Lundi 16 Juillet 2018

L’Afrique face à la controverse de l’homosexualité

 

En Europe, l’homosexualité fut rarement condamnée avant l’arrivée du christianisme. C’est avec les religions d’origine moyen-orientale (judaïsme, christianisme et islam) que l’intolérance vis-à-vis de l’homosexualité s’est développée.  Des gens accusés d’homosexualité étaient castrés ou brûlés vifs dans l’Europe du moyen-âge. L’Occident a hérité de ces lois et croyances. La plupart du monde occidentale condamnait l’homosexualité, principalement sur la base d’arguments religieux puisés dans la bible et ce, du moyen âge jusqu'au milieu du 20ième siècle. C’est aussi le cas dans le monde arabo-musulman.

L’argument religieux contre l’homosexualité est le plus répandu : soit on s’inspire des passages de la bible ou du coran, soit on se réfère à la conception religieuses (islam, christianisme) des relations sexuelles pour condamner l’homosexualité. En outre, les religions d’origine moyen-orientale réduisent la sexualité humaine à la reproduction. Pour elles, le sexe n’a pour finalité que la procréation et vue son caractère très alléchant, il faut la réprimer le plus possible afin de concentrer l’énergie humaine dans l’adoration divine et le respect des règles dictées par le clergé. C’est ce qui explique la répression de la sexualité (interdiction de relations sexuelles hors mariage, opposition à la contraception, à la masturbation, etc.). Il va de soi que cette lecture de la finalité des relations sexuelles interdit l’homosexualité car la procréation ne peut avoir lieu que lors d’une relation entre un homme et une femme.

Le second argument contre l’homosexualité soutient qu’elle est contre-nature. En d’autres termes, l’acte sexuel doit «naturellement» se pratiquer entre un homme et une femme. Ce qui est naturel se saisit intuitivement, pense-t-on. Autant les poumons sont faits pour respirer et les pieds pour marcher et courir, on voit intuitivement que la fonction des organes sexuels est de s’accoupler avec ceux du sexe opposé, dans le dessein directe ou indirecte d’assurer la reproduction. Cet argument se veut rationnel et trouve appuie dans le comportement hétérosexuel généralisé au sein du règne animal non encore affecté par la complexité des rapports sociaux à la différence des humains.

Cependant, c’est surtout sur le terrain de la légitimation sociale, notamment du mariage et de l’adoption, que les arguments contre l’homosexualité résonnent avec plus de force.  D’abord on récuse l’idée que l’homosexualité est une « orientation sexuelle », c’est-à-dire un instinct inné chez certains êtres humains. On pense plutôt qu’elle est une conduite, c’est-à-dire le choix de mener un certain mode de vie. Il est alors fondé de s’opposer à la légitimation de cette pratique et la notion de «droits des homosexuels» parait incongrue.

Dans sa réponse à la condamnation occidentale de la loi ougandaise, le président Yuweri  Museveni a affirmé avoir évolué lui-même sur la question car des scientifiques ougandais ont démontré que «l’homosexualité est comportementale et non génétique», contrairement à ce que lui-même pensait. Il a mis le gouvernement américain au défi de travailler avec des scientifiques ougandais pour prouver que certaines personnes étaient «nées homosexuelles», auquel cas il reviendrait sur la loi ougandaise.

A supposer que l’homosexualité ne soit pas un choix, cela ne change rien aux yeux de ceux qui y sont opposés car pour eux, ce ne sont pas tous les instincts humains qui doivent être permis. Ils citent par exemple la bestialité ou la pédophilie qui relèvent aussi d’instincts mais qui sont interdits légitimement par la société. Bien évidemment, les activistes gay s’indignent à de telles comparaisons car pour eux, l’acte homosexuel a lieu entre deux êtres humains adultes et consentants.

