Jeudi 23 Novembre 2017

Critique d'un ouvrage: L'Afrocentricité de Molefi Kete Asante

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  • 29 Avril, 2012
  • Écrit par  BurkinaThinks
  • Publié dans Opinions

Toutefois, il apparaît difficilement conciliable de mettre l’Afrique au centre tout en continuant à suivre d’autres religions qui ont « déïfié » les nationalismes d’autres peuples. Le fait que les musulmans doivent prier en direction de la Mecque ou que les chrétiens honorent des « saints » qui ne sont d’autres que les « ancêtres » d’un autre peuple, sont des exemples parfaits.

Pour ce qui est des prénoms, l’Afrocentricité invite les Africains à donner des prénoms d’essence africaine à leurs enfants pour raffermir leur identité africaine et surtout les faire prendre conscience de la richesse culturelle de leur peuple. A la suite de l’auteur il y a lieu de s’imaginer notre réaction devant un chinois qui s’appellerait Olumfulmaye Okondo ou un moaga se nommant Chang Hwan. Pourtant, des Africains s’appellent Umar Farouk Abdulmutallab ou encore Joseph Kony pour en citer les plus tristement célèbres qui cherchent même à tuer pour honorer les symboles que leurs prénoms représentent.

Les niveaux de transformation :

L’auteur énumère cinq niveaux de conscience menant à la transformation afrocentrique: la reconnaissance épidermique (lorsque le sujet reconnaît que sa peau ou son héritage sont noirs sans aller plus loin), la reconnaissance de son environnement (discrimination, abus), la conscience de sa personnalité (affirmation de sa personnalité), l’intérêt ou la préoccupation (avoir intégré  les niveaux précédents et manifester  de l’intérêt ou de la préoccupation pour les questions africaines ou noires) et enfin l’étape ultime est la conscience afrocentrique (engagement dans la lutte pour la libération de son propre esprit).

Il distingue en outre deux aspects dans la conscience : la conscience de l’oppression (verbalisation de l’oppression) et la conscience de la victoire, car pour l’auteur, « nous ne pouvons simplement chercher à être le contraire de nos oppresseurs, cela fait de nous des réactionnaires » (p66). Il affirme que : «la force est une qualité intérieure, elle ne peut être octroyée que par soi-même » (p99).

L'Afrocentricité questionne votre approche de toute entreprise humaine. Cela est assez important dans le sens ou certains pensent que leurs esprits critiques ne se résument qu'à leurs convictions ou engagements publics. Une autre partie de leur vie ne saurait être soumise à quelque critique que ce soit.

Les fondements de l’action :

Concrètement que doit prendre la forme de l’action pour la mise en œuvre de l’Afrocentricité? L’auteur affirme que : « le rejet du particularisme européen comme universel sera la première étape de la lutte intellectuelle à mener. Cinq cents ans de propagande constante, d’exploitation culturelle, de déformation de l’information et d’annihilation physique ont laissé le monde africain en état de choc et éjecté de sa propre réalité historique et de sa finalité dans le monde » (p182).

Pour lui, on doit tourner dos à la facilité des concepts : «iI ne s’agit pas de rechercher un nationalisme naïf, pas plus qu’un socialisme superficiel, mais plutôt d’un rapport profond, conscient de soi et positif à nos propres expériences. Un tel projet signifie que qui que ce soit dans le monde, ne devrait être autorisé à abuser, à exploiter ou à faire mal aux Africains sans avoir à faire face à notre colère collective» (p184).

Une Afrique afrocentrique deviendra maitresse de son destin car : « aucun peuple ne peut placer son histoire et son humanité entre des mains étrangères et espérer être traité avec justice et respect »  selon Karenga(1979).

Éviter l’enfermement :

Il y a cependant une mise en garde contre l’enfermement. Se redéfinir soi-même, définir sa vision du monde ne devra pas nécessairement signifier se renfermer ou se replier sur soi. L’auteur ne semble pas avoir bien développé cette partie et il est à craindre que des gens considèrent l’Afrocentricité comme un refus de l’autre, ou simplement un refus des expériences des autres peuples de la terre. Comment faire l’arbitrage pour la définition des concepts ? Comment affirmer notre Afrocentricité sans pour autant s’enfermer dans une idéologie aveugle qui nous priverait de profiter des acquis majeurs de l’humanité ?

Conclusion :

Au finale, l’œuvre doit être considérée comme un ouvrage capital pour tout Africain préoccupé par la redéfinition de sa personne et de son peuple en fonction de ses propres réalités. Il y a là un enjeu capital qui concerne tous les aspects de la transformation de notre société  (sur le plan spirituel, économique, culturel, éducatif, etc.).

Enfin, s’il y a une définition du sens et du but de l’Afrocentricité à retenir, c’est sans doute celle-là : « l’Afrocentricité en tant que science et méthode, cherche à changer notre rapport à nous-mêmes et à notre histoire. Elle dicte la restauration du projet culturel africain»(183). On ne peut pas refermer ce livre sans avoir un rêve de gloire pour l'Afrique.

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Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:41

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