Dimanche 23 Avril 2017

Promotion du Faso Dan Fani: Comment mieux faire?

 

Retombées économiques

On peut anticiper qu’à long terme, la promotion du Faso Dan Fani aura plusieurs retombées économiques dont on peut citer, entre autres, la création d’emplois et la contribution à la création de la richesse nationale.

Au niveau emploi, c’est surtout au sein de l’économie dite informelle que peut s’effectuer la création d’emplois liée à la promotion du Faso Dan Fani. Une revalorisation du métier de tissage peut se traduire par la création de coopératives de femmes pour le tissage. Le CNR avait déjà grandement contribué à cela, mais depuis l’annonce de la mesure, on assiste à une grande augmentation de coopératives dans ce métier. L’augmentation de la demande en Faso Dan Fani entraîne systématiquement un accroissement du nombre d’emplois disponibles pour les femmes.

                      

Aussi, la promotion du Faso Dan Fani peut participer à la création d’emplois chez les tailleurs, les couturiers et les créateurs de hautes coutures. Plus ils vont s’émanciper en donnant plus de place au pagne national, plus il y’aura création d’emplois. Mais pour ce faire, il leur faudra faire preuve de créativité et d’innovation pour satisfaire une clientèle de plus en plus exigeante. En plus donc de proposer des habits traditionnels, ils devront explorer la confection d’autres gammes de produits vestimentaires comme les vestes, les t-shirts, les tenues de militaires, les jupes, des porte monnaie, des chapeaux, etc. Des boutiques de vente de tels produits existent déjà et mériteraient d’être encouragées.

En définitive, la création d’emplois liée à la promotion du Faso Dan Fani s’effectue particulièrement au sein du secteur dit informel et le gouvernement burkinabè devrait faire un effort particulier pour mieux étudier le phénomène afin de dégager des pistes d’appuis et d’encadrement à cette filière.   

L’autre retombée économique potentielle qui mériterait une attention particulière, c’est la contribution du Faso Dan Fani à la création de la richesse nationale. Plus la demande de produits Faso Dan Fani s'accroîtra, mieux l’économie burkinabè se portera, surtout si cette demande de produits est satisfaite par une offre nationale. Autrement dit, plus le pagne national sera vulgarisé et à la portée du Burkinabè moyen, plus le coton du Burkina Faso sera mis en valeur sur son propre sol. On pourrait donc s’attendre à ce qu’il y ait:

  • plus de coton-culteurs;
  • plus de tisserands/tisseuses et de coopératives de production;
  • une ouverture/réouverture d’usines de textile comme Faso Fani;
  • plus de couturiers, stylistes, etc.;  
  • plus de vendeurs d’étoffes, de pagnes, d’habits à base de Faso Dan Fani;
  • plus de recettes dans les caisses de l’Etat (déjà, la production de coton contribue à plus de 40% du produit intérieur brut du pays);
  • une augmentation du pouvoir d’achat et du bien-être d’une partie du peuple burkinabè généralement oubliée dans les programmes de développement économique.

En plus du marché national, le Burkina est bien placé pour exporter le pagne national à l’extérieur, principalement vers les pays de la CEDEAO. Déjà, le Faso Dan Fani est exporté à travers des circuits informels vers des pays comme la Côte d’Ivoire, le Niger, le Ghana, le Sénégal, et également vers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Le Burkina Faso pourrait ainsi donc développer sa propre expertise dans le traitement et la mise en valeur du coton et du Faso Dan Fani. Ainsi, des tisseuses/tisserands, il est possible d’évoluer vers des industries plus complexes que les Burkinabè maitriseront eux mêmes. En la matière, le président Sankara insistait: “A partir des métiers artisanaux à tisser, nous allons découvrir des machines plus complexes. Nous irons vers la manufacture, puis vers l’usine textile made in Burkina. A ce moment, aucune pièce ne sera irréparable parce que ce seront nos machines dont nous aurons suivi l’évolution pas à pas.” Les industries lourdes que l’on voit ailleurs dans certains pays nordiques ont commencé plus petits. Pourquoi les Burkinabè ne seront-ils pas capables d’en faire autant ?

Cela est d’autant plus urgent qu’un certain nombre de commerçants burkinabè envisagent de faire confectionner le pagne Faso Dan Fani en Chine pour le revendre sur le marché national. On peut bien questionner la moralité ou le patriotisme de ces derniers mais sur le plan légal, rien ne leur interdit une telle démarche dans la mesure où le Burkina Faso s’est engagé depuis fort longtemps dans un processus d’ouverture de son marché à la libre concurrence. De plus, même si le pagne tissé par les femmes au pays est de très bonne qualité, il demeure relativement cher, si bien que seule la classe moyenne peut s’en procurer. Par contre, le pagne produit en Chine coûte moins cher. Un tel pagne sera à la portée du grand public même si sa qualité laissera à désirer.

Face à une telle menace, le gouvernement burkinabè pourrait invoquer l’argument de la protection de cette industrie naissante pour augmenter drastiquement les droits de douanes pour l’importation du pagne fabriqué en Chine durant une période donnée. Cela s’appelle du protectionnisme et le gouvernement pourrait penser qu’une telle mesure permettrait à nos tisserands de se mettre à niveau sur le plan technologique pour être au même niveau de compétitivité que les producteurs étrangers. Pourtant, une telle démarche pourrait avoir des conséquences négatives pour le Burkina Faso pour les raisons suivantes. Premièrement, il est prouvé ailleurs que le protectionnisme ne rend pas toujours les producteurs locaux compétitifs. Ces derniers bénéficiant de cette mesure de protection ont toujours tendance à dormir sur leurs lauriers et ne font pas d’efforts substantiels pour investir conséquemment et acquérir la connaissance et la technologie nécessaire pour améliorer leur productivité. Autrement dit, les producteurs Burkinabè de Faso Dan Fani risqueraient de demeurer non compétitifs face aux producteurs chinois durant toute la période d’application de la mesure de protection du marché national.