Le mariage gay est totalement rejeté par les opposants à la libéralisation de l’homosexualité, principalement sur la base de deux types d’arguments : religieux et rationnels. Sur le plan religieux, le mariage est défini comme un lien entre un homme et une femme. Les arguments rationnels soutiennent, études scientifiques à l’appui, que le cadre adéquat pour éduquer un enfant est une famille où il y a un père et une mère. Une étude scientifique a, en effet, montré que les enfants éduqués par des couples gay sont plus sujets à des questionnements et troubles sur leurs identités sexuelles[1]. D’autres études ont montré que les enfants sont toujours à la recherche de leurs parents biologiques et que la présence d’un père et d’une mère est optimale pour un meilleur développement psychologique des enfants. Ces études scientifiques sont naturellement remises en cause par les partisans de la cause gay.

Les arguments de ceux qui définissent et défendent les «droits des homosexuels»

Pour les partisans des «droits des homosexuels», l’homosexualité est une «orientation sexuelle» qui a aussi voix au chapitre que l’hétérosexualité. C’est un instinct inné et par conséquent, s’opposer à son expression c’est opprimer une partie de l’humanité. C’est en s’appuyant sur ce caractère supposément immutable, que les partisans de la cause gay établissent la similarité entre leur cause et celle des droits civiques des Noirs américains. Pour eux, les homosexuels constituent une minorité qui doit jouir des mêmes protections législatives que les minorités ethniques ou raciales. C’est par ce glissement qu’on est tombé sur le terrain des «droits des homosexuels».

Les défenseurs de la cause gay récusent évidemment l’argument religieux. Certains parviennent à formuler une interprétation des textes religieux qui ne leur soit pas préjudiciable. D’autres affirment que la religion relève d’une opinion privée qui ne doit pas être imposée sur les autres.

L’idée selon laquelle l’homosexualité serait contre-nature est récusée de deux façons par les activistes gays. D’abord, on aurait eu la preuve qu’il y a des pingouins qui pratiquent l’acte homosexuel, ce qui récuse selon eux l’idée que l’homosexualité ne serait pas naturelle. Ensuite, à supposer que l’homosexualité ne soit pas naturelle, en quoi est-ce mauvais questionnent-ils?

Enfin, la lutte pour la légitimation sociale se justifie selon eux par l’intimidation dont ils sont l’objet au sein de la société. Certains sont obligés de vivre leur homosexualité en cachette par peur du rejet de la société. Les campagnes de communication (gay pride) ont donc pour but de démystifier l’homosexualité, c’est-à-dire de rendre ça «normale» pour qu’ils n’en aient plus honte.

Comment l’Afrique peut-elle réagir face à la question de l’homosexualité?

Des témoignages directs sur la pratique de l’homosexualité dans les sociétés anciennes sont rares. Du coup, on s’adonne à de véritables spéculations à forte coloration idéologique sur l’existence de l’homosexualité dans telle ou telle société. Par des interprétations tendancieuses de pratiques anciennes incomprises ou d’expressions équivoques puisées dans des documents anciens on essaie parfois coûte que coûte d’imposer l’idée que l’homosexualité a existé partout et en tout temps. Cela légitimerait l’argument de «l’orientation sexuelle» car le phénomène serait ainsi universel.

On essaie donc de prouver que l’homosexualité est un fait social connu en Afrique depuis les temps anciens. Toutefois, il n’y a ni témoignages explicites, ni preuves formelles de son existence en tant que fait social en Afrique. La quasi-totalité des langues africaines ne connaissent pas de mots pour désigner le phénomène. Si on fait abstraction des sources d’informations occidentales (livres, médias) beaucoup d’Africains n’auraient même pas connaissance de son existence. Elle est totalement inexistante en fait et en histoires dans la vie quotidienne des campagnes africaines, jusqu’à nos jours. Le mode de vie des campagnes étant moins affecté par la culture occidentale véhiculée par les médias et l’École, elles peuvent donner une idée de ce que fut l’Afrique précoloniale. Ces observations ont été faites par l’auteur de l’article, qui a lui-même vécu en campagne, et corroborées par tous ceux avec qui il a abordé la question. Ces témoignages couvrent plusieurs régions et pays de l’Afrique mais ne sauraient couvrir naturellement tous les recoins du continent. Toutefois, la question demeure la même : ce qui est universel devrait être observé partout, et s’il y a des régions entières où le phénomène n’est pas observé, c’est qu’il n’est pas universel.

