Lundi 19 Novembre 2018

La Chine, 1ère Puissance Économique Mondiale : Implications pour l’Afrique

II - Implications pour les relations Sino-Africaines

L’Afrique doit-elle rester insensible à la percée fulgurante de la Chine sur le plan économique? Quelles pourraient être les implications de la montée en puissance de la Chine pour le continent? Voici des questions auxquelles élites et dirigeants africains ne pourraient se dérober. Du reste, les chinois s’installent de plus en plus en Afrique, un continent qu’ils trouvent propice à la vie, au travail et au commerce. De quelques dizaines de millier il y a une dizaine d’année, le nombre de chinois installés en Afrique avoisine maintenant un million. Cet afflux des chinois en Afrique a généré une vague d’attaques médiatiques et intellectuelles expliquant que la Chine est une nouvelle puissance coloniale en Afrique qui fera pire que les Européens du 19ième siècle.

Il est évident que dans toutes relations diplomatiques, tous les partenaires ne peuvent pas maximiser leurs gains de la même manière. Par conséquent, malgré les critiques virulentes, les arguments sont légion pour soutenir que l’Afrique a énormément à gagner en se rapprochant de la Chine. Premièrement, la Chine investit en Afrique dans des secteurs que les Occidentaux refusent d’investir. Il s’agit par exemple des infrastructures et des industries de transformation. Depuis la fin de la décennie 1970, les Occidentaux et leurs agences d’aide publique, par idéologie ou par manque de ressources, n’investissent plus dans les infrastructures en Afrique. Deuxièmement, la Chine investit dans des pays africains jugés trop risqués par les investisseurs et banques occidentaux. Par exemple, n’eût été grâce à la Chine, le Tchad n’allait pas bénéficier d’une raffinerie de pétrole ou le Zimbabwe d’une raffinerie de Platinum. En dernier lieu, la Chine ne pose pas de préalable idéologique dans sa relation avec l’Afrique. Contrairement à l’Occident,  la Chine ne s’immisce pas dans les choix politiques et économiques de ses partenaires africains (du moins pour l’instant).

Au regard de ce qui précède, si l’Afrique opte de rester à l'écart des possibilités qu’offre la Chine, elle fera preuve d'immaturité politique et se suiciderait économiquement. L’émergence de la Chine constitue certainement une aubaine pour toutes les régions du monde et l’Afrique devra aussi en profiter pour peu que ses hommes politiques et opérateurs économiques fassent preuve de lucidité et d’imagination. Ainsi, l’Afrique pourra-t-elle concrètement tirer profit de la Chine sur quatre points majeurs que sont : le paradigme et modèle de développement, le commerce international, l’accès à des sources de financements, et enfin les retombées diplomatiques.

Paradigme et modèle de développement : le couplage Europe-Afrique n’a produit que misère et mépris pour l’Afrique depuis plus de six siècles. Avec les Européens, l’Afrique a connu quatre siècles d’esclavage, un siècle de colonisation et de travaux forcés, un autre siècle de domination politique et économique. Dans son ouvrage « le développement synonyme de modernité, la modernité synonyme de développement » Lwazi Siyabonga Lushaba résume bien la relation entre l’Europe et l’Afrique. Il affirme que dans sa relation avec l’Europe, l’Afrique a souffert de l’européocentrisme. Il explique : « C’est l’européocentrisme qui avait des conséquences graves : d’un côté il y a le racisme, « l’autre » non-européen est qualifié de barbare, de sauvage, s’il n’est pas considéré comme une bête ; et d’un autre côté il y a l’impérialisme, par la vertu de la modernité que porte l’Europe et « sa responsabilité morale » visant à l’étendre au monde non-moderne, non-civilisé et non-rationnel. L’Afrique était le champ d’application de ces deux logiques. Elle l’est encore.» On voit bien que les rapports entre l’Afrique et l’Europe sont toujours teintés soit de racisme, soit de velléités de domination et d’exploitation. En d’autres termes, l’Afrique n’a jamais été traitée sur le même pied d'égalité que l’Europe dans ses rapports avec elle.

Avant la montée en puissance de la Chine, l’Afrique n’avait pas de liberté dans le choix de ses modèles de développement. De la formation des cadres aux choix des politiques économiques et financières en passant par les idéaux politiques, l’Europe était là et il fallait que l’Afrique conjugue avec elle. L’irruption de la Chine comme première puissance mondiale donnera certainement à réfléchir aux leaders Africains. Avec l’Occident,  le paradigme était le suivant : « nous (Occident) avons besoin de ressources naturelles et énergétiques mais nous n’en avons pas chez nous. Par contre, vous en disposez abondamment en Afrique. Nous viendrons là-bas nous en procurer à volonté et on vous laisser des miettes. En plus, nous vous imposerons des choix politiques, économiques et diplomatiques à suivre. Si vos leaders intègres et progressistes veulent se plaindre, nous nous débarrasseront d’eux et les remplacerons par des marionnettes.»

