Jeudi 17 Août 2017

Comment Éviter la ‘’Compaorisation’’ du Pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré?

Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) est mort; Vive le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP)!!! Crient les mauvaises langues. Mais ont-elles tort? Derrière le rideau du MPP, se trouvent Rock, Simon et Salifou affectueusement appelés RSS par les Burkinabè sur les réseaux sociaux. Ils font partie des architectes du système Compaoré. Ils auraient dîné avec le diable mais avec de longues fourchettes, dixit Salifou Diallo. Ils ont aussi accompagné le peuple burkinabè dans l’insurrection populaire d’octobre 2014 et dans sa résistance à la tentative de coup d’État du Gal. Diendéré en septembre 2015. Depuis Novembre 2015, le peuple burkinabè leur a confié son destin et ils sont (revenus) aux affaires… par la voie des urnes. Au regard de leur parcours politique, comment arriveront-ils à convaincre le peuple que leur gestion du pays sera bien différente de celle du régime Compaoré qu’ils ont (aidé à) façonner? Vu sous un autre angle, comment le Président Roch Marc Christian Kaboré (RMCK) évitera-t-il la ‘’Compaorisation’’ de son pouvoir pour mieux servir le peuple? Telle est la question!

À l’instar de certaines grandes figures politiques qui occupent l’espace public dans notre pays, Roch, Simon et Salifou sont sortis du moule ‘’système Compaoré.’’ Vu que dans nos terroirs on dit que ‘’l’iguane a la forme de son trou’’, les Burkinabè même s’ils ont voté pour le candidat du MPP, n’ont-ils pas raison de se demander toujours si RSS pourraient bâtir quelque chose de meilleur que le système qui les a façonné? En rappel, ce système pendant près de trois décennies, a montré son incapacité à garantir et à protéger de manière efficace les libertés individuelles et collectives des Burkinabè ainsi que l’État de droit. Blaise Compaoré y est parvenu en instaurant par la ruse et par la terreur, la règle d’un homme, de sa famille et de son clan pour finir par éviter toute subordination du pouvoir politique à la règle du jeu démocratique.

Dans ce processus, l’appareil d’État avait fini par devenir un moyen d’enrichissement personnel et surtout un outil d’oppression des voix discordantes. Ainsi pensons-nous que la ‘’Compaorisation’’ du pouvoir de RMCK renverrai à l’usage voilé ou pas des mêmes méthodes de gouvernance… À titre d’exemple, on notera que si les vieilles habitudes du CDP refont surface au sein du MPP, la gestion du pays par RSS ne changerait certainement pas par rapport à l’ère Compaoré. Pour éviter un tel scénario catastrophe pour notre pays, le Président Kaboré s’il est sincère, gagnerait à se distinguer dans le fond comme dans la forme, du système Compaoré en prêtant particulièrement attention à cinq points (entre autres).

1. La protection et la défense de la liberté d’expression

Les Burkinabè ne sont pas dupes et rien ne les empêchera de faire des comparaisons entre la gestion de RMCK et celle de Blaise Compaoré. Le premier angle de cette comparaison sera sans doute la liberté d’expression au regard du fait que l’un des acquis forts de l’insurrection populaire, est incontestablement la libération de la parole dans notre pays. Avant, c’était : ‘’si tu t’amuses, on te fait et puis il n’y a rien’’. Maintenant, c’est ‘’si tu fais, on te chasse du pouvoir en plein midi et tu fuis chez tes beaux.’’ La peur a donc changé de camp! Si le Président Kaboré veut marquer sa différence avec Compaoré, il n’aura pas d’autres choix que de défendre et de protéger le droit des Burkinabè à penser et à s’exprimer librement.

De ce fait, son pouvoir et son parti politique le MPP, doivent être ouverts aux critiques des intellectuels de bonne foi, à commencer par ceux de son propre camp. Ces derniers doivent être en mesure de s’exprimer librement sur la gestion du parti et ou des affaires publiques sans avoir à craindre de représailles comme ce fut le cas avec le CDP. Une excellente stratégie pour le Président Kaboré serait donc de travailler à ce que son parti ou son pouvoir, ne s’enferme pas dans ce que la science politique appelle le cocon de la méfiance. À cet effet, il devrait surtout éviter de s’entourer d’intellectuels dépourvus de conviction ou de consistance en idéologie de construction nationale. Les griots et les prostitués intellectuels ne le conduiront que vers l’immobilisme ou le culte de la personnalité.

