Jeudi 23 Novembre 2017

Comment Éviter la ‘’Compaorisation’’ du Pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré?

Pour ce qui est des voix discordantes, Blaise Compaoré avait trouvé sa solution à lui : la violence. Pourtant, la violence dit-on, est le premier signe de faiblesse de tout pouvoir (démocratique). Blaise Compaoré est à n’en point douter celui qui aura le plus introduit la violence en politique dans notre pays. Il en avait fait un mode de gouvernance et l’ex Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) était son outil de terreur et de répression des ‘’empêcheurs de tourner en rond’’. Le pouvoir de RMCK doit comprendre que le peuple burkinabè veut mettre un terme pour de bon à cette pratique de terreur ou de démocratie Kalashnikov productrice de veuves et d’orphelins. Il est normal et même souhaitable que la compétition politique pour les bonnes idées génère des différends politiques.

Cependant, le ‘’nouveau pouvoir’’ ferait oeuvre utile s’il arrivait à mettre en place un environnement de sérénité au sein duquel la force des arguments l’emporterait toujours sur l’argument de la force. Dans tous les cas, l’armée qui à travers l’ex-RSP, était le bras armé du CDP, aura du mal à jouer le même rôle au sein du MPP. Le pays a changé...!!! Il serait donc judicieux pour le Président Kaboré, de dépolitiser cette armée pour la mettre au service du peuple et non au service d’un individu ou d’un clan. Tout bien considéré, l’extirpation de la violence en politique est une condition nécessaire pour la réconciliation des cœurs et des esprits au Burkina Faso. Par conséquent, il est plus souhaitable que le Président Kaboré marque un point d’honneur à faire toute la lumière sur les crimes politiques non élucidés de notre histoire récente. Mieux, il devrait s'engager à ne pas en commettre.

3. La nécessité d’améliorer la communication avec les Burkinabè

Dans une de nos précédentes publications [1], nous avions reproché au président Kaboré de vouloir dès l’entame de son mandat, gouverner par le silence comme Blaise Compaoré. Au bout d’un an et demi, des efforts restent encore à faire pour un changement significatif sur ce front. Les Burkinabè ont encore en mémoire le mutisme de Compaoré quand il s’agissait de communiquer avec eux surtout durant les périodes de crise. L’ancien locataire de Kosyam peut-être par manque de curiosité intellectuelle et idéologique ou simplement de par sa nature réservée et introvertie, s’exprimait très peu à l’égard de son peuple. À chaque crise, les prises de parole de l’enfant terrible de Ziniaré n’intervenaient qu'après pourrissement de la situation. Pire, il passait par le canal des médias étrangers pour se prononcer à mots voilés sur des questions d’intérêt purement national. Certains Burkinabè voyaient en cela un simple mépris de l’homme envers son peuple.

Notre pays traverse des moments assez particuliers de son histoire politique dans la mesure où le paysage politique, toujours en pleine recomposition, engendrent des batailles entre groupes d’intérêts pour l’établissement de nouveaux rapports de forces. Koglwéogo, terrorisme, grèves tournantes des syndicalistes, corruption, etc., chaque problème apporte son lot de vacarme faisant en sorte que les Burkinabè souffrent dans leur ensemble, d’un déficit de communication. Pourtant sans communication, il devient difficile pour un pouvoir, fût-il démocratique, de mobiliser et de gérer des gens venant de plusieurs horizons avec des attentes parfois conflictuelles. C’est là où le Président Kaboré doit faire la différence avec Compaoré en communiquant mieux et régulièrement avec son peuple.

Récapitulatif de ce qui pourrait être fait pour éviter la ‘’Compaorisation’’ du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré
Récapitulatif de ce qui pourrait être fait pour éviter la ‘’Compaorisation’’ du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré

 

L’amateurisme et la cacophonie dans la communication gouvernementale et présidentielle doivent vite céder le pas à une communication active et dynamique qui aura pour objectifs de rassembler les Burkinabè, de panser leurs plaies et surtout de renforcer la solidité de la cohésion sociale. Pour ce faire, rien n’empêche  le Président Kaboré de se mettre à l’école du président Sangoulé Lamizana qui, était un champion en matière de consultation des acteurs socio-politiques soit pour diffuser une tension, soit pour résoudre une crise. Développer une telle capacité d’écoute lui permettra d’une part de mieux tendre une oreille attentive aux préoccupations du Burkinabè de la rue ou des villages, et d’autre part, de mieux expliquer ses choix politiques et de justifier ses décisions sur les questions brûlantes de l’heure. Pour faire passer son message, l’essentiel de sa stratégie ne doit pas seulement se limiter à la publication de messages sur les réseaux sociaux qui, ne concernent que moins d’un pourcent du peuple.

