Jeudi 19 Octobre 2017

Promotion du Faso Dan Fani: Comment mieux faire?

 

Le Burkina Faso, à travers son précédent gouvernement, c’est à dire celui de la transition, invite les femmes à commémorer la journée Internationale de la femme, édition 2016, en rendant un hommage spécial au Faso Dan Fani. En effet, le compte rendu du conseil des ministres du 02 Septembre 2015 a fait état de cette invitation à faire la promotion du Faso Dan Fani. Ce compte rendu explique que cette invitation s’inscrit dans le processus d’autonomisation économique des femmes et vise à promouvoir et à encourager la consommation des produits du pays, à accompagner l’entreprenariat féminin et l’industrie textile dans la production du Faso Dan Fani.
Quelles sont les implications réelles d’une telle décision? Pour tenter d’apporter une réponse éclairée, le présent article présentera d’abord l’historique du Faso Dan Fani, puis s'attardera sur les éventuelles retombées culturelles et économiques, avant de terminer par quelques suggestions pour mieux promouvoir cette richesse nationale.

Historique du Faso Dan Fani

Le Burkina Faso est un leader dans la production de fibre de coton en Afrique. Le tissage de pagne à partir du coton est une tradition et les grands parents le pratiquaient depuis des lustres pour confectionner les vêtements bien colorés pour les grandes occasions de la vie sociale. Le nom donné aux pagnes dépendait des régions d’origine. Par exemple, au plateau central, le terme le plus utilisé est le Gang la pelga. Il faut d’ailleurs mentionner qu’une rue de Ouagadougou porte le nom de ce pagne : la rue Gang-La-Pelga.

Le métier de tissage, autrefois dévolue principalement aux tisserands va connaitre une avancée spectaculaire avec l’avènement de la Révolution Démocratique et Populaire d’Aout 1983. En effet, le Président Sankara, après le changement du nom du pays pour le Burkina Faso, et dans sa quête pour une nouvelle identité des habitants du pays, va insuffler un développement endogène, dont le socle a pour principe : Produisons et consommons Burkinabè. C’est dans ce contexte que va naitre le Faso Dan Fani qui signifie littéralement en dioula le ‘Pagne Tissé de la Patrie’ (Fani veut dire Pagne, Dan veut dire Tisser et Faso signifie Patrie). L’un des objectifs des révolutionnaires était entre autres d’amener le peuple à faire son bonheur lui même et être l’artisan de son propre développement. Dans cette optique, pour encourager la consommation des produits nationaux et surtout pour que le Faso Dan Fani fasse partie de l’identité burkinabè, les dirigeants du CNR (Comité National de la Révolution) vont poser des actes d’une grande importance. C’est ainsi qu’on assiste au changement du nom de l’usine de textile Voltex à Koudougou en Faso Fani et la modification de sa principale mission qui devient essentiellement la fabrication du Faso Dan Fani.  En plus, il faut noter l’imposition par décret présidentiel du port du Faso Dan Fani et des tenues en étoffes traditionnelles aux fonctionnaires de l’Etat. Certains agents de l’Etat d’ailleurs, dans la plaisanterie appelaient à l’époque la tenue traditionnelle cousue à base du Faso Dan Fani, “Sankara arrive”.  Il faut mentionner aussi la décision importante portant sur l’utilisation du Faso Dan Fani pour la confection des tenues militaires et aussi des tenues de mariage. De ce fait, le métier de tissage, sous le CNR, était beaucoup plus valorisé et pour satisfaire la demande toujours croissante, la production allait mieux se structurer: naissance des coopératives de production du Dan Fani et le tissage devenait une profession à part entière créatrice d’emplois.


                                      

Mais l’arrêt brutal de la Révolution en Octobre 1987 allait stopper les efforts gouvernementaux de promotion du Faso Dan Fani. Sous le régime de Blaise Compaoré, toutes les précédentes mesures qui avaient été prises pour la promotion du pagne national n’allaient plus être observées. Pire, on a même assisté à la fermeture et à la liquidation de l’usine Faso Fani en mars 2000. Cet état de fait allait prendre une tournure différente avec la fin du régime Compaoré suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014. Le gouvernement de Transition qui a été mis en place, va s’atteler à redonner au Faso Dan Fani sa notoriété d’antan à travers la décision du conseil des ministres du 02 Septembre 2015, incitant les femmes à porter le Faso Dan Fani pour la journée du 08 mars 2016. C’est une décision importante qui aura certainement des retombées culturelles si elle est bien mise en œuvre.

