Lundi 16 Juillet 2018

La Chine, 1ère Puissance Économique Mondiale : Implications pour l’Afrique

Source de financement direct étranger : Le problème crucial de l’Afrique en matière d’investissement, c’est l’accès aux sources de financements. Au lendemain de leurs « indépendances », tous les pays africains avaient besoin cruellement de capitaux pour des investissements divers. Tous les chemins de financements des grands projets africains passaient nécessairement par les pays occidentaux. Par exemple, le cours des matières premières reste hors de contrôle des pays producteurs africains, alors que les budgets de bon nombre d’entre eux sont alimentés par les recettes des matières premières. Pire, les ressources naturelles de certains pays africains sont considérées comme des réserves stratégiques de leurs anciens «maîtres coloniaux». C’est le cas notamment de la plus part des pays d’Afrique «francophone» qui n’avaient de choix que de se tourner vers la France pour l’exploitation de ces ressources[1]. Certains pays africains se sont même vus imposés des prix d’achats dérisoires de leurs ressources naturelles sur des décennies. Ce fut le cas du Niger avec l’Uranium.

L’Occident était donc en mesure de décider quel pays africain pouvait recevoir ou pas un appui financier. Elle s’est surtout appuyée sur les institutions de Brettons Woods (Fond Monétaire international-FMI, et la Banque Mondiale-BM) qu’elle contrôle pour atteindre ses objectifs de contrôle des flux financiers dans le monde et surtout en Afrique. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter l’ancien Président de la BM, James Wolfensohn, expliquer à des étudiants de l’Université de Stanford comment les Occidentaux ont utilisé le FMI et la BM pour dominer le monde.

L’Occident a toujours utilité les institutions de Bretton Woods pour obliger les pays africains à nouer des alliances avec elle ou adopter des politiques publiques qui sont aux antipodes des intérêts de leurs peuples. Dans son récent livre intitulé : The Tyranny of Experts: Economists, Dictators, and the Forgotten Rights of the Poor (2013), William Easterly explique comment les USA et ses alliés occidentaux ont orchestré l’allocation des prêts de la BM à des régimes autoritaires dans le seul but de nouer des alliances avec leurs pays contre l’Union Soviétique. Au final, beaucoup de pays africains se retrouvent avec des dettes odieuses, et une misère indescriptible suite à l’application des recettes du FMI et de la BM.

Du reste, la majeure partie des pays occidentaux sont aujourd’hui très endettés, en proie à des crises internes, et se relèvent douloureusement de la récente crise économique et/ou de celle de la zone euro. L’essor économique de la Chine ouvre d’autres horizons pour l’Afrique en termes d’accès à des sources de financement. Malgré les tambours négatifs sur l’entrée de la Chine en Afrique, les chinois conduisent leurs investissements en Afrique en des termes qui sont bien plus avantageux pour les deux parties. Ils investissent surtout dans la transformation des matières premières sur place en Afrique, chose que l’Occident n’a jamais faite. Par exemple, la Chine a construit plusieurs raffineries de pétrole en Afrique (Tchad, Lybie,). Elle a construit la plus grande raffinerie au monde de platine déjà traité au Zimbabwe. Au Nigeria, la Chine et le gouvernement de ce pays ont signé un accord pour la construction de la plus grande zone de “Free Trade” en Afrique pour un coût avoisinant 1,35 milliard de dollars US. Un autre projet d’infrastructure dans ce pays concerne la construction d’un chemin de fer pour un montant de 10 milliard de dollars US. La Chine est donc un partenaire économique de taille avec lequel l’Afrique devra compter.

De plus, la mise en place par les BRICS en juillet 2014 de la New Development Bank avec un capital de 50 milliards de dollar et du Contingency Reserve Arrangement pour un capital de 100 million de dollar vient bousculer l’ordre établi par les Occidentaux en matière de financement international. À terme, les pays africains pourront échapper aux griffes des institutions de Bretton Woods en se tournant vers ces nouveaux mécanismes de financements pour développer les infrastructures dont ils ont besoin.

Au niveau diplomatique : Les pays africains comptent environ un tiers de l’effectif des pays membres des Nations Unies mais beaucoup ont toujours donné l’impression d’y être pour compléter les effectifs. Les pressions de toutes sortes des anciennes puissances coloniales font que certains pays votent contre leurs intérêts ou ceux de l’Afrique. L’essor économique de la Chine va certainement contribuer à redistribuer les cartes de la gouvernance du monde. Ce qui s’est passé au Conseil de Sécurité sur le cas Libyen constitue à n’en point douter un tournant et ce n’est plus demain la veille que les Occidentaux obtiendront un feu vert de ce conseil pour aller bombarder un autre pays. La preuve est que pour le cas Syrien, le Conseil de Sécurité est toujours divisé.

