Et quel impact cela aurait-il sur l’indépendance d’action de notre État ? Ce sont là des questions bien embarrassantes à Ouagadougou.

D’un point de vue burkinabè, cette présence militaire de puissances étrangères sur notre sol pose cinq problèmes majeurs. Le premier et le moins surprenant, ce n’est pas tant l’attitude hégémonique et expansionniste de la France ou des USA mais l’inqualifiable incapacité des dirigeants de la IV République à assumer l’histoire récente de notre peuple souverain. En effet, on peut tout reprocher à Maurice Yaméogo sauf le courage politique qu’il a eu de fermer la base militaire française à Bobo Dioulasso dès les toutes premières heures de l’indépendance de notre pays. En acceptant la présence militaire française et américaine dans notre pays, Blaise Compaoré et son régime ont bradé le peu de souveraineté qui nous restait en matière de défense nationale. Ils ont mis fin à une cinquantaine d’année de résistance des autorités burkinabè pour abriter des forces armées étrangères sur notre territoire.

Ce régime en pleine déconfiture, a cru en tirer des dividendes en termes de soutien et de protection de son pouvoir par ces deux puissances surtout au lendemain de la mutinerie de 2011. Blaise Compaoré et tous les futurs présidents de notre pays doivent retenir cette leçon : En politique, aucune armée étrangère ne peut garantir la sécurité d’un président détesté et vomi par son peuple. La meilleure protection, c’est celle du peuple et non le fait d’avoir des armées étrangères sur son sol. Aussi, la seule et unique façon pour un leader de se protéger contre le courroux de son peuple, c’est de l’aimer, et de servir ses intérêts sans compromission. Que les vainqueurs de l’élection présidentielle d’octobre 2015 prennent bien note!

Le second problème, c’est la question de l'attachement des leaders politiques actuelle à la souveraineté du Burkina Faso. Face à cette présence de bases militaires étrangères que l’on pourrait qualifier de menace sur la souveraineté de notre pays, comment expliquer le silence de la plupart des leaders des partis politiques sur cette question ? La raison est simple : c’est par pur calcul politique. Chaque parti voulant s’attirer les faveurs de l’une ou l’autre de ces deux puissances pour les élections présidentielles d’octobre prochain, évite soigneusement les sujets qui fâchent. Pourtant, nul ne peut douter que les intérêts des États sont parfois divergents et on est en droit de poser la question de savoir si les candidats aux élections ne sont pas prêts à vendre les intérêts de notre pays si cela leur permettait d'accéder au pouvoir?

Un troisième problème que soulève cette présence militaire étrangère au Burkina Faso, c’est la question de notre démocratie. Quelle est le fondement juridique de la présence des forces étrangères sur notre territoire ? L’article 59 de notre constitution stipule qu’ : « (…) En aucun cas, il ne peut être fait appel à des forces armées étrangères pour intervenir dans un conflit intérieur. (…) » Si déjà notre loi fondamentale rejette l’idée de la présence d’armées étrangères dans notre pays en cas de conflit intérieur, comment justifier la présence de telles armées sur notre sol en l’absence de conflits intérieur ? L’ancienne Assemblée Nationale s’est-elle prononcée sur la question ? Somme toute, tout porte à croire qu’il existerait une flagrante contradiction entre ces opérations quasi secrètes sur notre sol et la prétention de ces deux puissances à défendre la démocratie et la transparence au Burkina Faso.

Le quatrième problème, c’est l’utilité réelle ou imaginaire du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) dans notre pays. Il a été scandé sur tous les toits que le RSP est une unité d’élites aguerrie aux questions de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme. Si tel est le cas, comment expliquer que notre pays accepte la présence de 220 hommes d’élites de l’armée française sur notre territoire alors que nous en disposons de 1300 ? Quand le chien d’un voisin très éloigné vient défendre ta cour, il faut se poser de sérieuses questions sur l’utilité de son propre chien.

Le cinquième problème, c’est l’influence à terme que Paris et Washington auront sur nos choix politiques tant au niveau domestique que sur le plan international. De la même manière que les graines de mil ne se sentiront pas en sécurité devant la poule, il faut savoir qu’aucun régime politique au Burkina Faso n’aura les mains libres avec la présence de bases militaires de puissances étrangères sur son territoire. Déjà que sans présence militaires ces deux puissances extérieures avaient des moyens de pressions sur notre État, ce n’est pas maintenant qu’ils ont des bases militaires dans notre pays que de telles pressions s’estomperont.

