Samedi 23 Septembre 2017

Élections 2015 au Burkina: Lu pour vous, le projet de société du candidat Bénéwendé

Durant la campagne, Burkina Thinks proposera une série d'analyses pour alimenter le débat et la réflexion sur les candidats et leurs programmes.  Retenir toutefois que les opinions exprimées ne constituent nullement un rejet ou un soutien à un quelconque candidat. Après avoir lu pour vous les programmes des candidats Roch du MPP et Zeph de l'UPC, voici celui du candidat Bénéwendé de l'UNIR-PS. Il est difficile de parler du programme politique de l’UNIR/PS sans faire référence à Thomas Sankara. Le parti lui-même affirme que « l’UNIR/PS se veut l’héritière de l’idéal de Thomas SANKARA. » (p.3). L’enjeu pour ce parti, c’est de proposer pour le bonheur du peuple burkinabè une vision claire, qui peut s'inspirer certes des idées de la révolution du 4 août 1983, mais sans en être une transposition plate. En d’autres termes, le parti ferait œuvre utile s’il remettait les idées de Thomas Sankara au goût de notre époque pour en évaluer la pertinence avant de les proposer au peuple burkinabè.

Durant la campagne, Burkina Thinks proposera une série d'analyses pour alimenter le débat et la réflexion sur les candidats et leurs programmes.  Retenir toutefois que les opinions exprimées ne constituent nullement un rejet ou un soutien à un quelconque candidat.

Après avoir lu pour vous les programmes des candidats Roch du MPP et Zeph de l'UPC, voici celui du candidat Bénéwendé de l'UNIR-PS. Il est difficile de parler du programme politique de l’UNIR/PS sans faire référence à Thomas Sankara. Le parti lui-même affirme que « l’UNIR/PS se veut l’héritière de l’idéal de Thomas SANKARA. » (p.3). L’enjeu pour ce parti, c’est de proposer pour le bonheur du peuple burkinabè une vision claire, qui peut s'inspirer certes des idées de la révolution du 4 août 1983, mais sans en être une transposition plate. En d’autres termes, le parti ferait œuvre utile s’il remettait les idées de Thomas Sankara au goût de notre époque pour en évaluer la pertinence avant de les proposer au peuple burkinabè.

Ce travail de questionnement semble n’avoir pas été fait dans toute sa rigueur. En effet, le document est rempli de citations, de slogans ou d’expressions de Thomas Sankara comme pour dire que le Burkina Faso de 2015 connaît toujours les mêmes défis socio-politiques et économiques qu’en 1983. Par exemple, le document commence par une longue citation du Discours d’Orientation Politique prononcé le 2 octobre 1983, pour ensuite déclarer que « cette analyse sied à notre contexte actuel avec l’insurrection populaire les 30 et 31 octobre 2014 suivie de la résistance active de notre peuple pour faire échec au coup d’État du Général Gilbert DIENDERE perpétré le 16 septembre 2015 » (p.3).

Ensuite, aux pages 3 et 4, le parti se lance dans une diatribe contre le régime de Blaise Compaoré. Cette posture du parti laisse penser que l’histoire politique du Burkina Faso et ses problèmes ont débuté avec le régime Compaoré et que l’insurrection populaire d’octobre 2014 serait le point de départ de toute nouvelle vision prospective. Le titre du document : « Notre programme de gouvernement pour un Burkina post insurrectionnel », illustre bien cette inquiétude. Une telle posture est réductrice et occulterait une part non négligeable de l’histoire politique du pays et les solutions qui pourraient en sortir ne s’attaqueraient qu’aux symptômes des problèmes.

Le document ne dit pratiquement rien sur la personne de Me. Bénéwendé Sankara. Le fait que le candidat de l’UNIR/PS ait le même nom de famille que Thomas Sankara n’informe en rien le lecteur sur le candidat. Qui est-il? Quels sont ses atouts et qualités humaines? Pourquoi veut-il être le président du Faso? Etc. Voici des questions auxquelles le document aurait pu apporter des réponses dès son entame.

Pour ce qui est de la forme, le lecteur reste frustré devant les imperfections. Il y a d’abord le fait que le document ne soit pas sous la forme « pdf » mais « word » et donc facile à manipuler pour ceux qui sont animés d'une mauvaise intention. L’autre inconvénient, c’est le risque d’obtenir des formats différents dû au fait que chaque lecteur pourrait en modifier la forme avant de le transmettre à un autre lecteur. Ensuite, le document ne comporte aucun sommaire ou table des matières. Cela complique la tâche à ceux et celles qui voudraient retrouver rapidement une information perdue de vue dans le document ou s'attarder sur une thématique particulière. Quant à la mise en forme, son rédacteur aurait simplement pu mieux faire. Par exemple, tout nouveau chapitre devrait commencer en début de page et non au milieu ou au bas d’une page.

C’est surtout sur le plan politique et idéologique que le candidat de l’UNIR/PS était attendu. Comment expliquer le sankarisme aux Burkinabè sans verser dans une simple restitution nostalgique de la révolution? Comment vendre les idées de ce parti sankariste à un électorat dont la frange jeune de 20 à 30 ans n’a ni connu Thomas Sankara, ni vécu les moments glorieux de la révolution du 4 août 1983? Un effort considérable a été fourni aux pages 6 et 7 pour répondre à ces préoccupations.

