Mercredi 12 Décembre 2018

Barack Obama, premier président noir des États-Unis, a-t-il délivré ses promesses?

Pour convaincre de sa réussite, l'administration Obama cite ses réalisations les plus importantes. D'abord à sa prise de fonction, l'économie américaine était en déclin. Le taux de chômage était galopant. Le plan de relance de l'économie adopté en 2009, qui s'est chiffré à 787 milliards de dollars, a permis de freiner la chute du PIB et d'inverser la tendance de l'économie. Notamment, l'industrie automobile américaine a été sauvée. Le taux de chômage qui  a atteint un pic de 10% en 2009 est redescendu sous la barre des 5% en 2016. Près de 90 milliards de dollars ont été investis dans l'efficacité énergétique, l'incitation au développement des véhicules électriques, l'énergie verte, etc. Barack Obama peut donc être crédité de la victoire sur la plus grande crise économique depuis les années trente.

Cependant, sa réalisation la plus emblématique demeure la mise en place en 2010 de la loi sur l'assurance maladie. Cette loi aurait permis à quelques 32 millions d'Américains de bénéficier d'une couverture sanitaire. Elle a en outre permis de réduire les coûts de l'assurance maladie et d'interdire l'évocation par les compagnies d'assurance maladie des conditions préexistantes pour empêcher ceux qui sont vraiment malades de souscrire à des assurances.

En Novembre 2014, après des critiques sur le nombre très élevé d'expulsions de sans papiers sous son administration comparé à ceux des administrations précédentes, Obama a signé une série de décrets pour geler l'expulsion de près de 5 millions de résidents sans papiers. Notamment, ceux qui sont entrés sur le territoire américain au bas âge échappent désormais aux mesures d'expulsions.

Ces réalisations quoique importantes sont très loin de satisfaire les critiques d'Obama parmi lesquels figurent certains de ceux qui ont fortement soutenu sa campagne. On lui reproche d'avoir céder sur certains points de sa loi sur l'assurance maladie, dans l'objectif de rallier ne serait-ce qu'une seule voix républicaine, sans succès au bout du compte. Malgré la plus grande accessibilité de l'assurance maladie, un peu trop de pauvres s'en trouvent toujours exclus. La loi s'est financée au détriment de certains services sociaux alors que les plus pauvres en avaient aussi besoin. De plus, cette loi ne fait rien d'autre que d'obliger tout citoyen dont le revenu le permet à «acheter» un produit commercial. Beaucoup auraient préféré une assurance maladie universelle.

On lui reproche aussi de n'avoir pas assez fait pour soulager ceux qui étaient durement touchés par la dette hypothécaire. Sur l'immigration, on estime à 1.4 millions, le nombre de personnes expulsées au début de la présidence d'Obama, soit une moyenne de 32 milles par mois, contre 21 milles/mois pour Bush et 9 milles par mois pour Clinton. Il s'est avisé par la suite et a gelé les expulsions, mais sa réputation s'en est trouvée entachée.

Enfin, l’embellie économique générée par la présidence Obama s’est accompagnée d’une montée drastique des inégalités de revenus dont certains pensent qu’elles se sont davantage accentuées durant la présidence de Barack Obama. Le président lui-même reconnaît ce fait en affirmant que durant sa présidence, 95% de la richesse créée par le pays entre 2009 et 2012 a été accaparée par les hyper-riches qui ne constituent que 1% des Américains.

S'il faut convenir que l'espoir suscité par l'élection d'Obama ne s'est pas totalement matérialisé, peut-on pour autant lui tenir pour responsable ?

L'une des principales raison de ce bilan mitigé est la stratégie de blocage totale opérée par les Républicains. On rapporte[1] qu'au soir de l'élection d'Obama, un certain nombre de Républicains influents se sont réunis pour «lécher leurs blessures» et concocter une stratégie de lutte politique. Les discussions auraient abouti à une décision de bloquer autant que possible au congrès toutes les démarches du président. Ainsi, près de 500 propositions de lois ont-elles été bloquées de la sorte pendant le premier mandat d'Obama. Cette stratégie s'est accompagnée d'une véritable campagne de diabolisation du président pour le délégitimer. Cette tactique de la terre brûlée puise en partie ses raisons dans le coup de pied dans la fourmilière mentionnée plutôt. Obama a donc été freiné par le régime constitutionnel bipolaire des É-U, où le président et le congrès s'égalisent en pouvoirs.

