Lundi 19 Novembre 2018

L’Afrique face à la controverse de l’homosexualité

 

Toutefois, ce n’est pas parce que qu’une chose est nouvelle qu’elle doit être systématiquement condamnée. Elle doit l’être si elle est en contradiction avec les principes culturelles ou menace la survie de la société. La façon virulente avec laquelle une grande partie de l’Afrique actuelle réagit face à l’homosexualité peut paraître normale vue la description de la culture africaine faite plus haut. Toutefois la nature des sanctions infligées (peines de prisons sévères, bastonnades, …) ne cadre pas avec l’attitude traditionnelle de la culture africaine vis-à-vis des pratiques socialement marginales. Traditionnellement, on ne met personne en prison parce qu’elle a violé un tel code moral, la sanction sociale suffit. La prison paraît nécessaire dans l’Afrique contemporaine seulement pour mettre hors de nuisance des individus qui portent atteinte à la liberté des autres. Cela ne peut être dit des homosexuels car ce qui se fait entre deux adultes consentants entre quatre murs ne nuit pas aux autres, du moins pas directement au point de mériter des peines sévères. Par conséquent, des lois sévères telles que celles de l’Ougandan, du Sénégal ou de la Gambie nous paraissent excessives.

L’adhésion aux religions d’origine moyen-orientale, récemment adoptées par une bonne partie de l’Afrique a quelque chose à voir avec ces excès de sanctions. Ces religions s’imposent avec leur intolérance et leur conception totalitaire de la morale. Le rôle des évangélistes américains dans l’élaboration de la loi ougandaises a été signalé. Le cas des lois islamiques (sharia) dans le Nord du Nigéria est aussi illustratif. A titre d’exemple, on peut citer un évêque ivoirien, qui à propos de l’homsexualité, affirmait que: «L’Africain doit éviter de se laisser influencer par les comportements qui viennent toujours de l’extérieur». Cela est certes vrai mais l’ironie c’est que le catholicisme lui-même vient de l’extérieur.

En dehors de l’argument religieux, il y a aussi l’argument selon lequel l’homosexualité serait contre-nature. Mais cet argument est incomplet car il ne dit pas pourquoi faut-il que tout rapport humain soit «naturel». Serait-il systématiquement mauvais d’aller contre la nature? Et si oui, faut-il aller jusqu’à imposer la peine de mort ou la prison pour cela? La culture, attribut humain par excellence, c’est avant tout ce que l’homme ajoute à la nature. C’est un ensemble complexe de codes de conduite et de pratiques sociales qui ne sont pas nécessairement naturels.

On ne peut donc pas interdire tout ce qui n’est pas naturel chez l’humain. La sexualité entre dans le cadre de la culture car elle va plus loin que le simple acte de reproduction posé par les animaux. La sexualité humaine s’exprime à travers des mécanismes sociaux complexes comme la séduction, les sentiments, les préliminaires, et d’autres pratiques n’ayant pas pour objectif immédiat la reproduction. Dans ce sens, cet argument est contestable.

En revanche, il existe d’autres arguments, plus rationnels et plus fondés à notre avis, contre la légitimation sociale de l’homosexualité. C’est entre autres celui de l’instinct de survie de l’humanité. En partant de l’idée selon laquelle rien n’est superflue dans la nature, si les organes sexuels devraient avoir un rôle biologique, ça serait celui de la reproduction. Par conséquent, le sexe et le plaisir qu’il procure, constituent le piège biologique tendu par la nature pour que l’espèce humaine survive par la reproduction. Si on encourage et institue en normes sociales la recherche du plaisir sexuel sans l’incidence qu’il peut avoir sur la reproduction, on risque de désintéresser davantage une bonne partie de l’humanité à la reproduction.

Cela est particulièrement critique pour l’Afrique qui n’a pas encore les moyens techniques pour généraliser la fécondation in vitro. C’est par ailleurs l’une des raisons pour laquelle la Russie essaie de «contenir» le phénomène car elle assiste à un déclin de sa population. L’Occident, à son habitude, tente d’imposer systématiquement son mode de vie aux autres, même quand les circonstances géographiques, économiques ou humaines ne s’y prêtent pas. Par conséquent, il est important pour l’Afrique, dont la population est régulièrement décimée par des maladies, de continuer à assurer un taux de reproduction suffisant pour renouveler ses générations. Dans la même lancée, l’Afrique devrait se méfier des campagnes de limitations des naissances financées par l’Occident en Afrique.

