Jeudi 23 Novembre 2017

Norbert Zongo : Quel Héritage pour les Jeunes Burkinabè Aujourd’hui?

Le 13 décembre 2016 marquera le 18ième anniversaire de l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo. Le peuple burkinabè attend toujours que la vérité et la justice se manifestent au grand jour… À cet effet, beaucoup marqueront encore cette triste date d’anniversaire par des actions de toutes sortes pour réclamer vérité et justice. Ce qui est  nécessaire et louable. Mais parallèlement à cette quête de justice, peut-être serait-il temps de débuter une sérieuse conversation sur ce que la jeunesse actuelle pourrait apprendre de l’expérience de l’illustre disparu.

Derrière l’image du journaliste d’investigation, se cachait aussi un homme d’affaires. En tant qu’entrepreneur, Norbert Zongo avait le goût de l’aventure et donc, du risque. À titre d’illustration, on peut citer la création de son journal ‘’L’indépendant’’ à un moment où la presse privée était toujours à ses balbutiements. Convaincu de la justesse de sa plume, il n’hésita donc pas à créer l’indépendant au lieu de se contenter de son salaire d’employé à Sidwaya ou à Carrefour africain. Bien avant cela, lorsqu’il eut de sérieuses difficultés avec la fonction publique, il se tourna vers l’agriculture à Léo et son chiffre d’affaire par an dépassait son salaire annuel. Il avait aussi son ranch qu’il mettait en valeur avec ses partenaires.

Combien sont-ils aujourd’hui ces jeunes qui voient en l’agriculture, un secteur où l’on peut s’auto-employer et créer de la richesse au lieu de se plaindre à longueur de journée dans des grains de thé? Combien sont-ils aujourd’hui ces fonctionnaires de l’État dont la routine, les brimades et l’absence totale de perspective de carrière ne les contraignent pas à envisager des possibilités d’accomplissement professionnel et personnel en dehors de l’administration publique? Là où beaucoup baissent les bras, là où certains préfèrent l’assurance du ‘’pourvu que le salaire tombe à la fin du mois’’,  Norbert Zongo lui a préféré aller à la conquête de sa liberté économique en entreprenant… il y a là une leçon à apprendre.

Il est bien vrai que nous ne sommes pas tous doués pour les affaires mais il y a une autre leçon sur la vie de Norbert Zongo et cela concerne son attachement à la dignité et à l’intégrité. Il était très attaché à l’idée de ‘’la réalisation de soi par soi-même’’ c’est-à-dire, vivre à la sueur de son front. Là où certains prenaient des raccourcis pour s’aligner et ‘’manger’’, lui avait opté fermement de faire de son travail un gagne-pain. Il n’était pas une proie facile pour les corrupteurs. En fait, il avait atteint un niveau où il n’était plus du tout une proie pour la corruption. Combien sont-ils aujourd’hui à crier ‘’Justice pour Norbert Zongo’’ mais qui à la moindre occasion, bradent nos deniers publics ou s’engagent dans des actes de spoliation envers les pauvres, les faibles et les exclus? De nos jours, combien de politiciens, d’activistes, ou de citoyens ordinaires célèbrent Norbert Zongo jour et nuit mais dont l’intégrité a été mise à mal sur la place publique du Burkina Faso post insurrection?

Que dire de ces nouveaux riches au Burkina Faso dont l’ascension économique a été si fulgurante, que leurs voisins de quartier n’arrivent plus à voir leur poussière? Considérant qu’ils ont réussi dans la vie, ils ne côtoient plus les petits gens... À ces personnes, la vie de Norbert Zongo pourrait enseigner la modestie, la serviabilité, et surtout l’amour pour le peuple. Comme le Président Thomas Sankara, il croyait au peuple et participait à son éducation, à l’éveil de sa conscience. Malgré sa relative aisance financière, Il était très proche du peuple si bien qu’il vivait avec ce dernier comme un poisson dans l’eau. Malheureusement, nous pouvons en dire moins aujourd’hui avec une certaine frange de notre élite politico-bureaucratique qui, considère son niveau d’éducation ou son statut social comme le point d’achèvement de sa différentiation totale avec le peuple analphabète, au nom duquel il vit et prétend servir.