Le paradigme chinois lui se distingue de celui de l’Occident comme suit. «Je suis la Chine et j’ai énormément besoin de matière première pour ma croissance économique. Je n’en dispose pas assez chez moi mais vous en assez abondamment en Afrique. J’irai donc en Afrique pas pour les beaux yeux des Africains mais pour faire des affaires. Je prendrai ce que je pourrai en échange d’infrastructures et de devises pour l’Afrique. Je ne me mêlerai pas des affaires internes et diplomatiques des pays africains.» Entre ces deux paradigmes, l’Afrique n’a rien à perdre en faisant des Chinois leurs amis.

De plus, la Chine qui a été un ancien pauvre, a réussi à trouver sa propre voie de développement malgré les pressions diplomatiques de toutes sortes. Sans suivre le modèle dominant, elle a réussi, à réduire le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (selon la Banque Mondiale) de 85% à 15,9% entre 1981 et 2005. La Chine peut donc paraître aux yeux des Africains comme un modèle de développement crédible qui ne demande qu’à être reproduit et contextualisé en Afrique.

Commerce international : historiquement, le commerce international a toujours été le moyen sûr de partage des richesses et de la créativité entre nations. Chaque région du monde, en se focalisant sur ses avantages comparatifs, développe une certaine compétitivité qui lui permet d’échanger avec le reste du monde. Le télescopage entre l’Europe et l’Afrique a produit deux grands héritages. Le premier, c’est la construction historique et la cristallisation d’une division internationale du travail qui fait de l’Afrique une pourvoyeuse exclusive de matières premières à l’industrie européenne. Ainsi, le Burkina Faso est-il le premier producteur de coton en Afrique de l’ouest mais ce coton n’est nullement transformé sur place. Il en est de même pour la Côte d’Ivoire et le Ghana qui sont respectivement premier et second producteurs au monde de cacao mais sans possibilité réelle de valorisation de ce produit sur place.

Le second héritage, c’est la protection du marché occidental contre les produits où l’Afrique a un avantage comparatif et ce, au mépris des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La théorie du “free trade” si chère aux occidentaux, ne s’applique donc qu’aux autres. L’Afrique a ainsi subit des pressions pour ouvrir son vaste marché qui, demeure un marché de consommation des produits occidentaux. Pendant ce temps, les occidentaux barricadent leurs marchés avec des tarifs, des subventions et normes de toutes sortes surtout dans les domaines où ils sont les moins compétitifs comme l’agriculture. Par exemple, entre 1995 et 2012, les USA ont octroyé 292 milliard de dollar de subventions aux fermiers américains. Durant la même période, les subventions pour les cotonculteurs américains s’élevaient de 32 milliards. La politique agricole commune de l’Union Européenne quant à elle apporte des aides directes aux agriculteurs européens conduisant ainsi à une distorsion des prix des denrées cultivées sur le marché mondial. De telles pratiques contraires aux règles de l’OMC, détruisent les moyens de subsistance des fermiers des autres parties du monde, surtout ceux d’Afrique.

Toutes les négociations commerciales bilatérales ou multilatérales entre pays africains et pays occidentaux tendent à renforcer ces deux héritages : profiter au maximum des matières premières de l’Afrique et protéger le marché européen ou occidental contre les produits où l’Afrique a un avantage comparatif. La montée en puissance de la Chine et d’autres pays émergents constitue donc une aubaine pour l’Afrique qui pourra ainsi explorer d’autres types d’accords commerciaux. La Chine a énormément besoin de ressources naturelles que l’on peut trouver en quantité et en qualité en Afrique. Contrairement à l’Occident, la Chine n’établit pas de préalable idéologique dans son rapport avec l’Afrique en matière de commerce international.

Du reste, pendant que l’Occident se soucie de l’aide au développement, la Chine construit des infrastructures en Afrique pour faire du commerce avec elle. Ainsi, depuis 2009, la Chine a-t-elle supplanté les USA pour être le premier partenaire commercial de l’Afrique avec plus de 200 milliards de dollars d’échange. Un tel dynamisme commercial ne peut qu’accroître la part de l’Afrique dans les échanges commerciaux internationaux et tirer ainsi l’Afrique vers le haut. Déjà, on peut observer que si l’Afrique est maintenant le continent ayant la plus forte croissance économique au monde, son dynamisme commercial avec la Chine y est pour quelque chose.

Cet article contient plus d'une page. Cliquer ci-dessous pour naviguer entre les pages.


Dernière modification le Dimanche, 26 Avril 2015 13:40

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.