Dimanche 19 Novembre 2017

L’Afrique face à la controverse de l’homosexualité

Les jeux olympiques d’Hiver 2014 qui ont eu lieu à Sochi, en Russie, ont beaucoup mobilisé les médias occidentaux, non pas pour les prestations sportives des athlètes ou l’organisation pharaonique entreprise par la Russie, mais pour une loi russe qualifiée d’«homophobe» par l’Occident. Récemment, c’est l’Ouganda et le Nigéria qui ont déclenché la colère occidentale pour avoir adopté des lois réprimant la pratique de l’homosexualité. La question de l’homosexualité s’annonce comme le champ de bataille des affrontements idéologiques et culturels du futur entre l’occident et le reste du monde. Quand les réticences internes à l’Occident se seront éteintes, la libre pratique de l’homosexualité sera déclarée nouveau standard de civilisation et de respect des droits de l’homme auxquels tous les autres peuples de la terre doivent se soumettre au risque de se voir ostraciser, indexer, « imposer des sanctions »…

 

Les jeux olympiques d’Hiver 2014 qui ont eu lieu à Sochi, en Russie, ont beaucoup mobilisé les médias occidentaux, non pas pour les prestations sportives des athlètes ou l’organisation pharaonique entreprise par la Russie, mais pour une loi russe qualifiée d’«homophobe» par l’Occident. Récemment, c’est l’Ouganda et le Nigéria qui ont déclenché la colère occidentale pour avoir adopté des lois réprimant la pratique de l’homosexualité. La question de l’homosexualité s’annonce comme le champ de bataille des affrontements idéologiques et culturels du futur entre l’occident et le reste du monde. Quand les réticences internes à l’Occident se seront éteintes, la libre pratique de l’homosexualité sera déclarée nouveau standard de civilisation et de respect des droits de l’homme auxquels tous les autres peuples de la terre doivent se soumettre au risque de se voir ostraciser, indexer, « imposer des sanctions »…

L’Afrique semble le continent le plus opposé à cette pratique. Il faut donc anticiper une mise à l’index du continent dans le futur. Cet écrit a pour but d’analyser la question de l’homosexualité et l’attitude africaine à son égard. J’annonce d’emblée qu’il ne plaira à personne, ni aux partisans ni aux opposants de la libre pratique de l’homosexualité. Il se veut une analyse sans préjugés religieux ou idéologiques mais sans prétention de neutralité non plus. L’objectif étant de mener une analyse simplement rationnelle de la dynamique des sociétés humaines et  des fondements de leurs attitudes, positives ou négatives, vis-à-vis de l’homosexualité.

Réactions occidentales aux récentes légiferations sur la question de l’homosexualité

La véritable pluie d’indignation qui s’est abattue sur la Russie paraît rocambolesque d’autant plus qu’elle se justifie difficilement par le contenu réel de la loi russe. En effet, le passage de la loi russe qui a suscité l’indignation occidentale sanctionne  la «propagande en faveur de relations sexuelles non-traditionnelles» de pénalités administratives sous formes d’amendes pouvant aller jusqu’à 5000 roubles (65 000 FCFA), 50 000 roubles (650 000 FCFA) et 1 000 000 roubles (13 000 000 FCFA) pour des citoyens ordinaires, des officiels de l’État et des ONG, respectivement [1]

Ces sanctions administratives sont aggravées lorsque la «propagande» est faite par l’intermédiaire des médias. Les amendes maximales passent alors à : 1 300 000 FCFA et 2 600 000 FCFA pour des citoyens ordinaires et des agents de l’État, respectivement. En plus, les citoyens étrangers seraient soumis à une amende allant jusqu’à 1 300 000 FCFA, suivie d’une expulsion du territoire russe ou d’une détention administratives de 15 jours au maximum suivie d’une expulsion du territoire. La loi russe n’a donc pas pour objectif de pénaliser l’homosexualité en soi, mais sa «propagande» auprès de mineurs. Par ailleurs, elle n’interdit pas à une personne (adulte ou mineur) de rechercher de l’information sur le sujet auprès d’une tierce personne, physique ou morale; seulement, l’initiation de la communication ne doit pas être faite par la tierce personne en question lorsque le destinataire est mineur.

Mais cela a suffi pour que les médias occidentaux dépeignent la Russie comme l’antre de l’«homophobie». A en croire ces médias, toute personne gay risque la prison en Russie. Cette campagne de désinformation a alimentée des appels au boycott des jeux olympiques de Sochi et des condamnations pour violation de droits de l’homme. Bien que la loi russe ne soit pas bénigne, dans la mesure où elle interdit de facto toute expression médiatique ou publique d’idées favorables à l’homosexualité, la réaction occidentale paraît disproportionnée vue le soutien d’une partie non négligeable de leurs propres opinions publiques à des mesures contre l’homosexualité bien plus sévères que celles mises en cause.

