Samedi 24 Juin 2017

Intellectuels Burkinabè: Sortir de la Passivité pour S’engager!

Dans la crise politique actuelle qui oppose l’ex majorité d’une part et les acteurs et sympathisants de l’insurrection populaire d’autre part, il n’est pas rare de lire des vagues de critiques contre les hommes politiques de chaque camp. Si ce n’est pas le manque de dignité des premiers, c’est le manque de vision et l’inorganisation des seconds qui sont mis en cause. Quoi de plus normal dans une démocratie (naissante) que d’avoir un débat vivace. Le problème parfois, est que ce débat est très souvent orienté contre les politiciens de tout bord et rien n’est dit sur l’attitude des intellectuels.

Entendons-nous bien: cet écrit ne se focalisera pas sur le sens équivoque du mot intellectuels. Je ne traite pas ici de ceux chez qui si l’on retire Socrate, Platon, Lénine, Karl Marx, etc., de leur vocabulaire, ne sauront plus développer une pensée critique sur un problème propre à la société Burkinabè. Je ne traite pas non plus de ceux qui connaissent tout des autres peuples de la terre et rien sur eux-mêmes. Enfin, il ne s’agit surtout pas de ceux qui, après plusieurs années sur les bancs d’écoles, sont toujours prisonniers des enseignements et formules chocs de leurs professeurs. Le Burkina Faso n’a pas besoin de tels intellectuels pour la simple raison qu’ils sont incapables de conceptualiser, innover, ou de rêver pour inventer du neuf et résoudre les problèmes du peuple burkinabè. Ils finissent par se scléroser.

Le mot intellectuel ici, désigne toute personne dont le capital de savoir (académique ou pas) lui permet de prendre du recul, pour comprendre les enjeux sociaux, politiques, technologiques, économiques, etc. du moment pour proposer une voie à suivre pour le reste de la société. Cela demande parfois du courage et surtout de la ténacité pour affronter toutes sortes d'obstacles afin d’assumer ce rôle. C’est ici l’occasion de rendre un vibrant hommage à tous ces intellectuels burkinabè qui ont le courage de sortir du domaine neutre et parfois froid de leurs disciplines scientifiques pour opérer sur le champ des opinions afin d'éclairer notre peuple.

Pour le reste des intellectuels burkinabè, leur point commun, c’est la passivité ou l’alignement face aux « forces du mal » dans notre pays. Ils se rangent globalement dans quatre catégories. Les silencieux en constituent la première. Chez ces derniers, la peur primaire est parfois la cause principale de leur silence. Ils ont peur de s’exprimer pour éviter de froisser X ou Y. Ils ne prennent jamais de position (claire) puisque cherchant à plaire à tout le monde. De ce fait, lorsqu’il arrivent à s’exprimer, la forme prend simplement le dessus sur la substance. Ils parlent et ils écrivent pour faire beau ou pour étaler des connaissances livresques mais non fécondes pour le peuple burkinabè.

La seconde catégorie, c’est les indifférents. Nombreux sont les cadres burkinabè qui, arrivent à résoudre des problèmes cruciaux d’autres pays (dans l'exercice de leurs fonctions) mais qui face à la situation de leur propre pays, affichent une indifférence déconcertante. Pour ces intellectuels, notre pays est finalement devenu un point de transit ou une chambre d’hôtel où ils rentrent et sortent au gré de leurs multiples déplacements à l’étranger. Ils pensent qu’ils ont atteint un niveau socio-professionnel si élevé que les problèmes socio-politiques du Burkina Faso ne les concernent plus. Entre amis, leurs sujets de conversations favoris, c’est la saveur des alcools rares, les conquêtes et aventures sexuelles, le montant de leurs dernières acquisitions immobilières, etc. Ils oublient bien souvent qu’eux aussi sont dans une situation de précarité tant que l'ensemble du pays ne prospère pas. Par exemple, aussi riches soient-ils, eux ou leurs parents proches pourraient facilement mourir dans nos hôpitaux désuets durant le temps de remplir les formalités pour atteindre l'Europe dans leurs avions médicalisés.

La troisième catégorie, c’est la classe des vendus, des prostitués intellectuelles. Des gens qui par l’appât du gain, par paresse, ou par pure ignominie, ont décidé de louer leurs cerveaux au plus offrant. Norbert Zongo a énormément écrit sur cette race d’intellectuels et il ne sera point utile d’ajouter autre chose ici les concernant sinon qu’ils ont mangé la semence de leur vie.

Vient en quatrième et dernière catégorie les “intellos” réfractaires à toute idée d’engagement pour une cause aussi noble soit-elle. Ils se considèrent à tort comme étant au-dessus de la mêlée du fait de leurs formations académiques et se refusent toute forme d’activisme. Ce sont ces derniers qui aujourd’hui de manière plaintive, vocifèrent que les représentants de la société civile au-devant de la scène nationale sont des délinquants, des opportunistes, des artistes en échec ou sans bagages intellectuels, etc. Ils oublient que la nature a horreur du vide. Si les gens biens, ou les intellectuels burkinabè de haut vol ne s’engagent pas dans la lutte, d’autres le feront à leur place et la sagesse leur commanderait de se taire. Du reste, « les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent » dit-on.

Les vendus ont au moins eu le courage de faire un choix qu’ils assument publiquement. Quant aux silencieux, aux indifférents, ou à ceux dont l’idée d’engagement leur est réfractaires, ce sont les mêmes que l’on rencontre dans les débits de boissons s’élancer dans des débats politiques interminables autour de la bière, du porc au four ou des poulets flambés bien pimentés. Devant les amis, la bière ou dans les conversations de salons, ils ne se gênent point d’étaler le fond de leur pensée ou de “jouer aux intellectuels.” En public, ils deviennent muets comme des carpes. Pure hypocrisie ou irresponsabilité, c’est selon.

Pourtant, la critique intellectuelle, la vraie, éclaire et guide la réflexion ainsi que l’action des acteurs politiques. Elle est au début et à la fin de l’action publique. Elle est à la démocratie ce que la sève est à l’arbre. Notre pays souffre cruellement du déficit de militantisme de ses intellectuels et dans ces conditions, le progrès devient caduc peu importe la qualité des gens au pouvoir.

Il est grand temps pour nous intellectuels du pays des hommes intègres de sortir de la passivité pour s’engager dans la défense de nos idéaux démocratiques. Peu importe notre lieu géographique, ou notre occupation, chacun peut s’engager dans un combat noble pour le peuple que se soit à visage découvert ou même “dans l’ombre”. Peu importe si nous sommes seuls ou si on nous dit que « ça sert à rien », « tu perds ton temps », etc. Pour un intellectuel, la seule façon d’exister, de vivre intensément ses convictions, c’est de sortir de sa tour d’ivoire pour se faire entendre à travers des prises de positions courageuses. Il s’agit simplement de briller par son analyse critique et surtout par sa force de propositions pour éclairer l’opinion. BurkinaThinks ouvre avec plaisir son site Internet à cette race d’intellectuelles qui refusent de rester sur le bas-côté de l’histoire dans notre pays. Venez donc, et brillez de mille feux par vos écrits pour que notre pays avance dans la bonne direction.

Dernière modification le Lundi, 03 Août 2015 01:26

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