La deuxièmement raison est que cette mesure de protection du marché national pourrait être condamnée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) car le Burkina Faso et la Chine font partie de cette organisation dont la principale fonction est de favoriser autant que possible la bonne marche, la prévisibilité et la liberté des échanges commerciaux entre pays. Nul besoin d’ajouter que le Burkina Faso seul remporterait difficilement une bataille juridico-diplomatique contre la Chine au sein de l’OMC.

Pour améliorer la productivité et la compétitivité des producteurs burkinabè du pagne national, le gouvernement devrait plutot se pencher sur d’autres solutions de long terme autre que le protectionnisme.

Propositions pour mieux promouvoir le Faso Dan Fani

La promotion du port du Faso Dan Fani serait encore plus importante et serait très bien suivi par une grande partie du peuple burkinabè, si les hauts dignitaires du pays donnaient l’exemple. Le gouvernement de la transition en adoptant ce texte, a toujours donné l’exemple à travers le premier ministre Zida et le président Kafando. Les nouvelles autorités issues des élections présidentielle et législative du 29 Novembre 2015, devraient aussi emboiter le pas, et même faire mieux. On remarque d’ailleurs, depuis quelques temps, que les RSS (Roch, Salif et Simon), portent de façon régulière des habits traditionnels ou des tenues et prêt-à-porter à base de Faso Dan Fani. Cela se voit sans équivoque lorsque le Président du Faso reçoit des invités à Kosyam.


                    

En dehors de l’action des hauts dignitaires du pays, et en plus de la tenue officielle du 08 Mars 2016 qu’il faudra encourager pour les années à venir, les propositions suivantes pourraient être adoptées:

  • L’institution d’une - Journée Dan Fani - cette journée pourra coïncider avec le jour du conseil des ministres. Durant cette journée Dan Fani, tous les Burkinabè sont demandés à faire la promotion du Faso Dan Fani, en portant fièrement des habits traditionnels ou des tenues et prêt à porter à base de Faso Dan Fani. Ceci sera obligatoire pour le Président du Faso et son conseil des ministres (Si un ministre veut se mettre en veste, il peut le faire mais que cela soit conçu en Faso Dan Fani), pour les députés de l’Assemblée Nationale, pour les ministères et directions générales du pays et enfin pour le reste des agents de l’Etat. Pour le reste des Burkinabè, cela restera optionnel; les leaders doivent montrer l’exemple.
  •  Les tenues dans les écoles, lycées, collèges et universités publics seront conçus en Faso Dan Fani, tout modèle permis;
  •  Les blouses des médecins et infirmiers dans les hôpitaux et centres de santé publics, les toges des avocats, magistrats, et professeurs d’universités publiques, les tenues militaires, etc. devraient être cousus à base de Faso Dan Fani. Cette pratique existe déjà en partie dans des pays comme le Ghana.
  •  L’avènement des ‘Marchés mensuels du Dan Fani’. Le Burkina compte 12 régions plus la région centrale qui n’est autre que la capitale. On pourra donc avoir un mois par région pour faire le marché du Faso Dan Fani, et surtout pour voir les dernières nouveautés. La capitale ayant déjà de nombreuses structures pour faire la promotion du pagne national.
  • La ville qui recevra les festivités du 11 Décembre, le jour de la fête nationale, fera la promotion du Faso Dan Fani, tout au long de cette journée. Tous les participants devront mettre en valeur cette richesse nationale lors des différentes cérémonies.
  • L’amélioration de la productivité des producteurs de pagne tissé au Burkina Faso par la formation professionnelle, l’encadrement technique, et surtout par l’adoption de technologies industrielles adaptées aux conditions du pays.
  • Pour améliorer la compétitivité du secteur, le gouvernement burkinabè pourrait encourager les hommes d’affaires du pays à nouer des alliances stratégiques avec les investisseurs chinois pour confectionner le Faso Dan Fani sur place au Burkina Faso. Pour faciliter cela, le Burkina Faso pourrait rentrer en négociation avec la Chine pour l’ouverture d’une zone franche à Bobo Dioulasso pour attirer les investisseurs chinois qui désirent investir dans la transformation du coton. Les entreprises chinoises et ou burkinabè qui s’installeront dans cette zone franche bénéficieront d’un environnement fiscal et règlementaire plus favorable à celui appliqué au reste du pays.  
  •  L’amélioration du cadre règlementaire et institutionnel pour une meilleure vulgarisation des produits (dérivés) du Faso Dan Fani.

Il faut dire en définitive que le Faso Dan Fani pourrait être une grande génératrice d’emplois et de revenus, si ce pagne national est suffisamment mis en relief par les leaders du Burkina Faso. Le tout nouveau ministre de la culture Tahirou Barry, parle de la culture comme les rails du développement et il faut oser espérer qu’il pourra amener la promotion du Faso Dan Fani à un niveau inégalé. Cette promotion devrait aussi être faite par la diaspora, véritablement ambassadrice de la culture du Burkina Faso en particulier, et du continent en général.
Cette promotion du Faso Dan Fani pourrait aussi insuffler des secteurs connexes comme le tourisme et surtout revigorer la fierté et le patriotisme du Burkinabè. Ce patriotisme et cette fierté nationale peut conduire à une réappropriation du principe du CNR, Produisons et consommons Burkinabè, lequel principe est fondamental pour notre épanouissement culturel et économique.

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Dernière modification le Lundi, 07 Mars 2016 23:13

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