Examinons l’attitude de divers pays occidentaux vis-à-vis de l’homosexualité. L’homosexualité est dépénalisée depuis 1967 au Royaume Uni, 1969 au Canada et en Allemagne et depuis 2003 aux États-Unis d’Amérique (É-U)[2]. Auparavant, risquait la prison toute personne qui s’hasarderait à entretenir une relation sexuelle avec une autre personne de même sexe. Le mariage entre personnes de mêmes sexes est autorisé au Canada depuis 2003, en France depuis 2013, au Royaume Uni depuis 2014 et demeure toujours interdit  en Italie, Allemagne et sur la majeure partie du territoire des États-Unis[3]. Le président américain Barack Obama a refusé de façon consistante de prendre position en faveur du mariage gay jusqu’à la veille des élections présidentielles de 2012, où il a annoncé avoir «évolué» sur le sujet en faveur du mariage gay. Par comparaison l’homosexualité est dépénalisée en Russie depuis 1993, bien avant les États-Unis.

Par ailleurs, cette évolution législative en faveur de la pratique de l’homosexualité s’est opérée en Occident en dehors de toute consultation populaire. Aux É-U par exemple, la dépénalisation de l’homosexualité ne s’est faite qu’à travers un arrêt de la cours suprême en 2003, renversant les lois anti-sodomie qui étaient en vigueur dans quatorze États américains. La plupart des référendums se sont soldés par la victoire du non à l’autorisation du mariage gay, ce qui témoigne de l’opposition de la majorité de leurs populations à la reconnaissance de l’homosexualité comme norme sociale.

La diabolisation de la Russie participe du réflexe quasi-pavlovien contre la Russie de Vladimir Putine. L’Occident semble ne vouloir dans le monde que de pays larbins. Quand le président d’un pays affirme un attachement à sa souveraineté et à la défense des intérêts de son peuple, un champ sémantique se construit automatiquement pour dépeindre ce pays et son leader comme une dictature. Rien de positif ne doit plus être dit de ce pays.

En plus, l’attitude des médias occidentaux paraît de plus en plus inquiétant vis-à-vis des autres parties du monde. Lorsqu’un événement international s’organise dans un pays appartenant à une autre région du monde, l’événement est totalement couvert sous un angle négatif. Pour la coupe du monde de la FIFA en Afrique du Sud, on a d’abord douté de la capacité de ce pays à organiser la compétition, puis redouté le terrorisme et faute d’avoir eu gain de cause, on s’est rabattu sur le vuvuzela. Au Brésil, ce sont les droits des travailleurs qui sont bafoués; au Qatar, c’est la chaleur et les conditions de travail qui sont décriées. La surmédiatisation de la loi russe participe donc de ce phénomène, mais la controverse internationale sur la question de l’homosexualité ne s’arrête pas là.

En Afrique, deux pays se sont illustrés récemment par des lois sévères contre l’homosexualité : le Nigéria et l’Ouganda. La loi fédérale nigériane proscrit le mariage entre personnes de même sexe et punit tout contrevenant d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison. Elle va plus loin en proscrivant aussi la manifestation publique de l’homosexualité sous peine d’un emprisonnement de 10 ans. La loi Ougandaise est particulièrement draconienne et pénalise sévèrement l’acte d’homosexualité. La simple tentative d’«offense homosexuelle» est punie d’une peine de 7 ans de prison et la tentative d’«offense aggravée» (la victime est mineure ou handicapée, l’accusé est récidiviste, séropositive ou tuteur de la victime) est punie d’une peine de prison à vie[4].

Il va sans dire que ces lois ont suscité l’indignation occidentale. Trois pays Européens : les Pays Bas, la Norvège et le Danemark ont suspendu leur coopération avec l’Ouganda, tandis que les É-U ont menacé de faire de même, sans mettre leur menace à exécution. La Banque Mondiale qui est censée être apolitique a gelé dans la foulée un prêt d’une quarantaine de milliards de CFA. Le porte-parole du gouvernement ougandais a réagi en dénonçant l’aide comme «un piège à décadence»[5]. Pour le gouvernement ougandais, cette attitude dénote de «l’impérialisme culturel de l’Occident». Selon le président ougandais Yuweri Museveni, «il y a des myriades de pratiques dans les sociétés occidentales qui nous rebutent ou nous horrifient. Cependant, nous ne les commentons pas et n’en faisons pas des préconditions pour travailler avec l’Occident. Les Africains ne cherchent pas à imposer leurs jugements sur quiconque. Nous ne voulons pas non plus que quiconque nous impose ses jugements.» [6]

