Dimanche 19 Novembre 2017

Éditorial: Massacre à Gaza

«Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens de bien», disait Martin Luther King, repris par Norbert Zongo. En tant qu’Africains, nous sommes tentés de nous occuper de ce qui nous regarde, c’est-à-dire nos propres problèmes, mais il serait une erreur de considérer que ce qui arrive à Gaza ne nous regarde pas...

«Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens de bien», disait Martin Luther King, repris par Norbert Zongo. En tant qu’Africains, nous sommes tentés de nous occuper de ce qui nous regarde, c’est-à-dire nos propres problèmes, mais il serait une erreur de considérer que ce qui arrive à Gaza ne nous regarde pas. A Gaza, on assiste à une défiance délibérée du droit international pour reprendre les propos de Navi Pillay, le Haut-Commissaire des Nations Unis pour les droits de l’homme.  Et nous faisons partie du monde.

Les faits sont les suivants. Trois adolescents israéliens sont enlevés par des inconnus en Cisjordanie (pas à Gaza) le 12 Juin 2014; ils seront retrouvés morts quelques jours plus tard. Les suspects de cet enlèvement seraient membres d’un clan rival et hostile au Hamas. L’armée israélienne enclenche immédiatement une opération militaire en Cisjordanie pour s’attaquer au Hamas, faisant plusieurs morts, côté palestinien. Le Hamas finit par réagir aux opérations de l’armée israélienne en Cisjordanie par des tirs de rockets sur Israël depuis la bande de Gaza sous son contrôle. Entre temps, un adolescent palestinien est enlevé et tué le 02 Juillet à Jérusalem sous contrôle israélien par des extrémistes israéliens.

Le  08 Juillet, débute l’opération militaire israélienne à Gaza, caractérisée par des incursions terrestres et des bombardements aveugles de zones densément peuplées de population civile. Le détail de l’opération militaire israélienne fait froid au dos. A titre d’exemple, quatre enfants sont tués sur une plage le 16 Juillet devant des journalistes internationaux, un obus israélien est tiré sur une école des Nations Unies  faisant au moins 15 victimes palestiniennes le 24 Juillet. Le 29 Juillet, le pilonnage d’une autre école de l’Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) fait au moins 16 morts dont «des enfants qui dormaient à côté de leurs parents sur le sol d'une salle de classe» selon le chef de l'UNRWA, Pierre Krähenbühl. Une troisième école a été pilonnée le 3 Août faisant au moins dix morts. Selon l’ONU, aucune cache d’armes n’a été découverte dans ces locaux dont les coordonnées GPS ont été transmises à l’armée Israélienne au moins 17 fois. A cela on peut ajouter l’attaque des marchés, universités et mosquées, du principal hôpital de Gaza, des installations électriques, etc. qui ne vise qu’à terroriser et faire souffrir la population palestinienne.

Cependant, pour paraphraser Martin Luther King, la tragédie n’est pas l’oppression et la cruauté de l’État israélien mais le silence de la communauté dite internationale. Certes, plusieurs pays de l’Amérique latine ont condamné Israël et rappelé leurs ambassadeurs mais l’Afrique est restée muette ou inaudible. L’Occident s’est montré complice par le soutien de ses dirigeants à Israël et par la couverture médiatique complaisante de la situation par ses médias.

Il est stupéfiant que les États-Unis (É-U), la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Union Européenne qui se présentent comme des repères moraux de l’humanité se taisent devant des massacres d’enfants, qui plus est, dans des écoles de l’ONU. Ceux-là même qui ont orchestré la liquidation de Khadafi sous prétexte qu’il tirait depuis des avions sur son peuple, qui ont voulu s’attaquer à la Syrie pour usage d’armes chimiques dont les auteurs n’ont jamais été indiscutablement établis, qui s’agitent éperdument à propos de l’Ukraine, cautionnent le massacre des faibles par les forts, le fort étant cette fois-ci de leur côté.

L’hypocrisie des médias occidentaux ne s’est jamais révélée avec une si grande clarté.  Le New-York Times détourne son regard des attaques sur les écoles de l’ONU en jouant au: «on n’a pas de preuve»,  «il parait que», «il a été dit que», etc. Les médias comme la NBC ou CNN rappellent leurs journalistes soupçonnés d’être trop sévères vis-à-vis d’Israël avant de se raviser sous la consternation du public. En Europe, on dépeint le conflit comme une «guerre» entre Israël et le Hamas, alors que les forces sur le terrain sont disproportionnées. La démocratie française a rendu l’âme face à Israël par l’interdiction sélective de manifestations publiques de solidarité avec les Palestiniens sous prétexte d’une menace à l’ordre public. Barack Obama, qui s’était déclaré ému par les photos d’enfants morts en Syrie est manifestement resté impassible devant celles des enfants palestiniens tués dans leur sommeil dans les écoles de l’ONU. On voit donc que l’indignation occidentale est sélective. Le pire c’est que l’administration américaine et son congrès notoirement incapable de passer une seule loi, ont tous décidé de réapprovisionner Israël en munition pour continuer son massacre. Les É-U peuvent-ils continuer à jouer leur rôle de médiateur en armant une partie pour massacrer l’autre?

