Vendredi 28 Juillet 2017

Éditorial: Frappes américaines sur la Syrie: quand l’Occident joue à la roulette russe avec la 3ième guerre mondiale!

Le 06 Avril 2017, les États-Unis (É-U) ont lancé des frappes militaires sur une base aérienne de l’armée syrienne. Les frappes ont consisté au lancement de 59 missiles de croisière à partir d’un navire militaire basé dans la méditerranée. Ces attaques font suite à ce qui s’apparente à l’explosion d’une arme chimique deux jours plus tôt dans la ville syrienne de Khan Shaykhun alors aux mains d’un groupe terroriste combattant les forces armées régulières de la Syrie.

Les É-U et leurs alliés du monde occidental ont tout de suite accusé l’armée syrienne d’avoir procédé à une «attaque» chimique contre ladite ville. Le gouvernement syrien a affirmé pour sa part avoir bombardé un dépôt de munitions appartenant aux terroristes qui pourrait être à l’origine des émanations chimiques. Cette information a été corroborée par son allié russe. Le Chef du Désarmement de l’ONU a quant à lui déclaré que «les moyens de délivrance des produits toxiques n’ont pas été confirmés»

Sans apporter la moindre preuve, autre que les analyses de leurs agences de renseignements, les É-U ont pour la première fois depuis le début de la guerre en Syrie, attaqué délibérement le gouvernement syrien en violation flagrante du droit international. Le danger dans cette attitude américaine naît de la volatilité de la région, marquée par la présence d’une autre puissance militaire mondiale, la Russie, sans oublier l’implication de l’Iran, des forces chiites libanaises, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie Saoudite, etc.

Il suffit d’un rien pour que la région entière s’embrase pour aboutir à un conflit ouvert entre l’Occident, la Turquie, Israël, les pays du golfe d’un côté, et la Russie et l’Iran de l’autre. D’aucuns qualifient déjà la guerre en Syrie et ses ramifications régionales de troisième guerre mondiale, en raison du nombre très élevé des acteurs impliqués. Un conflit ouvert entre la Russie et les É-U serait aux conséquences inimaginables. Non seulement la Russie est dotée d’une puissance nucléaire capable de réduire la terre entière à néant, mais aussi d’autres pays comme l’Iran et la Chine se rangeraient probablement à ses côtés sachant qu’ils seraient les suivants sur la liste.

Il faut dire que les raisons de ce comportement sont incompréhensibles, le président américain ayant martelé avant, pendant et après sa campagne, sa volonté de ne pas aventurer son pays dans une grande déflagration au moyen-orient. Il est étonnant que Trump ait cédé à la pression médiatique sur la base d’informations fournies par des agences de renseignements ayant leur propre agenda et dont la profession est par ailleurs fondée sur la déception. Ce sont les mêmes agences qui avaient concocté de vraies fausses preuves sur la présence d’armes de destruction massive en Irak dont on sait maintenant qu’elles n’ont jamais existé.

La question la plus élémentaire que poserait même un enfant du CP1 est ceci : à qui profite le crime ? Pourquoi la Syrie dont l’armée est entrain de remporter la guerre mènerait-elle une attaque chimique contre sa propre population ? Quel possible intérêt stratégique ou tactique Bashar El Assad peut-il avoir à poser un tel acte suicidaire, comme par hazard quelques jours après que les É-U aient déclaré que c'est au peuple syrien de décider de son sort et quelques jours avant des négociations qui pourraient déboucher sur un cessez-le-feu?

Plusieurs incidents de ce type ont émaillé la guerre civile syrienne et plusieurs ont été attribués aux rebelles qui voulaient ainsi provoquer une intervention militaire américaine en leur faveur. Au-delà des rebelles, plusieurs autres acteurs tels que la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite ont intérêt à faire porter à Bashar El Assad ce crime, sans oublier Israël.

L'hypocrisie et le mensonge de l’Occident dans cette histoire est à couper de souffle. Quelques jours avant l’attaque présumée, les Alliés américains ont tué en une frappe plus de 200 civils dans un bombardement en Irak. C’est à peine si ces victimes ont été mentionnées dans les médias occidentaux, spécialistes de l’indignation et de la compassion sélectives. 

