Lundi 22 Janvier 2018

Élections 2015 au Burkina: Lu pour vous, le projet de société du candidat Zeph

 

Au sujet de l'éducation, en plus des objectifs chiffrés comme le passage du taux de scolarisation de 80% à 100%, il propose notamment l'introduction des langues nationales dès le CE2 (chaque enfant pouvant faire le choix de sa langue), celle de l'Anglais au CM1, le port obligatoire de l'uniforme scolaire et la création d'une chaîne publique d'apprentissage des langues et de la culture burkinabè.

Ce sont là des propositions intéressantes mais qui semblent timides car introduire les langues burkinabè au CE2 valide toujours l'idée que le français vient en premier. Ce qui est contradictoire avec son vœux de mettre la culture burkinabè au centre du développement. Par ailleurs les expériences conduites au Burkina montrent qu'il est plus productif d'inculquer les concepts de base dans la langue que l'enfant maîtrise avant de les traduire dans la langue étrangère.

Au niveau du post-primaire, la création de centres d'excellence régionaux est une bonne idée. Au niveau du supérieur, des propositions intéressantes sont faites telles que créer des universités dans les régions, accorder des bourses à tous ceux qui sont en thèse, attirer les meilleurs universitaires du monde au Burkina, etc. En revanche, une idée qui nécessite un mûrissement est celle d'envoyer 100 étudiants excellents par an vers des universités étrangères. S'il n'y a pas d'incitation au retour, ça serait une fuite de cerveaux organisée telle que ce qui se produit actuellement au Burkina Faso, où on envoie les meilleurs cerveaux à l'étranger sans se soucier ni même désirer leur retour.

En ce qui concerne l'énergie, Zéphirin Diabré est l’un des rares candidats à avoir proposé des actions d’urgence, à court terme et long terme pour résoudre définitivement la question de l’électricité. Les principales propositions sont les suivantes : acheter des groupes électrogènes d'une capacité de 80 MW, créer une centrale solaire de 160 MW en 5 ans financée par un partenariat public-privé, créer 6 centrales solaires de 20 MW entièrement financées par le privé, envisager l'installation de centrales nucléaires dans le cadre de la CEDEAO ou de l'UA.

C’est surtout son idée d’électrifier 500 villages par an sur cinq prochaines années qui semble attrayante et confirme son désir d’un développement équitablement partagé entre villes et campagnes. Du reste, les investissements de long terme proposés sont novateurs mais leur financement repose sur une participation non acquise du secteur privé et des prêts qui pourraient faire exploser la dette publique du pays.

Sur le plan idéologique, Zéphirin Diabré étonne et rassure à la fois. Son positionnement idéologique libéral est politiquement risqué car l'histoire politique du Burkina est marquée par la prédominance des forces «progressistes» très opposées au libéralisme. C'est peut-être pour adresser l'inquiétude des Burkinabè qu'il a fait des propositions étonnantes comme l’utilisation de la politique fiscale comme «instrument clef d’une politique de solidarité et de redistribution de la richesse» (p31), ainsi que l'insistance sur les politiques sociales et l'équité dans la répartition des richesses.

On note aussi plusieurs propositions qui mettent l'État au centre de la politique économique. Dans l'ensemble, la base idéologique de l'UPC n'est guerre différente de la façon dont le Burkina Faso fonctionne actuellement. Étonnamment, on retrouve plus de propositions sociales-démocrates dans le programme politique de l'UPC que celui du MPP qui se déclare pourtant parti social-démocrate.

On ne saurait terminer l’énumération des mérites de ce document sans mentionner la clarté des idées, la distinction entre objectifs généraux et objectifs spécifiques, la quantification des objectifs, et enfin le chiffrage des propositions. A la fin du document est proposé un tableau de chiffrage du budget et des sources de financement des différents projets. Le projet est donc estimé à 15 milles milliards de CFA au bout de 5 ans, soit 3 milles milliards par an en moyenne. Le tout sera financé par une augmentation des ressources propres de l'État (recettes fiscales), des dons et des emprunts. Le calcul semble rigoureux mais souffre d'une projection un peu trop optimiste de la croissance économique (10% en moyenne) pour les 5 ans.

