Vendredi 26 Mai 2017

Attaques Terroristes en Afrique: Ne Nous Trompons pas de Combat.

 Les terroristes ont encore frappé en Afrique. Cette fois-ci en Côte D’Ivoire tuant lâchement des innocents sur la plage de Grand Bassam. Et comme il fallait s’y attendre, la vague des réactions n’a pas tardé sur le continent. Des palais présidentiels aux chancelleries diplomatiques en passant par les réseaux sociaux, de partout en Afrique, pleuvent des messages d’indignation, de compassion  et de soutien indéfectible au peuple ivoirien. Une observation froide de la forte médiatisation de chaque attaque terroriste en Afrique ainsi que des messages de soutien aux pays affectés, conduit à une grande interrogation: cette pression médiatiatique ne poussera-t-il  pas les gouvernements à consacrer plus d’efforts à la lutte contre le terrorisme au détriment d’autres problèmes aux effets aussi dévastateurs que les attaques djihadistes?

Le terrorisme a toujours existé mais depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York City, le phénomène a pris une ampleur mondiale aidé en cela par l’avancée technologique dans le monde de la communication qui a permit une diffusion à grande échelle de chaque attaque terroriste. En reponse aux attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain de l’époque aidé pas les médias occidentaux, a forgé le concept de “global War on Terrorism”. Il s’agissait de mobiliser à l’echelle mondiale des moyens militaires, politiques, diplomatiques et légaux pour combattre sur toute la planète toutes les organisations déclarées terroristes ainsi que les pays qui les soutiennent.

La lutte contre le terrorisme s’est donc invitée en Afrique et occupe désormais le top de l’agenda des relations entre l’Afrique et ses partenaires bilatéraux traditionnels avec à la clé, des financements... Les gouvernements africains et leurs élites bon gré mal gré, se sont embarqués dans cette lutte sans pour autant avoir le monopole de l’initiative et ou du contrôle des opérations sur leurs territoires. Ainsi voit-on des initiatives externes se multiplier en Afrique de l’Ouest à grand renfort de tambours, pour contrer l’expansion du terrorisme. Il y a par exemple, le « Trans-Sahara Counterterrorism Partnership (TSCTP)» qui est une initiative américaine destinée à contrer la menace terroriste dans la région du Sahel. La France quant à elle, a aussi lancé son opération dénommée « Barkhane » pour lutter contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne, etc.

En l’absence de discernement, les pays africains courent simplement le risque de s’engager corps et âmes dans la guerre des autres et ignorer les vrais problèmes qui dévastent au quotidien leurs peuples. En effet, il faut bien comprendre que l’essor économique, politique et culturel de l’Afrique n’est pas forcément très bien vu et apprecié partout au niveau international. l’Afrique malgré elle est engagée dans une certaine lutte et certains pays utiliseront tous les moyens possibles pour freiner son avancée. Par exemple, sans Boko Haram au Nigeria, ce pays, déjà première puissance économique du continent, pouvait être une grande puissance économique du G20, et servirait ainsi de levier pour toute la sous-région. L’exportation du terrorisme sur le sol africain peut donc devenir un moyen de diversion des États africains qui se retrouvent à mettre plus l’accent sur la lutte contre ce nouveau fléau, au detriment des priorités telles la santé pour tous, l’autosuffisance alimentaire, la revalorisation de notre culture etc.

Ce qui est en débat ici, ce n’est pas une intention de minimiser l’importance de la  ménace terroriste en Afrique. Ce n’est pas non plus une entreprise de justification, ou de défense des djihadistes et des actes terroristes qui s’orchestrent en Afrique. L’objectif recherché, c’est de faire simplement appel à la vigilance des Africains, pour que la lutte contre le terrorisme ne devienne pas une excuse des gouvernements pour justifier le manque de progrès dans la quête de démocratie et de progrès économique et social.

Les pays africains devraient donc revoir leur approche de la lutte contre le terrorisme en remportant d’abord des victoires en amont de cette lutte. La première des victoires à remporter, c’est celle de l'exercice total de leur souvereineté (interne et externe) sur le plan militaire. Pour ce faire, la présence militaire étrangère sur le sol africain (qui faut-il le rappeler précède les attaques terroristes) devrait être remise fondamentalement en cause. Il faut ôter aux terroristes un de leurs arguments de poids justifiant la conduite de leurs attaques sur le sol africain. De la même manière que la présence de bases militaires américaines en terre sainte de l’Islam (Arabie Saoudite) est évoquée comme prétexte pour la conduite du djihad contre les occidentaux, de cette même manière, la présence de bases militaires francaises et américaines en Afrique ne lui rend pas service dans la lutte contre le terrorisme. L’Afrique n’a donc pas d’autre choix que de développer une puissance militaire à l’echelle régionale ou continentale pour assurer sa propre défense. Si tel était le cas, des groupes comme AQMI, Al Shabab, ou Boko Haram n’auraient pas pu s’installer sur le continent. L’union devient donc incontournable car sans une union politique, il n’y aura pas de force militaire regionale ou continentale effective.