Retombées Culturelles

La culture est essentielle dans la vie d’une nation et doit être le socle sur lequel repose son essor social, économique et politique. Le tout nouveau Ministre de la Culture et du Tourisme Tahirou Barry, observait récemment: « Je considère la marche de la nation comme un train du développement et pour que ce train aille à destination, il faut des rails. La Culture, à mon humble avis, constitue ces rails et nous avons le devoir de construire ces rails et les réhabiliter.» C’est dans ce sens que la promotion du Faso Dan Fani est d’une grande portée dans la mesure où elle pourrait renforcer le socle culturel et  la fierté nationale des Burkinabè.  

En ce qui concerne l’identité culturelle, il faut noter qu’elle se construit à partir des traditions et des habitudes collectives d’un peuple. Une identité culturelle ne se forge donc pas à partir du néant, l’art vestimentaire peut être un point de départ. A ce niveau, il y a lieu de souligner le rôle capital de l’élite burkinabè. Sur le plan de l’art vestimentaire, c’est une élite qui est coupée de ses origines car s’habillant généralement dans un style vestimentaire d’emprunts étrangers (style arabe, occidental, chinois). Cette élite oublie que l’identité culturelle du peuple burkinabè s’expose et s’exporte à travers ses faits et gestes. Si elle fait le choix de s’habiller en Faso Dan Fani, elle insufflera une dynamique au sein du peuple qui suivra aussi le rythme. C’est ici le lieu de saluer l’ancien premier ministre Yacouba Isaac Zida et l’actuel président du Faso Roch Marc Christian Kabore pour leurs choix délibérés de ne porter que des tenues traditionnelles en Faso Dan Fani lors des cérémonies officielles à portée nationale ou internationale.

Il faut aussi insister sur le fait que notre existence sur la scène internationale en tant que peuple burkinabè et africain doit aussi se remarquer à travers le style vestimentaire de nos leaders. Kwamé N’kruma insistait sur ce point en proposant l’édification de “African personality” comme un des quatre piliers sur lesquels les Africains devraient bâtir l’Unité Africaine. Le style vestimentaire des diplomates africains lors des grandes rencontres internationales, devrait refléter aussi l’effort de construction de cette personnalité africaine. A-t-on déjà vu des Européens ou américains porter régulièrement des tenues indiennes, ou arabes, ou des tenues d’origine africaine? De la même manière que l’on reconnaît un arabe, un indien ou un sikh par leurs habillements, on devrait aussi arriver à un point où l’on reconnaîtrait le Burkinabè par son Faso Dan Fani. Autrement dit, vivre pleinement son identité africaine ou burkinabè peut commencer par l’habillement et il est bien possible de  concevoir des habits, traditionnels ou pas, avec le Faso Dan Fani et les porter fièrement.

Pour ce qui est de la fierté nationale, le port du Faso Dan Fani doit avant tout être un instrument de fierté nationale pour chaque Burkinabè surtout lorsqu’il/elle voyage à l’extérieur du pays. C’est là où la diaspora burkinabè doit faire la différence en portant avec fierté les habits ou prêt à porter à base de Faso Dan Fani, lors des grandes occasions. Cette fierté nationale autour du Faso Dan Fani peut être pour eux la face visible de leur patriotisme qui, représente un grand facteur d’unité et de cohésion sociale au sein de leur communauté burkinabè.

Au niveau national, on constate une grande prise de conscience de cette fierté autour du Faso Dan Fani : en témoigne le nombre croissant des festivals destinés à sa promotion, comme le Dan Fani Fashion Week. Aussi, ces derniers temps, les créateurs de Haute Couture se sont emparés du mouvement et l'ont porté vers le marché de la mode, en collaboration avec les coopératives-ateliers des femmes tisserandes. Le cas du Burkinabè François 1er est bien notable. Il conçoit toute sorte d’habillement à partir du Faso Dan Fani et sa renommée à travers le Faso et l’Europe est en nette progression. Toutes ces initiatives tendent à rehausser et mieux valoriser l’identité culturelle du pays, et par extension la fierté nationale autour du Faso Dan Fani.

Au delà de la promotion de l’identité culturelle burkinabè et de la fierté nationale du peuple, la relance de la promotion du Faso Dan Fani pourrait produire aussi des retombées économiques pour le pays.

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Dernière modification le Lundi, 07 Mars 2016 23:13

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