Si l'objectif, des américains était de punir Bashar El Asad pour avoir fait usage d'armes chimiques ayant causé la mort de 80 personnes, cela poserait un problème éthique. Comment un pays et ses alliés qui ont causé la mort de 200 civils dans un bombardement en Irak, peuvent-ils s'ériger en justiciers du droit international en Syrie où une attaque chimique à fait 80 morts?  S’il s’agissait de combattre un dictateur sanguinaire, pourquoi Trump a-t-il accueilli en grandes pompes, le Gal. Al Sissi de l’Égypte qui a mis fin au vu et au su de tout le monde un pouvoir démocratique issu d’élections libres et transparentes, en tirant à bout portant sur des manifestants, faisant plusieurs centaines de victimes ?

De toute apparence, les frappes américaines en Syrie ainsi que la menace d’actions supplémentaires, au-delà du message quasi-enfantin qu’elles envoient, préparent le terrain pour une intervention de grande envergure pour changer le régime syrien. Il s’agit simplement d’éliminer de la surface de la terre tout régime qui ne se soumet pas au diktat de l’Occident, afin de consacrer ainsi son hégémonie sur la planète. On peut parier que d'autres «attaques chimiques» fabriquées se produiront en Syrie puisque le terrain est déjà balisé pour un prétexte d'intervention.

Vis à vis de la Russie, il s’agit de contester à tout autre acteur de la scène internationale la simple prétention d'être autre qu’un vassal des É-U. C’est là que réside le vrai danger de cette aventure car aucun peuple n’est prédestiné à un asservissement éternel. Les autres nations observent et notent tous ces mensonges et ce comportement de rapace. La méfiance s'installe et la possibilité de résoudre tout désaccord s'amenuise.

Dans un passé pas si lointain on a vu où peuvent conduire une telle soif de domination sans scrupules, un tel abus de position dominante et un tel désir d’humilier son adversaire. Cette fois, ce désir d’hégémonie s’appuie sur une machine à générer le mensonge probablement sans mesure commune dans l’histoire de l’humanité.

Nous vivons des temps très dangereux, bien plus qu’à l'époque de la guerre froide. A cette époque, il y avait un contre-poids à la bellicosité de l’Occident en son sein même, sous la forme des partis communistes, syndicats, intellectuels et médias plus critiques. De nos jours, on assiste à un concert unanime de tambours de guerre, battus par les médias et politiciens, de gauche surtout, comble du paradoxe ! Aux É-U comme en Europe, c’est l’extrême droite qui semble devenue la voix de la raison. Ce fait tout seul est la preuve que quelque chose ne tourne pas rond dans l'Occident d'aujourd'hui.

Le plus grand danger vient de la campagne sans relâche de mensonges distillés dans les médias, véritables diffuseurs de fausses nouvelles dont ils ont le cynisme d’accuser toute voix alternative. De l’Espagne au Canada, du Royaume Uni à l’Australie, on a l’impression que l’actualité est rédigée par la même personne et traduite dans toutes les langues. Il est vrai que la propagande n’est pas uniquement l’apanage de l’Occident. Russes, Chinois et Syriens s’y adonnent également. Mais de toute apparence, l’élite occidentale commence à croire en ses propres mensonges, et c’est de là que vient le danger. Cherchez sur Internet y compris Wikipedia et vous apprendrez que la présumée attaque chimique par le gouvernement syrien est maintenant un fait établi, et ce sans la moindre preuve.

On chauffe ainsi à blanc l’opinion publique pour qu’elle force ensuite les dirigeants à agir. L’Occident est entrain d’établir sa version de «Radio milles collines». Avec un président à tempérament aussi instable que Donald Trump, se frotter à une autre puissance nucléaire sur un terrain de guerre est une recette pour le désastre.

Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est que le jeu de roulette russe, il consiste à charger une seule chambre d’une arme semi-automatique à plusieurs chambres, à faire tourner le cylindre de façon aléatoire, puis à appliquer la pointe de l’arme contre la tête de la victime probable pour ensuite tirer.

Il est fort à douter que les journalistes du Monde, du Guardian et du New York Times désirent un champignon nucléaire au dessus de Paris, Londres ou New-York. Il est aussi fort à douter que l’humanité puisse survivre à un tel événement pour en tirer les leçons. C’est peut-être pourquoi il faut tirer la sonnette d’alarme dès maintenant. Il faut que l’Occident arrête de jouer à la roulette russe avec la 3ième guerre mondiale, car le cataclysme n’est jamais trop loin et il n'épargnera aucun continent, aucun pays.

 

Dernière modification le Vendredi, 14 Avril 2017 14:32

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