Jeudi 23 Novembre 2017

Comment Éviter la ‘’Compaorisation’’ du Pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré?

Dans un second temps, le nouvel occupant de Kosyam pourrait conduire des réformes pour garantir et protéger l’indépendance totale de la justice qui, faut-il encore le rappeler, a une grosse obligation de conscience envers le peuple burkinabè. En effet, le moins que l’on puisse dire concernant la justice burkinabè, c’est le fait qu’elle était entre les mains de Blaise Compaoré. Ce dernier en a fait un usage particulier pour prévenir l’affirmation de trois composantes fondamentales de l’État de droit à savoir: l’indépendance de la justice, la subordination du pouvoir politique à la règle du droit (respect de la constitution), et le respect des droits civils et politiques de tous les Burkinabè qui qu’ils soient. Ce stratagème a ainsi permis au régime Compaoré de contrôler et de dominer la vie politique et économique du pays pour ainsi demeurer au pouvoir 27 années durant.

Cette collaboration de la justice avec le système Compaoré a fini par la décrédibiliser et aujourd’hui encore, les Burkinabè ont toujours du mal à faire confiance aux acteurs judiciaires. Les Burkinabè oseront croire que le traitement spécial accordé récemment aux magistrats par RMCK, leur permettra comme cela est prétendu, de les mettre dans les conditions acceptables de travail pour qu’ils ne cèdent pas à la corruption ou aux pressions diverses dans le traitement des dossiers judiciaires. Il va sans dire que la loi, sous le pouvoir en place, ne devrait plus être comme du temps de Blaise Compaoré, le garant de l’injustice des plus riches, des intouchables, ou simplement des plus forts. La politisation de la magistrature ne devrait plus être la règle mais l’exception. Cela lui ouvrirait la voie pour faire la lumière sur les crimes qui ont marqué notre histoire politique.

Au demeurant, si à la fin de son mandat les zones d’ombres se renforcent toujours autour des crimes de sang de ces 30 dernières années (au moins), les Burkinabè seront en droit de tirer des conclusions sur le refus ou l’incapacité de sa justice à servir les intérêts du peuple. Les évènements de Fada Ngourma[1] et tout récemment de Manga[2] tant bien même ils sont déplorables, viennent rappeler qu’il y a urgence de travailler à restaurer la confiance des Burkinabè en la justice. Un peuple qui a confiance en sa justice observera certainement le principe d’inviolabilité des enceintes des palais de justice ainsi que des établissements pénitentiaires. En tout état de cause, sans une justice forte, indépendante et débarrassée de toute corruption, nos institutions politiques et surtout économiques, seront toujours à la merci de gens sans scrupules...

5. Bâtir des institutions économiques inclusives

Le dernier terrain de comparaison entre la gestion du président Compaoré et celle de Kaboré, sera l’existence ou pas d’un système d’oppression économique. En lieu et place d’une administration publique efficace, Blaise Compaoré avait su bâtir un système corrompu dans lequel il y avait une forte concentration du pouvoir politique et surtout économique entre les mains de quelques individus au sein du CDP ou gravitant autour du super parti. Ces derniers utilisaient les affaires pour faire de la politique et la politique pour faire de bonnes affaires... sur le dos du peuple. Au sommet de la chaîne alimentaire de ce système de prédation et d’oppression économique se trouvait la galaxie François Compaoré - Alizèta Ouédraogo, une redoutable machine d’extraction de richesse du reste de la société.

François Compaoré (frère de Blaise Compaoré) et Alizèta Ouédraogo (''opératrice économique'' sous le régime Compaoré)
François Compaoré (frère de Blaise Compaoré) et Alizèta Ouédraogo (''opératrice économique'' sous le régime Compaoré)

 

Le Président Kaboré continuera-t-il avec les mêmes pratiques en remplaçant la galaxie François Comaporé-Alizeta Gando par d’autres ‘’opérateurs économiques’’ véreux autours desquels la santé économique du pays sera placée en orbite? Telle est la question à laquelle les Burkinabè attendent une réponse. Tout bien considéré, RMCK marquerait un bon point s’il arrivait à mettre un terme au mariage incestueux entre le Burkina politique et le Burkina économique. Cette union n’a accouché que misère et inégalité criante pour les Burkinabè durant près de trois décennies. Pour prononcer ce divorce entre Hommes politiques et ‘’opérateurs économiques’’, la justice si elle est réellement devenue indépendante, pourrait y contribuer en commençant par faire la lumière sur les crimes économiques impunis.