En lieu et place, une communication de masse pourrait être envisagée et dans ce cas, contrairement à Blaise Compaoré, le président Kaboré gagnerait à privilégier les médias d’envergure locale et nationale. Toutefois, il n’y a pas que la Radio Télévision du Burkina (RTB), la presse écrite et les radios FM de Ouagadougou où il pourrait s’exprimer. Pour marquer les esprits régulièrement, il pourrait par exemple accorder de longues interviews (en langues nationales) aux radios et journaux des villes secondaires. Une telle démarche améliorera sa communication de proximité, et donnera plus de visibilité aux organes de presse en dehors de Ouagadougou. Soulignons cependant que mieux communiquer ne servira pas à grand-chose si le ‘’nouveau pouvoir’’ n’engage pas les réformes institutionnelles nécessaires pour une meilleure conduite des affaires publiques.

4. Conduire des réformes institutionnelles pour une dépolitisation de l’administration publique

Souvenons-nous que du temps de Blaise Compaoré, le CDP avait effectué une mutation pour devenir un parti-État dont la bureaucratie était plus puissante que celle de l’administration publique. La politisation de l’administration publique n’était plus à démontrer dans la mesure où l’appartenance de l’élite et des fonctionnaires de l’État au CDP était une condition nécessaire à l’évolution de leur carrière professionnelle ou simplement à leur survie économique et financière. L’État burkinabè était donc un moyen par lequel on récompensait ou enrichissait les amis politiques, les membres de la famille ou de son clan. L’État était surtout devenu un outil pour opprimer les opposants et les entrepreneurs ‘’indélicats’’. En bref, le coeur du système Compaoré, c’était aussi l’administration publique: vache à lait pour une minorité et instrument de prédation et de coercition pour le reste.

Le peuple qui a jubilé après la fuite de Compaoré a dû maintenant se rendre compte que les choses n’ont pas bougé d’un iota. La politisation de l’administration publique à tous les niveaux, demeure un cancer qui ronge et rongera toujours les efforts de mise en oeuvre de n’importe quel programme politique d’où qu’il vienne. Dépolitiser l’administration publique devient alors un impératif de survie pour le pouvoir en place, mais aussi et surtout, une condition sine qua non pour redonner confiance aux Burkinabè en eux-mêmes.

L’un des objectifs phares du ‘’nouveau pouvoir’’ consiste à ‘’engager la réformes des institutions et de l’administration pour plus de justice sociale, de démocratie et de liberté’’[2]. L’atteinte de cet objectif noble ne pourrait se faire qu’à travers i) la dépolitisation de l’administration publique et ii) l’indépendance totale de la justice. Parce que le régime Compaoré se nourrissait de la politisation de l’administration ainsi que d’une justice aux ordres, le président Kaboré s’il est de bonne foi, a là une belle opportunité pour marquer sa différence avec Blaise Compaoré en matière de réformes institutionnelles.

Dans un premier temps, il pourrait de manière vigoureuse, s’attaquer à la dépolitisation de l’administration. Il ne s’agira pas seulement de faire voter une loi pour lutter contre ce phénomène mais de faire en sorte qu’à travers des actions concrètes, les Burkinabè puissent sentir une réelle différence. Par exemple, le pouvoir en place pourrait oeuvrer à ce que le MPP ne devienne pas comme le CDP à l’époque, ce parapluie qui protège certains fonctionnaires de l’État malgré leur incompétence, leur laxisme et leur prédation. Sur cette lancée, il est plus qu’urgent de faire en sorte que l’administration publique ne soit ni au service du MPP, ni de RSS mais de celui de l’intérêt général. Ce qui signifie que les principes de neutralité et d’impartialité dans les relations entre les fonctionnaires et les dirigeants devraient être de mise.

Une des conséquences immédiate de cette posture serait d’interdire purement et simplement la création de cellules partisanes au sein de l’administration. En plus, le président Kaboré ferait oeuvre utile s’il mettait un terme à la tradition de propulsion d’incompétents, d’ignorants, et de médiocres à des postes de responsabilités au sein de l’administration publique. Une manière effective d’y parvenir serait de tourner radicalement le dos aux nominations et affectations de complaisance, en ouvrant la majorité des postes de responsabilités à la compétition. En somme, là où le laisser-faire et le laisser-aller de Blaise Compaoré avaient droit de citer dans notre administration, le président Kaboré marquerait des points en y appliquant la rigueur de Thomas Sankara ainsi que la morale de Nazi Boni dans la gestion des affaires publique. Y arrivera-t-il?

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Dernière modification le Lundi, 19 Juin 2017 02:17

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