Dimanche 19 Novembre 2017

En Dehors de Blaise Compaoré, Qui Peut Diriger le Burkina Faso?

On raconte qu’au moment de l’abolition de l’esclavage, certains esclaves devenus libres, ne savaient plus comment disposer de leur liberté loin de leurs maîtres. Après tant d’années de servitude, pendant lesquelles ces esclaves ne pensaient et n’agissaient qu’en fonction des désirs et ordres de leurs maîtres, ils en sont arrivés à redouter leur propre liberté. Aujourd’hui, au Burkina Faso, sous le «règne » de Blaise Compaoré, beaucoup ont fini par développer cette mentalité de l’esclave qui a peur de ce qu’il va devenir sans son maître. Ainsi, certains Burkinabè se laissent tourmenter par cette question : Qui est capable de remplacer Blaise Compaoré ?

On raconte qu’au moment de l’abolition de l’esclavage, certains esclaves devenus libres, ne savaient plus comment disposer de leur liberté loin de leurs maîtres. Après tant d’années de servitude, pendant lesquelles ces esclaves ne pensaient et n’agissaient qu’en fonction des désirs et ordres de leurs maîtres, ils en sont arrivés à redouter leur propre liberté. Aujourd’hui, au Burkina Faso, sous le «règne » de Blaise Compaoré, beaucoup ont fini par développer cette mentalité de l’esclave qui a peur de ce qu’il va devenir sans son maître. Ainsi, certains Burkinabè se laissent-ils tourmenter par cette question : Qui est capable de remplacer Blaise Compaoré ?

Les Burkinabè ont encore en mémoire la déclaration de Mgr. Jean-Marie Compaoré quand il disait en mai 2004: « Je suis à 110% pour l’alternance, mais qui, en dehors de Blaise Compaoré, peut gouverner ce pays ? »[1]. L’objectif principal de cette analyse est de répondre à cette question. L’article examinera d’abord les arguments majeurs de ceux et celles qui militent pour le maintien de Blaise Compaoré au pouvoir au-delà de 2015, avant de s'intéresser à l’alternative.

Il y a globalement trois grands arguments qui sont développés par les partisans du maintien de Blaise Compaoré au pouvoir au terme de son 4ième mandat consécutif. D’abord, il y a ceux qui avancent qu’il faut le laisser gouverner car il est déjà riche et s’occupera donc du peuple. Ensuite, il y a d’autres qui proclament que seul lui peut garantir la paix et la stabilité au Burkina Faso et dans la sous-région. Enfin, il y a certains qui soutiennent qu’il est le plus apte à diriger le pays encore et toujours car il possède déjà de l’expérience et des connexions avec l’extérieur. Analysons ces arguments un à un.

Faut-il être riche pour bien gouverner?

Ainsi donc, pour certains Burkinabè, il faudra laisser Blaise Compaoré continuer à gouverner pour la simple raison qu’il a tout déjà (il est déjà riche). Autrement dit, ces derniers craignent que tout nouveau président qui arrive à Kosyam, prenne d’abord du temps pour « manger » (s’enrichir) avant de penser au peuple. Cet argument manque cruellement de consistance pour trois raisons majeures.

Premièrement, la politique n’est pas un lieu où il faut venir « manger » (s’enrichir) mais plutôt un moyen pour mettre en œuvre une vision et des idées de transformation qualitative de la société. Cet argument en soi est donc un aveu de la corruption du pouvoir Compaoré en plus de la banaliser. Effectivement, les 27 ans de « règne » de Blaise Compaoré ont fini par transformer la scène politique burkinabè en un eldorado pour politiciens sans consistance idéologique, solidement ancrés au parti au pouvoir et qui peuvent s’enrichir et vivre au-dessus des lois du Faso. Cette corruption ne se limite donc pas au cercle restreint de la famille présidentielle mais s’élargit à tous les servants du régime.

Il est illusoire de penser que tous ces gens peuvent devenir suffisamment riches au point de renoncer désormais à la corruption pour se consacrer au progrès du pays. Non seulement la richesse ne suffit jamais, pas même au président et à sa famille, mais aussi elle incite à plus de corruption surtout si elle est mal acquise. Si le pauvre peut se satisfaire d’un million volé, il faut au moins un milliard au riche, des centaines de milliards au super-riche et ainsi de suite.

Par ailleurs une corruption instituée comme système de gouvernance ne nuit pas au pays uniquement à travers le vol des hauts dirigeants, elle anéantit tous les autres petits efforts en faveur du progrès, allant de la simple construction d’une école à l’attribution d’une bourse au plus méritant, sans mentionner les infrastructures bâclées qui ne dureront pas et ne joueront pas leur rôle de levier pour l’expansion de l’économie. En plus, une telle opinion dénote d’un pessimisme morbide quant à l’avenir du Burkina. Cela voudrait-il dire que la corruption est désormais une fatalité et qu’aucun Burkinabè ne peut être intègre? On voit donc qu’une telle conception de la politique relève d’une courte vue de l’esprit et insulte surtout l’intégrité des Burkinabè dans leur ensemble.

Deuxièmement, être riche n’est pas une condition nécessaire pour mieux défendre les intérêts du peuple. Il suffit de faire une analyse rétrospective sur l’histoire politique de notre pays pour s’en rendre compte. Le meilleur exemple qui illustre ce fait c’est le Président Thomas Sankara. Il est mort pauvre mais en l’espace de quatre ans, il a pu redonner au peuple burkinabè sa dignité, et transformer radicalement la société burkinabè pour la mettre sur le chemin du progrès. Sankara en lieu et place d’utiliser l’appareil d’État pour s’enrichir lui, sa famille et ses proches, a su utiliser de manière rigoureuse les maigres ressources de l’État pour bâtir le pays.