Il est important de souligner que des pratiques sexuelles non-conventionnelles telles que la bestialité étaient connues de l’Afrique. Par ailleurs, la bestialité ne relevait pas, dans ce cas-là, de penchant pour les animaux mais plutôt de frustrations sexuelles évacuées par un mâle en manque de partenaire. Elles étaient par ailleurs sévèrement sanctionnées chez certains peuples africains car le «souillé» et sa lignée descendante n’auront plus jamais le droit de se marier et de mêler leur sang au reste de la société[2]. Ils étaient obligés de former des villages ou des quartiers à part. Toutefois, ils n’étaient soumis à aucune peine physique et interagissaient normalement avec le reste de la société sur tous les autres aspects.

Il est donc clair que ce n’est pas par gêne que des pratiques homosexuelles ne sont jamais mentionnées dans les histoires africaines (contes, proverbes, récits, mythes, etc.), moyen par lequel toutes les pratiques sociales africaines sont transmises de génération en génération. C’est très probablement parce que le phénomène était méconnu.

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L’absence de cette pratique est probablement liée à la conception africaine de la place de l’homme au sein de la société. La culture africaine, d’essence matrilinéaire, méconnaît la notion de liberté individuelle, c’est-à-dire l’expression du libre arbitre vis-à-vis de la société. La vie de l’homme est essentiellement communautaire et sociale. La culture nordique, par contre, accorde plus de place à l’individu (individualisme) et l’expression de ses propres désirs. C’est aussi une culture hédoniste qui valorise les biens matériels et le plaisir (qu’ils procurent). C’est probablement pourquoi l’homosexualité, qui est l’expression d’un plaisir «égoïste», c’est-à-dire le plaisir pour le plaisir, sans but de reproduction (ni directe, ni indirecte), a pu s’y développer. L’éducation africaine n’incite pas l’individu à explorer sa propre voie ou ses propres sensations, à faire ses propres expériences, elle le conditionne à suivre la voie tracée par la société.  Cette analyse ne porte pas de jugements de valeurs en soi sur l’option culturelle africaine ou nordique, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients, elle montre simplement la possible implication de chacune d’elles en termes de conduite.

Cela nous ramène à la question de savoir si l’homosexualité est innée ou acquise, car si elle est innée, pourquoi les Africains y échapperaient-ils? Dans l'hypothèse où il y aurait un gêne responsable, celui-ci serait-il totalement absent chez ces derniers? Sur ce point, même s’il nous semble que l’homosexualité n’est pas juste un choix arbitraire de mode de vie, elle ne nous paraît pas non plus une fatalité génétiquement programmée. A notre connaissance, aucune étude scientifique n’est jusqu’à présent capable de prédire qu’un nouveau-né aura des tendances homosexuelles. Aucun gêne responsable de l’homosexualité n’a été identifié non plus.

L’attirance sexuelle vis-à-vis de personnes de même sexe est donc liée, à notre avis,  à des instincts développés par un être humain au cours de sa croissance, instincts résultant de son environnement et son interaction avec le reste de la société. Il nous semble donc que tout être humain peut potentiellement développer de tels instincts y compris les Africains. S’ils ne l’avaient pas développé avant, c’est juste parce que leur contexte social ne les y prédisposait pas. Tout ce qui plaît à un être humain peut potentiellement plaire à un autre être humain. C’est la raison pour laquelle on voit l’apparition d’homosexuels en Afrique de nos jours.

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Notes

1. Judith Stacey and Timothy Biblarz, "(How) Does the Sexual Orientation of Parents Matter?" American Sociological Review 66: 159-183. See especially 168-171. [Retour]

2. En mooré, ces parias sont connus sous le nom de «bonse» qui se traduit littéralement par «ânes» et désigne les lignées de ceux qui se seraient accouplés avec un âne. [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:27

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