Sur ce plan, force est de constater qu’après un an et demi d’exercice du pouvoir, certaines des nominations du pouvoir ne semblent pas rassurer… Osons croire qu’un jour, on nous sortira pas la phrase fétiche comme du temps de Blaise Compaoré: ‘’ le Président est quelqu’un de bien et il veut travailler mais c’est son entourage qui bloquent les choses.’’ A cela, Nicolas Machiavel dans son ouvrage le Prince, nous donne une réponse claire qui ne souffre d’aucune ambiguïté. Il dit: ‘’la première conjecture et jugement que l’on fait de la sagesse ou de l’esprit d’un seigneur, c’est de voir la qualité des hommes qui sont autour de lui.’’... Par ailleurs, le président Kaboré dans un élan pour rassurer les Burkinabè, pourrait desserrer davantage l’étau autour de la presse écrite et des médias pour que leur impact puisse se ressentir positivement sur le processus démocratique.

Cela est crucial dans la mesure où la presse libre est à la démocratie ce que l’oxygène est pour tout être vivant. Aussi serait-il souhaitable que les émissions d'expression directe sur la vie politique nationale à la télévision comme dans les radios FM, soient encore plus tolérées. En tout état de cause, rien ne changera par rapport à l’ère Compaoré si un journaliste burkinabè devrait s’autocensurer ou craindre pour sa vie dans l’exercice de sa profession. Du reste, il appartiendra surtout aux journalistes et Hommes de médias de s’organiser pour contraindre le pouvoir à garantir la liberté d’opinion dans le Burkina Faso post insurrection. Les déboires du cyber-activiste Niam Touré en décembre 2016 ainsi que du journaliste Mamadou Ali Compaoré en janvier 2017[1], constituent des piqûres de rappel sur le fait que les Hommes de médias seraient les premiers à payer cash toute reculade sur ce front!

2. Le rapport avec l’opposition et la nécessité d’extirper la violence de la politique

Le second angle de comparaison entre le pouvoir de Blaise Compaoré et celui du président Kaboré est la manière avec laquelle ce dernier traitera d’une part l’opposition politique et d’autre part, toutes les autres voix discordantes sur la gestion des affaires publiques. Concernant l’opposition, la stratégie de Blaise Compaoré avait consisté à travers des coups bas, à affaiblir, voire même détruire les partis politiques d’opposition pour laisser émerger le mastodonte CDP comme seul maître à bord… du paysage politique. Si le ‘’nouveau pouvoir’’ s’applique à affaiblir/détruire les partis politiques actuels au profit du MPP, il commencera en même temps à cultiver les germes de sa propre destruction (de manière consciente ou pas). Le cas échéant, les premiers vrais opposants capables de le terrasser (dans des élections) se recruteront très vite au sein du MPP lui-même.

Beaucoup penseront que les RSS n’en auront que cure dès lors que cette entreprise d’affaiblissement de certains partis politiques leur permettra de rester au pouvoir. Après tout, nous sommes en politique et personne ne se fait de cadeau. Le seul problème est que le pays a changé... et ‘’celui qui est caché voit aussi celui qui cherche.’’ L’opposition politique saura donc à quoi s’en tenir. Aussi, n’oublions pas que le CDP était le ‘’véhicule’’ qui conduisait les ambitions d’un seul homme alors que le MPP aujourd’hui, abrite les ambitions politiques de trois personnes (RSS). Il y a donc trois camps en son sein.

 

Salifou Diallo et Simon Compaoré, deux grands tenors du MPP ainsi que du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré
Salifou Diallo et Simon Compaoré, deux grands tenors du MPP ainsi que du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré

 

Si les RSS s’engagent dans l’affaiblissement systématique des partis d’opposition, le MPP n’aura plus de concurrent sérieux en face pour l’animation de la vie politique. Le combat politique se déportera alors très vite au sein du MPP et personne ne pourrait contenir les guerres des camps, ou entre hommes de X contre hommes de Y, pour le contrôle du parti. Les contradictions internes finiront très vite par terrasser l’édifice plus vite qu’on ne le pense. Déjà, le temps mis en début de mandat pour trouver un Premier Ministre consensuel entre les trois ténors du parti, est sans doute un indicateur qui en dit long sur la nature de leur cohabitation hors normes.

Sur le même registre, les Burkinabè ne sont-ils pas en droit de se demander si la même stratégie d’affaiblissement ou de destruction des contre-pouvoirs sous Blaise Compaoré ne s’appliquerait pas à certaines organisations de la société civile (OSC)? Question plus que légitime connaissant le rôle joué par ces dernières lors de l’insurrection populaire et durant la résistance à la tentative de coup d’État. Au demeurant, les nominations de responsables d’OSC comme chargés de missions[2] à Kosyam ont contribué à jeter l’ombre sur la volonté réelle du ‘’nouveau pouvoir’’ de ne pa faire usage des mêmes stratégies du régime Compaoré pour la cooptation de leaders d’OSC ou l’installation d’un réseau clientéliste connectant le MPP et la société civile ou vis versa.

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Dernière modification le Lundi, 19 Juin 2017 02:17

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