Dans l’histoire politique de l’Afrique contemporaine, Sankara est un modèle, un étalon qui permet de mesurer la performance des présidents africains. Et comme il le disait lui-même, « tuer Sankara aujourd’hui et demain il y aura mille Sankara ». Il est donc fort concevable qu’il y ait au Burkina Faso aujourd’hui d’autres hommes et femmes politiques qui ont un amour profond pour le peuple et qui sont prêts à le servir sans le trahir. Ainsi, malgré tout ce que l’on a pu dire des opposants, il est difficile d’imaginer qu’on ne puisse pas trouver au moins un ou une Burkinabè qui ait une autre conception du bonheur du peuple burkinabè différent du système de prédation que le régime actuel a instauré pendant près de trois décennies.

Troisièmement, il est illusoire de penser que parce qu’un président est déjà riche il s’occupe mieux de son peuple. Les exemples abondent en Afrique pour prouver le contraire. Eyadema était l’un des plus riches du Togo mais le peuple togolais a connu une forte dégradation de ses conditions de vie durant les 20 dernières années de son long règne de 38 ans. La fortune de Mobutu Sesé Seko était réputée être plus que la dette extérieure du Zaïre mais le peuple zaïrois de l’époque était pris en otage par son pouvoir prédateur et agonisait dans la misère malgré l’abondance des ressources naturelles de ce pays. La politique c’est d’abord des idées et un amour profond pour son peuple. Quand ces deux éléments font défaut chez un homme ou une femme politique, quel que soit son rang social ou son niveau de richesse matérielle sur le plan personnel, le peuple finira par souffrir de son règne.

La paix et la stabilité passent-elle par Blaise Compaoré?

Le deuxième  argument phare de ceux et celles qui veulent encore de Blaise Compaoré comme président après 2015, c’est que seul lui peut garantir la paix et la stabilité au Burkina Faso et dans la sous-région. Cet argument a encore été repris par Adama Zongo,  président national de la Fédération associative pour la paix avec Blaise Compaoré (FEDAP-BC), le 11 janvier 2014 à Bobo-Dioulasso[2].  En d’autres termes, si Blaise Compaoré n’est plus président à partir de 2016, le Burkina Faso et la sous-région plongeraient dans des crises qui menaceraient leurs stabilités. A l’analyse, cet argument fond comme du beurre au soleil.

D’abord, pour le Burkina Faso, si aujourd’hui Blaise Compaoré est le seul homme politique à pouvoir garantir la paix et la stabilité du pays, c’est là le signe d’un échec patent de ses 27 ans de pouvoir. En effet, quand Blaise Compaoré prenait le pouvoir en octobre 1987, le Burkina Faso n’était pas dans une situation de guerre ou d'instabilité. Le pays était gouverné certes par un régime militaire mais la paix sociale et la stabilité n’étaient pas menacées.

La paix et la stabilité ne doivent donc pas être des produits de luxe à vendre aux Burkinabè aujourd’hui  puisqu’ils les possédaient depuis longtemps. Si après un quart de siècle à la tête du pays comme Président, Blaise Compaoré devient indispensable ou incontournable pour garantir la paix sociale au Burkina Faso, on pourra affirmer sans risque de se tromper que c’est son régime qui aurait semé les graines de la discorde et pour cette raison, il mérite de partir pour laisser sa place à une autre personne qui viendra essayer d’autres méthodes de gouvernance sous le regard et la vigilance du peuple.

Par ailleurs, la stabilité dont le Burkina Faso jouit est surtout à mettre sur le compte des opposants plutôt que celui du régime lui-même. En général dans le contexte africain, les conflits liés à la conquête du pouvoir d’État apparaissent dans des pays ou certains décident de contester au moyen d’armes de guerre un pouvoir prédateur et ou illégitime. S’il y a paix au Burkina Faso, c’est par absence d’opposants irresponsables qui voudraient emprunter la courte échelle pour accéder au pouvoir. C’est donc à l’opposition et plus largement au peuple burkinabè qu’il faut créditer la stabilité que le Burkina Faso connaît. A l’opposé, la menace de déstabilisation brandie par le régime comme réponse à la contestation de son propre pouvoir[3] montre qu’il n’est attaché à la paix que quand c’est lui qui domine. Il n’y a aucun mérite à cela.

Aussi, il faudra noter que les pays qui sont stables en Afrique le sont du fait de l’alternance réelle à la tête de l’État et non comme résultante de la longévité d’un homme fort au sommet de l’État. En d’autres termes, plus un président africain s’éternise au pouvoir, plus il expose son pays à de graves dangers liés évidemment à la lutte de succession qui suivra son départ. Des exemples existent pour illustrer cela. Après 33 ans de règne en Côte d’Ivoire, Houphouët Boigny a laissé derrière lui un pays qui n’a pas tardé à sombrer dans une guerre civile. Le long règne de Kadhafi (42 ans de pouvoir) a pris fin brutalement et les libyens continuent de se déchirer entre eux pour la gestion de leur pays.

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Notes

1. Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article2360 [Retour]

2. Source: http://lefaso.net/spip.php?article57438&rubrique2 [Retour]

3. Se référer aux propos du député Salam Sermé du CDP: «Si les gens n’acceptent pas la démocratie, on va revenir à ce que l’on sait [État d’exception]. Aussi, les armes, c’est nous qui les possédons au Burkina et personne d’autre.» Source: http://lefaso.net/spip.php?article57438&rubrique2 [Retour]

Dernière modification le Jeudi, 18 Juin 2015 22:19

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