Au final, nous avons manqué une opportunité en or pour résoudre une bonne fois pour toute, ces cinq problèmes. Le soulèvement populaire d’octobre dernier avait créé les conditions d’une remise en cause de cette présence militaire dans notre pays. Il est fort regrettable que ni les partis politiques, ni le Conseil National de la Transition (CNT) n’aient profité pour exiger le départ de ces bases militaires de notre sol. Les Organisations de la Société Civile (OSC) semblent aussi avoir baissé leurs gardes. Sinon, comment expliquer leur silence sur les soupçons de pédophilie à l’endroit de deux fillettes par des deux soldats français à Ouagadougou{footnote}http://www.liberation.fr/monde/2015/07/01/deux-soldats-francais-soupconnes-de-pedophilie-au-burkina-faso_1341103{/footnote} ? Si bon nombre de nos OSC clament leur attachement à la justice, à la transparence et à la souveraineté de notre peuple, on ne peut que s'étonner qu’aucune protestation n’ait été conduite sur le rapatriement de ces deux soldats français!

Rien n’est perdu car le peuple burkinabè a le droit et la légitimité de son côté. Aucune force militaire étrangère ne peut s’installer dans un vrai pays démocratique sans au préalable un véritable débat au sein de son assemblée nationale. Aussi, dans l’élan de la consolidation de notre démocratie, il est plus que souhaitable que les prochains élus du peuple se saisissent de cette question d’intérêt national. Pour ce faire, nous avons le devoir d’accentuer la pression sur nos hommes politiques afin qu’ils agissent en vrais responsables dignes de la confiance du peuple pour ce qui concerne sa liberté et sa souveraineté. Les organisations de la société civile (OSC), les leaders d’opinion, la presse et les média, les syndicats, les intellectuels, etc., tous, nous devons prendre au sérieux cette question et exiger des réponses à nos hommes politiques. Il y va de la liberté et de l’avenir de nos enfants car lorsque ces deux puissances installent des bases militaires dans un pays, elles ont tendance à y demeurer... indéfiniment!!!

Dans la crise politique actuelle qui oppose l’ex majorité d’une part et les acteurs et sympathisants de l’insurrection populaire d’autre part, il n’est pas rare de lire des vagues de critiques contre les hommes politiques de chaque camp. Si ce n’est pas le manque de dignité des premiers, c’est le manque de vision et l’inorganisation des seconds qui sont mis en cause. Quoi de plus normal dans une démocratie (naissante) que d’avoir un débat vivace. Le problème parfois, est que ce débat est très souvent orienté contre les politiciens de tout bord et rien n’est dit sur l’attitude des intellectuels.

Entendons-nous bien: cet écrit ne se focalisera pas sur le sens équivoque du mot intellectuels. Je ne traite pas ici de ceux chez qui si l’on retire Socrate, Platon, Lénine, Karl Marx, etc., de leur vocabulaire, ne sauront plus développer une pensée critique sur un problème propre à la société Burkinabè. Je ne traite pas non plus de ceux qui connaissent tout des autres peuples de la terre et rien sur eux-mêmes. Enfin, il ne s’agit surtout pas de ceux qui, après plusieurs années sur les bancs d’écoles, sont toujours prisonniers des enseignements et formules chocs de leurs professeurs. Le Burkina Faso n’a pas besoin de tels intellectuels pour la simple raison qu’ils sont incapables de conceptualiser, innover, ou de rêver pour inventer du neuf et résoudre les problèmes du peuple burkinabè. Ils finissent par se scléroser.

Le mot intellectuel ici, désigne toute personne dont le capital de savoir (académique ou pas) lui permet de prendre du recul, pour comprendre les enjeux sociaux, politiques, technologiques, économiques, etc. du moment pour proposer une voie à suivre pour le reste de la société. Cela demande parfois du courage et surtout de la ténacité pour affronter toutes sortes d'obstacles afin d’assumer ce rôle. C’est ici l’occasion de rendre un vibrant hommage à tous ces intellectuels burkinabè qui ont le courage de sortir du domaine neutre et parfois froid de leurs disciplines scientifiques pour opérer sur le champ des opinions afin d'éclairer notre peuple.

Pour le reste des intellectuels burkinabè, leur point commun, c’est la passivité ou l’alignement face aux « forces du mal » dans notre pays. Ils se rangent globalement dans quatre catégories. Les silencieux en constituent la première. Chez ces derniers, la peur primaire est parfois la cause principale de leur silence. Ils ont peur de s’exprimer pour éviter de froisser X ou Y. Ils ne prennent jamais de position (claire) puisque cherchant à plaire à tout le monde. De ce fait, lorsqu’il arrivent à s’exprimer, la forme prend simplement le dessus sur la substance. Ils parlent et ils écrivent pour faire beau ou pour étaler des connaissances livresques mais non fécondes pour le peuple burkinabè.