Le droit international est totalement discrédité car si Netanyahu était un dirigeant africain, il serait depuis longtemps inculpé par la CPI. Les leaders africains ont là une occasion pour dénoncer haut et fort cette attitude occidentale qui consiste à appliquer de manière sélective le droit international pour punir les coupables de crimes de guerre. Le danger de cette attitude c’est qu’elle inaugure une nouvelle phase des relations internationales : celle du far-west. Avant, on sauvait au moins les apparences; maintenant on entre dans une phase où il n’y a plus de droit international, c’est devenu la loi du plus fort. Les Occidentaux pensent qu’ils peuvent ré-fabriquer la réalité à souhait selon leurs intérêts, faire l’aveugle devant les faits qui ne les arrangent pas, sanctionner qui ils veulent avec ou sans preuves, pratiquer le «bullying»  médiatique pour justifier leur conduite…mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. L’Histoire n’est pas figée, le monde tourne et la puissance est en train de changer de main pour basculer de l’Ouest vers L’Est. Ainsi, les autres acteurs de la scène internationale pourraient un jour commencer à se comporter de la sorte et c’est à ce moment que la paix internationale déjà menacée risque de s’écrouler.

Quant à Israël, il s’isole progressivement de la communauté des Nations, et ceux qui sont ses amis  ne lui rendent pas service en se faisant complice de ses massacres impunis à répétions. Il est consternant que l’État qui symbolise les Juifs, victimes des horreurs nazis des camps de concentrations, en vienne à transformer Gaza en une prison à ciel ouvert et pulvériser une substance nauséabonde sur les murs palestiniens en Cisjordanie, rendant la respiration impossible jusque dans les maisons. Israël a perdu cette «guerre» en descendant plus bas que le Hamas dans l’échelle des valeurs morales. Israël ne battit pas un avenir paisible en se transformant en bourreau. Les excès d’injustice et de contrôle des milieux de décisions en Occident pourraient se retourner un jour contre leurs auteurs. C’est une erreur de penser que l’Histoire s’écoule à sens unique et que tout acquis est éternel. La sympathie qu’on a vis-à-vis des Juifs tire son origine de l’horreur dont ils ont été victimes lors de la deuxième guerre mondiale. On avait espéré que les Juifs seraient le symbole notre humanité retrouvée et du respect de la vie humaine partout et en tout temps.

L’argument habituel d’Israël, auquel tout le monde adhère, c’est que les tirs indiscriminés du Hamas sur le territoire israélien constituent des crimes de guerres. Cependant, quand on fait le bilan des victimes de part et d’autre,  plus de 1750 morts palestiniens constitués à très grande majorité de civils, et 63 morts israéliens dont trois civils et 60 militaires, on ne peut qu’accuser Israël de pratiquer un véritable terrorisme d’État. Le bilan des victimes est une preuve de l’asymétrie du conflit : l’usage d’une puissance de feu inégalée pour massacrer des civils face à des rockets et kalachnikovs qui ont fait essentiellement des victimes militaires. Les dirigeants occidentaux masquent leur hypocrisie derrière le «droit d'Israël à se défendre» alors que c'est Israël qui agresse cette fois-ci, comme dans bien d'autres.

Le reste du monde doit se réveiller et commencer à appliquer à Israël le même traitement qu’au régime de l’Apartheid. L’Afrique qui a connu l’esclavage, la colonisation et l’Apartheid doit plus que quiconque comprendre la douleur profonde du peuple palestinien. Elle qui se trouve dans l’œil du cyclone de la CPI  devrait dénoncer le deux poids-deux mesures de la communauté occidentale concernant la poursuite des auteurs de crimes de guerre et suivre l’Amérique latine dans l’isolation d’Israël jusqu’à ce qu’il respecte les lois internationales.

Tous ceux qui se taisent, États comme personnalités publiques, se font complices du massacre de Gaza. Aux spécialistes de l’indignation internationale qui se cachent derrière une fausse complexité de la situation ou une fausse neutralité pour masquer leur forfait, il faut leur rappeler qu’entre le fort et le faible, c’est la neutralité qui opprime. Être neutre entre celui qui massacre et celui qui est massacré, c’est prendre parti pour le bourreau. On rappelle aussi aux bourreaux et à leurs complices ces propos du Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon, «Nothing is more shameful than attacking sleeping children», quelque soit la stratégie, quelque soit le motif.

Dernière modification le Lundi, 09 Mars 2015 23:34

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