Cela est à mettre sur le compte de la Chine et de la Russie qui, depuis la crise libyenne, semble avoir trouvé un rapprochement stratégique pour faire bloc contre les aventures guerrières des Occidentaux. L’Afrique peut surfer sur cette vague pour se libérer du joug de ses anciens maîtres coloniaux. Certes cela demandera de la part de l’Afrique, une certaine vision stratégique, une unité d’action et enfin de la dextérité diplomatique. Du reste, tout semble indiquer que la Chine est en train de gagner le cœur de la diplomatie africaine. Le nouveau siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba a été entièrement financé par la Chine à hauteur de 200 millions de dollar US.

Dans tous les cas, l’Afrique devra au niveau continental, définir un objectif clair sur la nature de ses relations diplomatiques avec la Chine. Elle devra considérer la montée en puissance de ce dernier sur le plan économique comme une opportunité de changer la nature de ses rapports économiques avec l’Occident. L’Afrique ne devra pas perdre de vue cet objectif. Plus elle aura le choix entre plusieurs offres de partenariats, mieux cela vaudra pour sa capacité de négociation. La raison est simple : elle pourra faire monter les enchères. Par exemple, pendant qu’AREVA veut acheter l’uranium nigérien à un prix inférieur à celui du marché, la Chine est prête pour acheter le même uranium au prix du marché international. Le gouvernement nigérien a donc une aubaine pour contraindre AREVA à s’aligner sur l’offre chinoise si elle veut continuer à exploiter son uranium. Chaque gouvernement africain pourra donc utiliser la Chine ou tout autre partenaire non occidental comme un levier dans ses négociations et relations diplomatiques avec l’occident. Le but du jeu étant d’obtenir des contrats gagnant-gagnant pour chacune des parties.

Rien de tout ceci ne se réalisera en faveur de l’Afrique si les dirigeants du continent ne font pas preuve de sagesse et surtout d’union. Ils pourraient se convenir de mettre en œuvre quelques normes diplomatiques qu’ils définiront au niveau continental. Premièrement, il s’agira d’une norme anti-impérialisme. L’Afrique ne doit pas oublier son passé douloureux avec l’Europe pour embrasser la Chine ou n’importe quelle autre économie émergente sans prendre des garde-fous contre toute visée impérialiste de ses partenaires. Cette norme la permettra de tenir en respect toute force étrangère dont le dessein sera l’exploitation du continent.

La seconde norme sera d’instaurer et de renforcer une norme de solidarité diplomatique entre pays africains au plan mondial. Cette norme s’appuiera sur le rêve de Kwame Nkrumah de voir l’Afrique parler d’une même voix dans les instances et institutions internationales. Une telle prouesse permettra à l’Afrique d'éviter la stratégie du diviser pour mieux régner que toute nouvelle puissance hégémonique pourra adopter à son endroit. Une dernière norme diplomatique qui est une conséquence logique des deux précédentes sera la coordination au niveau continental des politiques étrangères de chaque pays. Il faudra vaincre les résistances de souveraineté (parfois non justifié sur le plan idéologique et politique) pour arriver à instaurer une telle coordination, gage de l'unité et de la capacité de négociation en bloc devant le reste du monde.

En définitive on retiendra  que l’émergence de la Chine constitue une aubaine pour toutes les régions du monde et l’Afrique fera preuve d'immaturité politique et se suiciderait économiquement si elle restait à l'écart des possibilités offertes par l’empire du milieu. Pour ce faire, l’Afrique devra mettre en place sa politique chinoise au niveau de l’Union Africaine et faire en sorte que ses ressources naturelles ne soient plus la chasse gardée d’une quelconque puissance qu’elle soit coloniale ou émergente. Cette politique devra définir de manière claire l’ensemble des principes et règles que chaque pays africain devra observer dans sa relation avec la Chine. Cela est impératif dans la mesure où une négociation en bloc est toujours préférable à une avancée en rang dispersé. L’Afrique doit tirer leçon de sa longue et douloureuse histoire avec l’Europe pour prendre les garde-fous nécessaires dans son rapprochement avec la Chine ou toute autre puissance émergent. Une telle démarche rentrera en droite ligne de la sagesse bien africaine qui dit que le chien qui s’est brûlé les narines par la braise doit toujours se méfie de renifler la cendre.

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Notes

1. Koulibaly, M. (2005). Les Servitudes du Pacte Coloniale. (2ieme ed.) Abidjan, CEDA [Retour]

Dernière modification le Dimanche, 26 Avril 2015 13:40

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