La seconde victoire a remporter et la plus importante, c’est celle de la justice sociale. L’extrême pauvreté, les inégalités dans la réaprtition de la richesse nationale, le dénie de justice, la corruption, etc., tous constituent à n’en point douter des terreaux pour l’expansion des recrutements terroristes avec les jeunes comme cibles. Ainsi, les États africains en lieu et place de concentrer exclusivement leurs efforts sur les (risques d’) attaques djihadistes, devraient surtout combattre sans merci les criminels aux cols blancs qui opèrent au jour le jour dans leurs pays. Qui sont-ils ces criminels aux cols blancs?

On le sait, les terroristes qui attaquent l’Afrique sont généralement armés de Kalachnikov ou d’explosifs autour de la ceinture et d’une mauvaise interprétation de l’islam comme idéologie. Les criminels africains aux cols blancs eux, ont le stylo ou l’ordinateur à la place de la Kalachnikov. La cupidité, la bassesse, et la soif du pouvoir constituent leurs ceintures explosives. Leur “idéologie” est un savant mélange de prétentions démocratiques, de droits de l’homme et de lutte contre la pauvreté.

Par ailleurs, ces criminels aux cols blancs causent aussi d’énormes pertes en vies humaines en Afrique. Quand un opérateur économique vent consciemment des produits périmés aux consommateurs, il fait des victimes silencieuses. Que penser de ces médecins, de ces spécialistes en chirurgie et autres dans les hôpitaux publiques ou dans les cliniques privées, qui ont paralysé à vie leurs patients quand ils ne les ont pas simplement envoyés auprès de Dieu avant l’heure? Leur incompétence, leurs absentéismes, et leurs erreurs médicales ou de diagnostic ne font-ils pas plus de morts sur le long terme qu’une attaque terroriste isolée? Bref, les attaques terroristes en Afrique  font de nombreuses victimes mais gardons aussi à l’esprit que les criminels aux cols blancs en font autant sur le long terme sinon même plus.

En plus, comme les terroristes, les criminels africains aux cols blancs posent aussi des actes d’une lâcheté et d’une ignominie indescriptible. Quand les présidents Sarkozy, Cameron, et Obama ont organisé une “expédition punitive” contre la Libye et qui a conduit à l’assassinat de Mohamed Kadhafi, le silence et l’impuissance des chefs d’États africains ne sonnent-t-ils pas comme une lâcheté ou une honte inacceptable?

Enfin, beaucoup d’Africains se sentent insultés lorsque des gens se cachent derrière leurs religions pour commettre des attaques terroristes au nom de leur Dieu. Ils devraient l’être aussi lorsque des criminels aux cols blancs utilisent le couvert de la démocratie ou de la lutte contre la pauvreté pour assouvir leur soif d’argent et de pouvoir. Par exemple, que dire de ces régimes claniques qui charcutent les constitutions pour se maintenir au pouvoir durant des décennies contre le gré de leurs peuples? Combien d’hommes politiques africains ont initié, inspiré des rebellions pour conquérir le pouvoir par les armes? Combien sont-ils ces hommes d’États qui ont conspiré pour déstabiliser des pays voisins à travers des coups d’État et autres attaques à la souveraineté de ces pays? La crise ivoirienne des années 2000 et la tentative de coup d’État de septembre de 2015 au Burkina Faso en dit long sur le manque d’honneur de ces criminels africains aux cols blancs.

Pour clore, l’Afrique devrait faire preuve de vigilance pour que sa lutte contre le terrorisme ne se fasse pas par procuration. Elle ne devrait pas non plus par manque d’action collective et de stratégie, laisser le terrorisme du reste du monde s’exporter sur son territoire pour finir par être un simple outil dans la guerre des autres. Elle devrait plutôt prendre le contrôle de son agenda de lutte contre le terrorisme qui passera forcément par l’exercise totale de sa souveraineté au plan militaire et surtout un engagement pour plus de justice sociale à travers une lutte féroce contre ses propres criminels aux cols blancs. Ces derniers ne portent pas de kalachnikov, mais ils utilisent des stylos et des ordinateurs. Ils ne sont pas cagoulés avec des treillis militaires mais portes des costumes cravates ou des bazins trois pièces. Ils ne publient pas de vidéos pour revendiquer leurs actes mais préfèrent opérer à l’abri des caméras. Pourtant, ils enfoncent l’Afrique chaque jour dans la misère et l’éloigne de sa quête de démocratie véritable. Leurs actes sont plus répugnants et dévastateurs sur le long terme que les attaques djihadistes et terroristes isolées. Il ne s’agit point ici de défendre les djihadistes mais d’inciter à la vigilance pour ne pas mobiliser nos maigres ressources pour combattre des attaques périodiques et isolées et oublier nos “vrais problèmes”.

Dernière modification le Mercredi, 24 Mai 2017 11:11

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