Une telle élite devient selon Norbert Zongo, ‘’un fruit sans noyau’’ c’est-à-dire, infécond, improductif. Considérons par exemple la production livresque. Ils sont nombreux au Burkina Faso ou dans la diaspora à disposer de tous les instruments de production du savoir mais qui préfèrent briller par la paresse intellectuelle. À toutes ces personnes qui cherchent la rédemption, la vie de Norbert Zongo pourrait servir de boussole. L’homme avait une forte capacité de production. En plus de ses articles de journaux, il a publié deux livres : le parachutage et Rougbêinga. Combien de Burkinabè qui ont des Masters ou des Doctorats ont-ils publié un livre ou simplement des articles d’opinion sur l’actualité sociopolitique et économique? Ceci ne devrait pas être interprété comme une invitation à ne pas acquérir plus de savoir et de connaissance mais de constater que la production intellectuelle n’est pas nécessairement fonction du niveau d’éducation. Combien sont-ils ces hommes et femmes politiques qui après X années d’expériences, ne se soucient aucunement d’écrire leurs mémoires pour la postérité? Il est donc évident qu’on ne peut pas en tant qu’intellectuel burkinabè, célébrer Norbert Zongo et ne pas justifier son intellectualité par l’effort de production et/ou de prises de positions publiques aux côtés du peuple sur les questions brûlantes de son époque. Cela s’appelle simplement l’engagement!!!

Cet engagement militant est quasi inexistant auprès de la majeure partie des intellectuels sous  le soleil du Burkina Faso post-insurrection. Ils sont nombreux les jeunes intellectuels burkinabè qui, ne rêvent plus de changement… Ils semblent avoir démissionnés et commencent à s’accommoder de l’insomnie collective post-insurrectionnelle. Pour eux, la sphère politique est devenue l’objet de dégoût tant ils sont déçus du comportement des acteurs politiques ou de la politique en général. Faut-il rappeler que Norbert Zongo luttait au moment où Blaise Compaoré avait vaincu et réduit l'opposition à de la figuration? L’erreur consiste donc à baisser les bras parce que les hommes politiques nous déçoivent.

Bien au contraire, là où les Hommes politiques rampent dans la bassesse, les intellectuels doivent s’élever par leur sagesse en dénonçant la mauvaise gestion des affaires publiques. Pour ceux qui ont encore le courage de se battre, l’erreur consiste à croire que ce n’est que par le canal de la politique que l’on peut faire changer les choses. La vie de Norbert Zongo est un témoignage vibrant que même en dehors du terrain politique, on peut contribuer au changement social et marquer ainsi son époque. Dans un pays ou toute personne éduquée rêve (secrètement) d’être nommée ministre à défaut de se faire élire Président du Faso, Norbert Zongo nous démontre par sa vie qu’on peut soulever des montagnes et obtenir l’immortalité sans nécessairement être un politicien de carrière. Ceci ne devrait pas être interprété comme une invitation aux jeunes à se désengager de la politique, mais de savoir qu’en dehors de la sphère politique, on peut aussi œuvrer pour le changement social. Pour cela, chacun à quelque niveau que ce soit, doit avoir le courage de faire son devoir et non de se contenter de ce qu’il veut ou peut faire. C’est en remplissant nos devoirs individuels que nous réaliserons un sursaut collectif en tant que peuple vers le changement tant désiré. Comme Norbert Zongo, nous sommes tous invités à nous libérer du vouloir et du pouvoir pour devenir ce qu’il appelait, ‘’des couveuses de conscience’’ et poursuivre la lutte.

Au final, on retiendra que Norbert Zongo laisse à la jeunesse burkinabè et africaine, un héritage inestimable. Il n’a pas obtenu un doctorat mais sa contribution en termes de production intellectuelle surpasse celle de certains académiciens burkinabè. Il n’était pas un homme politique mais en dehors de Thomas Sankara, rares sont les hommes et femmes politiques au Burkina Faso qui jouissent de sa popularité auprès du peuple. Il n’était pas un sain mais vivait en parfaite symbiose avec le peuple. Il n’a jamais fêté son Nième milliard mais il était serviable et utile en ayant le cœur sur la main. Si l’État burkinabè ne veut pas rendre justice à Norbert Zongo, nous pouvons nous citoyens de ce pays, chacun en ce qui le concerne, rendre une certaine justice à cet homme en intégrant dans nos comportements de tous les jours toutes ces qualités dont il a fait montre. 

Dernière modification le Mercredi, 24 Mai 2017 10:44

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