Toutefois, le lecteur non averti pourrait se perdre dans la forêt de définitions des expressions comme : « le sankarisme », « la révolution sankariste », « le projet de société sankariste », « le mouvement sankariste », « l’idéologie sankariste », « la pensée sankariste », « la doctrine sankariste », « le socialisme sankariste », etc. Ce qui ne ressort pas clairement, c’est de savoir si le candidat de l’UNIR/PS appelle les Burkinabè à une nouvelle révolution ou bien les invite-t-il à la création d’une économie socialiste?

Par ailleurs, toute la section A sur la démocratie et la primauté du droit est un exercice de prescription de remèdes sans un mot sur le diagnostic de la situation socio-politique du pays. Ainsi lit-on des propositions sur « la forme principale de l’État », « les missions principales de l’État », « les institutions », etc., sans au préalable établir la nature et les causes de leurs dysfonctionnements, et les objectifs visés par les solutions proposées. Par exemple, concernant la forme principale de l’État, le document avance que « Le Mouvement sankariste promeut un État unitaire, décentralisé, laïc et révolutionnaire. » (p.8) sans qu’on ne sache ce qui ne fonctionne pas avec la forme actuelle de l’État, et ce que la nouvelle proposition cherche à accomplir comme objectifs.

S’agissant des institutions comme le Conseil Constitutionnel, il est écrit : « Le Conseil Constitutionnel, dont les magistrats jouiront de toute l'indépendance nécessaire, veillera au respect strict de la Constitution. » (p.11) Pourtant, aucun diagnostic n’est proposé sur la vie de cette institution. Seulement une prescription qui tombe du ciel sans expliquer au lecteur ce qu’elle cible comme objectif (de réforme).

Toujours sur le plan politique, le document est resté muet sur la nécessité d’adosser le développement du pays à notre culture et à son histoire. Thomas Sankara en défendant notre identité burkinabè et africaine proposait d’effectuer une rupture avec les idées venues d’ailleurs pour penser par nous-même et pour nous-même. Un tel exercice n’est possible que si on est outillé de la connaissance profonde de son histoire et de sa culture. Pourtant, le candidat de l’UNIR/PS dans son document critique sévèrement les « idées conçues et développer à Washington » sans pour autant donner un contenu sur les méthodes du développement endogène qu'il prône.

Pour ce qui est du Panafricanisme, le document de l’UNIR/PS marque un gros point par rapport à ses compétiteurs. En effet, il est l’un des rares à avoir proposé une vision claire sur le sujet et à la décliner en terme d’action à mener. Il épouse la vision des pères fondateurs en affirmant «La construction des États Unis d’Afrique tel que voulu par les pionniers comme NKRUMAH,  LUMUMBA, SANKARA doit devenir une réalité. » (p.12) De manière plus profonde, il ajoute plus loin : « L’enjeu aujourd’hui pour nous les Africains est de développer notre manière de voir le monde, une manière africaine tenant compte des intérêts de l'Afrique car, comme le disait le Président Thomas SANKARA, « la seule manière de vivre libre et digne c’est de vivre africain » (p.12). Le simple fait d’avoir dédié une section au panafricanisme témoigne du souci du candidat d’inscrire le développement du Burkina Faso dans une perspective continentale plutôt que de le concevoir dans une vision de micro-État.

Concernant l’énergie, le programme ambitionne de couvrir 50% des besoins énergétiques par l’énergie renouvelable pour un cout d’investissement de 500 milliards. Cependant, aucune information n’est disponible sur la quantité de l’offre et de la demande énergétique des Burkinabè. Aussi, il n’est pas fait mention de l’objectif recherché en termes de taux d’accès à l’électricité par exemple sur l’ensemble du territoire national. Opter donc pour une politique de « montée en puissance des énergies renouvelables » sans garantie que cela augmenterait le taux d’accès à l’électricité serait questionnable.

En ce qui concerne l'économie, un grand effort a été fourni dans la structuration des propositions. Pour chaque domaine économique, un constat est établi (même si l’horizon se limite aux années Compaoré), suivi des objectifs de changement recherché, ensuite viennent les politiques à mettre en œuvre pour atteindre de tels objectifs. Enfin, une évaluation chiffrée est proposée sur le coût de mise en œuvre des politiques énoncées. Dans le fond, le fondement de la politique économique de l’UNIR/PS, c’est: « Consommons ce que nous produisons et produisons ce que nous consommons » (p.14). Et pour y arriver, le candidat propose de mettre en œuvre un Capitalisme d'État visant comme objectif : « l’assainissement de notre économie pour l'édification d'une société libre, prospère, indépendante et autosuffisante,… » (p.15).

Cette politique économique dont l’objectif est de protéger le pays des dictats de l’économie de marché est un énorme défi qu'il ne faut pas sous-estimer pour plusieurs raisons. D’abord, elle ne semble pas prendre en considération l’histoire politique de notre pays qui, a eu à expérimenter une certaine forme de capitalisme d’État (année 70s à 80s) avec des résultats mitigés.  Le principal obstacle venant des défaillances administratives.