On remarque toutefois que les réactions des gouvernements occidentaux face aux pays qui ont des lois penalisant l’homosexualité sont a géométrie variable. Par exemple, des pays comme le Sénégal, le Cameroun ou le Libéria ont déjà fait passé des lois similaires sans pour autant être la cible de sanctions. Aussi, on entendra rarement les É-U, la France ou la Grande Bretagne se prononcer sur l'interdiction de l'homosexualité en Arabie Saudite, au Quatar, aux Émirats Arabes Unies, ou en Israel. Une question emerge donc ; les pays occidentaux infligent-ils des sanctions uniquement aux pays avec qui ils ont très peu d'intérêt ou les sanctions sont fonctions de la dureté des lois en question ?

Par exemple, la Grande Bretagne a menacé le Nigéria de sanctions sous forme d'un gel de l'« aide » mais n’a jamais mis sa menace à exécution, craignant sans doute d’avoir plus à perdre d’une détérioration de ses relations avec ce pays. L’Occident ne peut pas gélé son «aide» envers tous les pays ayant des lois contre l’homosexualité car la prétendue aide est un outil d’influence sur des questions qui n’ont rien à voir avec les droits humains. D’éventuelles mesures de retorsions peuvent également faire mal à l’économie occidentale. Toutefois, la pression pays par pays pourrait réduire le nombre des pays opposés à l’homsexualité et exposer les autres pays restants à des sanctions.

Dans tous les cas, ce à quoi on assiste de nos jours, c’est la formulation de la problématique de l’homosexualité, non pas comme un simple débat de société, mais comme une question de droit fondamental de l’homme. En glissant sur ce terrain, il n’y a plus de débat possible : il y a d’un côté les civilisés et de l’autre les barbares qui violent les droits humains. Pour preuve, le secrétaire d’État américain a condamné la loi Ougandaise comme «moralement injuste» et l’a comparé à la chasse aux Juifs de l'Allemagne nazie. Mais comment est-on passé du terrain intellectuel au terrain moral sur la question de l’homosexualité?

Les arguments de ceux qui sont contre l’homosexualité

L’existence de l’homosexualité dans l’Europe ancienne (Grèce, Rome) et le Moyen-Orient est avérée, son opposition aussi. La bible et le coran contiennent tous des références à des pratiques homosexuelles qui témoignent de leurs existences dans le Moyen-Orient ancien ainsi que leur condamnation morale. Par exemple, certains passages du Lévitique[7] condamnent l’homosexualité. En plus, même s’il n’y a pas de référence explicite à l’homosexualité dans l’histoire de Sodome et Gomorrhe dans la bible, elle fut interprétée plus tard, y compris dans le coran[8], comme une sanction divine liée à des actes de cette nature.

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Notes

1. La propagande en faveur de relations sexuelles non-traditionnelles, sous forme d’une distribution d’information ayant pour objectif de susciter des comportements sexuels non-traditionnels parmi des mineurs, une attirance pour des relations sexuelles non-traditionnelles, une image déformée de l’égalité sociale et des relations sexuelles non-traditionnelles, ou l’imposition forcée d’information sur des relations sexuelles non-traditionnelles, qui peuvent susciter l’intérêt pour ce genre de relations, si cela ne constitue pas un crime, est punissable d’une amende administrative de 4 000 à 5 000 roubles  pour des citoyens ordinaires, 40 à 50 000 roubles pour des officiels et 800 000 à 1 000 000 roubles pour des organisations légales. Source : http://www.dailykos.com/story/2012/04/11/1082469/-Full-English-text-of-Russia-s-anti-gay-law. Traduit de l’anglais par l’auteur. [Retour]

2. Source Wikipedia [Retour]

3. Autorisé dans un petit nombre d’États (17 États sur 50). [Retour]

4. La version initiale de la loi prévoyait la peine de mort. [Retour]

5. http://rt.com/news/uganda-gay-law-sanctions-329/ [Retour]

6. “There are a myriad acts the societies in the West do that we frown on or even detest. We, however, never comment on those acts or make them preconditions for working with the West. Africans do not seek to impose their views on anybody. We do not want anybody to impose their views on us.” Source http://cnsnews.com/news/article/patrick-goodenough/uganda-could-lose-us-aid-face-sanctions-over-its-homosexuality-law [Retour]

7. Lévitique 18, 22 : « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination. »
Lévitique 20, 13 : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » [Retour]

8. Coran, versets 7:80–84. [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:27

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