La seconde catégorie, c’est les indifférents. Nombreux sont les cadres burkinabè qui, arrivent à résoudre des problèmes cruciaux d’autres pays (dans l'exercice de leurs fonctions) mais qui face à la situation de leur propre pays, affichent une indifférence déconcertante. Pour ces intellectuels, notre pays est finalement devenu un point de transit ou une chambre d’hôtel où ils rentrent et sortent au gré de leurs multiples déplacements à l’étranger. Ils pensent qu’ils ont atteint un niveau socio-professionnel si élevé que les problèmes socio-politiques du Burkina Faso ne les concernent plus. Entre amis, leurs sujets de conversations favoris, c’est la saveur des alcools rares, les conquêtes et aventures sexuelles, le montant de leurs dernières acquisitions immobilières, etc. Ils oublient bien souvent qu’eux aussi sont dans une situation de précarité tant que l'ensemble du pays ne prospère pas. Par exemple, aussi riches soient-ils, eux ou leurs parents proches pourraient facilement mourir dans nos hôpitaux désuets durant le temps de remplir les formalités pour atteindre l'Europe dans leurs avions médicalisés.

La troisième catégorie, c’est la classe des vendus, des prostitués intellectuelles. Des gens qui par l’appât du gain, par paresse, ou par pure ignominie, ont décidé de louer leurs cerveaux au plus offrant. Norbert Zongo a énormément écrit sur cette race d’intellectuels et il ne sera point utile d’ajouter autre chose ici les concernant sinon qu’ils ont mangé la semence de leur vie.

Vient en quatrième et dernière catégorie les “intellos” réfractaires à toute idée d’engagement pour une cause aussi noble soit-elle. Ils se considèrent à tort comme étant au-dessus de la mêlée du fait de leurs formations académiques et se refusent toute forme d’activisme. Ce sont ces derniers qui aujourd’hui de manière plaintive, vocifèrent que les représentants de la société civile au-devant de la scène nationale sont des délinquants, des opportunistes, des artistes en échec ou sans bagages intellectuels, etc. Ils oublient que la nature a horreur du vide. Si les gens biens, ou les intellectuels burkinabè de haut vol ne s’engagent pas dans la lutte, d’autres le feront à leur place et la sagesse leur commanderait de se taire. Du reste, « les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent » dit-on.

Les vendus ont au moins eu le courage de faire un choix qu’ils assument publiquement. Quant aux silencieux, aux indifférents, ou à ceux dont l’idée d’engagement leur est réfractaires, ce sont les mêmes que l’on rencontre dans les débits de boissons s’élancer dans des débats politiques interminables autour de la bière, du porc au four ou des poulets flambés bien pimentés. Devant les amis, la bière ou dans les conversations de salons, ils ne se gênent point d’étaler le fond de leur pensée ou de “jouer aux intellectuels.” En public, ils deviennent muets comme des carpes. Pure hypocrisie ou irresponsabilité, c’est selon.

Pourtant, la critique intellectuelle, la vraie, éclaire et guide la réflexion ainsi que l’action des acteurs politiques. Elle est au début et à la fin de l’action publique. Elle est à la démocratie ce que la sève est à l’arbre. Notre pays souffre cruellement du déficit de militantisme de ses intellectuels et dans ces conditions, le progrès devient caduc peu importe la qualité des gens au pouvoir.

Il est grand temps pour nous intellectuels du pays des hommes intègres de sortir de la passivité pour s’engager dans la défense de nos idéaux démocratiques. Peu importe notre lieu géographique, ou notre occupation, chacun peut s’engager dans un combat noble pour le peuple que se soit à visage découvert ou même “dans l’ombre”. Peu importe si nous sommes seuls ou si on nous dit que « ça sert à rien », « tu perds ton temps », etc. Pour un intellectuel, la seule façon d’exister, de vivre intensément ses convictions, c’est de sortir de sa tour d’ivoire pour se faire entendre à travers des prises de positions courageuses. Il s’agit simplement de briller par son analyse critique et surtout par sa force de propositions pour éclairer l’opinion. BurkinaThinks ouvre avec plaisir son site Internet à cette race d’intellectuelles qui refusent de rester sur le bas-côté de l’histoire dans notre pays. Venez donc, et brillez de mille feux par vos écrits pour que notre pays avance dans la bonne direction.

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