Ensuite, il y a le fait le Burkina Faso a eu à introduire des réformes ces deux dernières décennies pour la libéralisation de son économie sous la lancée de Blaise Compaoré. Cela a engendré une certaine dynamique économique et des habitudes qu’il serait difficile de changer du moins politiquement. Enfin, la mise en œuvre de cette politique économique conduirait à une refonte du rapport des citoyens à l'État et il n’est pas garanti que ces derniers l’acceptent facilement. Ce n'est pas pour dire que ce qui est proposé est impossible car la révolution avait réussi à rallier l'enthousiasme populaire mais c'est pour signaler la nécessité de mûrir davantage l'idée avant de vouloir l'appliquer.

Il convient de souligner que des idées novatrices existent dans les propositions économiques et mériteraient d’être explorées. Il s’agit entre autres de :

  • la création d’une Banque Nationale de Céréale (BNC) avec des démembrements dans les provinces, pour jouer le rôle d'organe de garantie des stocks de sécurité alimentaire;
  • la réduction du train de vie de l’État à hauteur de 30% pour disposer de ressources propres pour le financement des secteurs prioritaires.

Au niveau de l’éducation, l’UNIR/PS entend mettre en place une politique bâtie autour de 3 axes stratégiques qui sont: l’amélioration du pilotage,  l’amélioration de la qualité et la recherche de l’équité dans l’offre éducative. Deux objectifs nobles retiennent particulièrement l’attention du lecteur. Il s’agit de la « normalisation des écoles sous paillotes avec un objectif de 0 écoles sous paillotes en 2020 » et l’idée de « faire passer le taux de l’enseignement technique de 5% actuellement à 20% en 2020. » (p.36)

La grande déception réside dans l’absence de nouvelles propositions pour l’enseignement supérieur. Le document de l’UNIR/PS épouse simplement « le Plan National d’Action de Développement de l’enseignement supérieur (PNADES 2014-2023)  d’un coût global de 1.126,685 milliards de F CFCA » (p.36) et s’engage à rendre disponible la part de l’État évalué à 75% du coût, soit la somme de 845 milliards de F CFA pour la mise en œuvre du plan. Autrement dit, l’UNIR/PS vibre en phase avec la vision de l’enseignement supérieur du régime Compaoré qu’il a pourtant vertement critiqué tout au long de son document.

L’UNIR/PS fait surtout la différence dans l’effort de quantification des coûts de l’ensemble du programme proposé. D’abord, une projection des dépenses budgétaires sans le programme est proposée pour les cinq années du mandat pour un total de 10.012 milliards. Ensuite, un tableau synthétise le coût du programme par secteur d’activité. Le coût total étant de de 6 635 milliards de francs CFA sur les cinq ans. On obtient ainsi un coût total de 16.647 milliards à mobiliser pour accomplir la mise en œuvre du projet de société de l’UNIR/PS.

La question fondamentale qui se pose est de savoir comment une telle somme sera mobilisée sur les cinq ans. Là aussi, l’UNIR/PS propose un slogan de l’époque de la révolution qui est : « compter sur nos propres forces ». De ce fait, les sources de financements reposeront principalement sur :

  • des recettes propres (fiscales et non fiscales) ;
  • la réduction du train de vie de l’État ;
  • et enfin l’effort populaire d’investissement.

Le parti estime que les ressources extérieures -marginales, viendront en appoint. Il serait peut-être illusoire de penser qu’à très court terme, le pays pourrait parvenir à un tel niveau de mobilisation de ressources sans faire recours à des sources de financements extérieurs. Malgré l’optimisme d’un taux de croissance de l’ordre de 10% dès 2017, il ne sera pas facile de mobiliser 16.647 milliards sur cinq ans en comptant principalement sur les ressources internes du pays. Y parvenir relèverait du miracle surtout lorsqu’on prend en considération le passif du régime Compaoré et son impact négatif sur l’administration du pays.

Pour conclure, Me Bénéwendé Sankara qui veut se poser comme le candidat de la rupture, explique qu’il est « un homme qui n’est pas comptable des 27 ans de régime de Blaise COMPAORE et qui n’est pas de ce fait redevable aux  puissances d’argent aussi bien nationales qu’internationales » (p.2). L’analyse du document du candidat révèle qu’en réalité, la rupture proposée ne sera pas si radicale que cela, surtout sur le plan politique. Les reformes politiques proposées s’apparentent plus à des changements administratifs que politiques et idéologiques.

Sur le plan économique, le parti aura une faible marge de manœuvre pour mettre en place son modèle de capitalisme d’État et il ne fournit pas suffisamment d'explications pour convaincre de sa capacité à le réaliser. Le Sankarisme tel que présenté pourrait avoir de beaux jours devant lui auprès de l’électorat burkinabè mais ses acteurs devraient fournir encore plus d’effort pour rendre son contenu plus digeste et en phase avec les préoccupations socio-politiques et économiques du moment.

Dernière modification le Samedi, 23 Janvier 2016 19:41

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.