Une telle initiative pourrait mettre la pédagogie au coeur de sa démarche pour qu’au moins, elle puisse avoir une valeur dissuasive pour les opérateurs économiques de nos jours. Aussi, en finir avec les prête-noms, les cartels et les monopoles dans certains secteurs de l’activité économique, ne serait pas trop demander pour une relance de la machine économique. Dans tous les cas, cette relance ne s’effectuera pas au profit des Burkinabè tant que le président Kaboré ne travaillera pas d’arrache-pied pour restaurer la bonne tradition de rigueur dans la gestion des finances publiques.

L’expérience de la fin des années 1960s lorsque Tiémoko Marc Garango était en charge du ministère des finances pourrait servir d’exemple. L’expérience du peuple burkinabè dans sa lutte contre la modification de l’article 37 de la Constitution doit l’avoir enseigné qu’un peuple mobilisé et déterminé obtient toujours ce qu’il veut. Sans mobilisation, sans contre-pouvoirs efficaces, tout pouvoir quel que soit sa nature, aura tendance à verser dans l’abus. Par conséquent, tous ces points ci-haut développés ne seront pris en considération par le pouvoir de RMCK que si les Burkinabè s’organisent pour observer une veille citoyenne conséquente.

A cet effet, les groupes de pressions ainsi que les différents mouvements sociaux pourraient dans le cadre de la loi, susciter la conception et la mise en oeuvre de politiques publiques sur la base de nouvelles valeures morales qui traduisent les aspirations du peuple. Quoi qu’il en soit, ceux qui nous dirigent aujourd’hui ont dû prendre conscience de la souffrance que le peuple a endurée sous Blaise Compaoré. Ce peuple-là, n’est plus prêt à endurer une souffrance similaire sous un autre pouvoir quel qu’il soit. La sagesse dit par ailleurs ‘’qu’on ne piétine pas les parties intimes de l’aveugle deux fois.’’

Que dire en guise de conclusion? S’il y a une seule chose à retenir de tout ce développement, c’est le fait que le MPP et le pouvoir de RMCK soient mises en demeure de faire en sorte que leurs reflets dans le miroir du peuple burkinabè, ne renvoient pas aux images du CDP et du système Compaoré. Sous le règne de Blaise Compaoré, la morale agonisait au Faso. Sous le pouvoir de RMCK, il faudra au moins que les Burkinabè constatent une réanimation de cette morale dans la gestion des affaires publiques. Cela passera forcément par la protection de la liberté d’expression, l’extirpation de la violence en politique, la communication constante avec le peuple, la dépolitisation de l’administration publique, et enfin l’édification d’institutions économiques inclusives et non extractives.

Dans ces moments particuliers de notre histoire, la veille citoyenne doit être maintenu pour que les abus de pouvoir et la navigation à vue du temps de Compaoré disparaissent de l’action publique. Le peuple burkinabè fait face à de graves problèmes et les discours creux et hyperboliques ne viendront jamais à bout des maux du Burkina Faso d’aujourd’hui. Le pays a grandement besoin d’actes concrets, de prises de décisions courageuses qui, au besoin, pourraient ou devraient bouleverser de fond en comble notre société, pour la refonder sur de nouvelles bases. Il ne suffira donc pas pour le président Kaboré d’éviter la ‘’Compaorisation’’ de son pouvoir car une telle entreprise ne sera louable que si au final, elle conduit au bien-être de tous les Burkinabè. Il lui faudra aller au-delà, pour innover, concevoir, et forger de nouvelles pratiques dans la gestion du pouvoir qui colleraient avec le désir de grandeur, de liberté et de dignité des Burkinabè.
 


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Dernière modification le Lundi, 19 Juin 2017 02:17

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