Cependant, les critiques d'Obama lui reprochent de ne s'être pas assez battu, tel qu'il l'avait promis. Sur l'assurance maladie, le président avait la majorité requise au début de son mandat pour faire passer la version de la loi qu'il voulait. Il aurait fait preuve de naïveté en voulant être trop conciliant avec les Républicains. D'aucuns pensent que «quand on fait fasse à des adversaires déraisonnables, on ne doit pas négocier». Les Républicains semblent avoir réussi à forcer Obama à appliquer leurs propres recettes sans rien concéder. En échange il n'a écopé que de la désinformation et par dessus tout la déception de ses propres partisans.

Une autre explication fournie par Obama et son administration sur la perception à mis-teinte de son bilan est que son action aurait été «mal vendue» au peuple américain. C’est-à-dire qu’il aurait insuffisamment communiqué sur ses succès au point de laisser ses adversaires imposer une fausse perception de la réalité. Effectivement, la machine à communication des Républicains avait réussi à faire croire à certains de leurs militants qu’Obama allait restreindre leur accès aux médecins, qu’il leur empêcherait d’avoir des emplois et qu’il ferait exploser le déficit budgétaire, malgré le fait que sur chacun de ces points c’est exactement le contraire qui s’est passé. C’est tout de même paradoxale qu’Obama, universellement reconnu comme un grand orateur, se plaigne d’avoir insuffisamment communiqué sur ses réalisations.

En réalité, la présidence d'Obama dont on avait espérée qu'elle entamerait une ère post-raciale a révélé au grand jour la persistance de la considération raciale. L'obstacle sur lequel a buté Barack Obama est un terrain familier pour tout Noir ayant vécu à l'extérieur de l'Afrique, notamment en Occident. Il faut être deux fois plus bon pour être reconnu deux fois moins. Le racisme consistant d'abord à nier le talent par les préjugés et, quand on n’arrive pas à l'étouffer dans l’œuf, ensuite à provoquer l'échec par le sabotage pour mieux conforter son préjugé initial. C'est l'attitude des Républicains dont on peut mesurer l'absurdité à travers le résultat de leur entreprise d'intoxication de l'opinion: Donald Trump, dont la plupart des dirigeants républicains veulent eux-mêmes se distancer maintenant.

Barack Obama n’a pas caché son amusement suite à la nomination de Donald Trump, ce milliardaire excentrique et grossier, comme candidat des Républicains aux élections présidentielles. Il prend ainsi sa revanche sur ceux qui ont été brûlés par le feu d’irrationalité qu’ils ont eux-mêmes allumé dans l’opinion publique. En voulant détruire à tout prix la présidence d’Obama, ils ont fini par se détruire en tant que parti, en se mettant à dos des groupes d’électeurs américains de plus en plus nombreux comme les jeunes, les latino-américains ou les descendants d’immigrés.

Quant à l'attitude muette d'Obama sur les difficultés des Noirs sous son mandat, il faut le mettre sur le compte de son soucis de s'assurer qu'un autre Noir puisse jamais devenir président après lui. Paraître revanchard ou partisan était le piège facile qu'il devait éviter. Pour le chercheur et écrivain Jodd Steven Burroughs, «Obama a troqué toute idée de liberté intellectuelle comme celle de Martin Luther King ou Malcolm X, pour un patriotisme pratique»[2]. Il ne faut pas compter sur lui pour laisser éclater sa «colère noire». L'enjeu est bien trop important!

Son hésitation méthodique et presque professorale s'explique par le poids de la responsabilité pharaonique qui pèse sur ses épaules. A travers lui, c'est tous les Noirs qui sont jugés, à tort peut-être mais cela n'en demeure pas moins vrai. Quand on veut fixer un clou, on procède d'abord par une tape légère pour l'immobiliser, ensuite on tape fort pour l'enfoncer. La présidence d'Obama représente plus ou moins pour les Afro-américains la première tape.  Il ne pouvait pas se permettre d'échouer. Plus que le destin d'un seul homme, c'est celui de tout un peuple qu'il avait entre les mains.

En résumé, la présidence d'Obama peut être évaluée avec les propos de Saladin Ambar, professeur agrégé de Sciences politiques à l'Université de Lehigh, «Je crois que la plupart des historiens et des spécialistes vont conclure qu'il a fait aussi bien que n'importe quel autre président ayant eu les mêmes moyens»[3]. C'est bien modeste mais c'était ça l'objectif et il semble avoir été atteint à 100 %.

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Notes

1. http://www.pbs.org/wgbh/frontline/article/the-republicans-plan-for-the-new-president/ [Retour]

2. http://www.theroot.com/articles/politics/2016/02/democracy_in_black_3_writers_wrestle_with_president_obama_s_blackness.html [Retour]

3. http://www.theroot.com/articles/politics/2015/12/historic_presidency_historic_opposition_the_legacy_of_president_barack_obama.html [Retour]

Dernière modification le Samedi, 14 Mai 2016 11:17

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