La principale critique qui peut être faite est que Zeph est victime de son sens de l’urgence. Devant l’énormité des tâches pour accélérer la marche du pays, il rêve grand en promettant de faire beaucoup en 5 ans, peut-être même trop. Il justifie cela en disant que le Burkina Faso est un grand pays (p8) et par conséquent, il faut de grands projets pour construire un État moderne. L’une des grandes qualités d’un homme politique, c’est sa vision, sa capacité à voir grand à l’avance pour guider son peuple vers des lendemains meilleurs.

Le seul problème réside dans le fait que devant les urgences et les demandes pressantes, on peut arriver à promettre le ciel et la terre pour se faire élire… Pourtant, en tenant compte du passif du régime Compaoré et du cumul des mauvaises habitudes des trois dernières décennies, il n’est pas sûr que la machine administrative puisse répondre promptement et efficacement aux objectifs du programme de Zeph. Pour cela, on est porté à croire qu’en l’espace de 5 ans, il lui serait difficile de pouvoir accomplir la totalité de ce qu’il a promis.

Aussi, certains des objectifs et propositions reposent soit sur un financement hypothétique (secteur privé), soit sur une projection trop optimiste des incidences de la politique économique. Tabler par exemple sur une création d'emplois de 140 milles par an suppose effectivement que le dynamisme de l'économie qui dépend de facteurs non contrôlables peut générer autant d'emplois. Certes ces objectifs sont formulés de sorte à ne pas les présenter comme des résultats garantis mais le lecteur non méticuleux pourrait être pris au piège de penser que c'est une promesse sûre.

De même, la projection de ne recruter en moyenne que 10-13 milles agents de la fonction publique (p53) est en porte-à-faux avec les divers engagements comme : recruter des enseignants du supérieur (p48) pour éliminer les retards académiques et créer des universités régionales, recruter 5 milles enseignants du primaire en moyenne (p44), réduire le rayon d'accès aux centres de santé de 7km à 4 km, etc., qui vont nécessiter plus que 10-13 milles nouveaux fonctionnaires par an. Il y a donc une contradiction entre certains des engagements et une insuffisance de fonds pour les réaliser.

Malgré ces imperfections - une œuvre humaine peut-elle être parfaite ? - le document de programme politique du candidat Diabré est un document dense qui contient une analyse très étendue de la situation économique actuelle du pays ainsi que des propositions excellentes pour y apporter des solutions. C'est l'une des réflexions les plus complètes qui aient jamais été produites sur le Burkina Faso par un homme politique depuis Thomas Sankara.

Bien sûr Sankara demeure inégalé, bien sûr les repères idéologiques sont différents, si ce n'est radicalement, mais Diabré s'inspire discrètement de certaines des idées de la révolution sans le mentionner. Le candidat Zeph montre qu'il est un économiste compétent et ambitieux pour son pays. La finesse avec laquelle ce document a été produit en dit beaucoup sur la compétence du candidat. Soit il s'est entouré de gens compétents pour le faire et cela prouverait qu'il a du leadership et de l’intelligence, soit c'est lui qui l'a produit et ça fournirait encore plus la preuve.

Plus que les bonnes idées, c'est cette compétence qui importe dans le choix du futur président du Faso car l'expérience politique du Burkina Faso montre que beaucoup d'usurpateurs peuvent s'approprier des bonnes idées pour ensuite mal les exécuter par incompétence. La clarté et la cohérence de la vision constituent un indice sur la conviction de celui qui a la prétention de réaliser des idées, sur la base du principe: «ce qui se conçoit bien s'énonce clairement». L'UPC de Diabré se déclare en effet consciente qu'«une action qui ne découle pas d'une vision est simplement du temps perdu», et que seule «une vision suivie d'une action peut changer le monde».

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Dernière modification le Samedi, 23 Janvier 2016 19:40

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