L’autre argument qui est beaucoup plus anthropologique est le nécessaire maintien de l’équilibre social assuré par l’interdépendance émotive et sexuelle entre hommes et femmes. Il n’est un secret pour personne que la femme et l’homme n’ont pas les mêmes constitutions physiques ou hormonales.  Cela a une répercussion sur leurs humeurs, leurs centres d’intérêt, leur interaction sociale, etc. Si on supprime cette interdépendance, qu’arrivera-t-il à cet équilibre social? L’homme physiquement plus fort traitera-t-il toujours la femme avec égard s’il n’a plus besoin d’elle? Ceux qui pensent que le comportement de l’être humain est entièrement commandé par sa volonté et qu’on peut le contrôler par la morale ou la loi ont tort. C’est l’équilibre entre son intérêt naturel et sa volonté qui fait l’homme. Tout déséquilibre dans un sens comme dans l’autre peut avoir des conséquences désastreuses.

Bien évidemment, tout ce raisonnement suppose que tout homme ou du moins la plupart peut potentiellement être gay et qu’il n’y a pas un pourcentage fixe de gay dans la société. Par gay, on entend ici toute personne sexuellement attirée par une autre personne de même sexe, sans présupposition du caractère inné ou acquis de cet instinct. Quand on compare le taux d’homosexuels en Afrique par rapport à l’Occident, il y a fort à parier que le pourcentage va augmenter si on suit la même voie. Personne ne peut prédire quel sera le pourcentage de gay en Occident dans 50 ans, quand on sait clairement qu’il est plus élevé de nos jours qu’il ne l’était il y a 50 ans. Il se peut que de nos jours, les gens assument mieux leur homosexualité que dans le passé, mais il est difficile de répondre de façon certaine à ces questions.

Ce à quoi on assiste avec la question de l’homosexualité, c’est le triomphe de l’ingénierie sociale. Par ingénierie sociale, il est entendu, l’idée selon laquelle on peut imaginer ou concevoir abstraitement une société humaine et imposer ensuite les règles de la société imaginée dans la société réelle. On impose par le militantisme, le détournement de sens de l’égalité sociale et la culpabilisation, des concepts et des lois rigides à la société sans être en mesure d’anticiper leurs conséquences futures sur l’organisation de la société humaine.

Il est connu que les équilibres sociaux ne s’établissent pas avant des siècles. Par conséquent, on ne peut voir l’effet introduit par un changement important qu’après une grande période de temps. Il serait alors trop tard pour l’humanité car le type de changement dont il est question ici paraît difficilement réversible.

Par ailleurs, même s’il est difficile de prouver que l’homosexualité est entièrement comportementale, c’est-à-dire qu’elle résulte exclusivement d’un choix, le contraire n’a jamais été prouvé non plus. Pour certaines personnes, on peut même dire que c’est clairement un choix. L’exemple des bisexuels montre en effet que certains peuvent être à la fois attirés par des gens des deux sexes et qu’ils ne sont pas des homosexuels innés. Par conséquent, libéraliser la pratique de l’homosexualité, c’est permettre ou encourager beaucoup plus de personnes à s’y essayer et probablement à se découvrir gay. Il est donc fondé que des pays décident de «contenir» le phénomène, à l’image de la Russie.

Sans aller jusqu’aux mesures extrêmes de la pénalisation de l’homosexualité, l’Afrique pourra donc opter de proscrire toute «propagande en faveur des relations sexuelles non-traditionnelles». L’idée d’un mariage gay n’a d’ailleurs pas de sens en Afrique. En Occident, le mariage est un lien légal qui a de très fortes implications juridiques et surtout fiscales. En Afrique, le mariage demeure toujours un lien social qui scelle l’alliance entre deux familles.

L’Afrique pourra aussi proscrire le mariage gay ainsi que les organismes de défenses des «droits des homosexuels» qui ne sont rien d’autres que des chevaux de Troie pour la «propagande» en faveur de la libéralisation de cette pratique. Tout débat sur la question doit être autorisé car il ne faut jamais fermer la porte de la raison, mais le militantisme mimétique des valeurs étrangères sur une question aussi importante que la survie de la société peut être restreint.

Si l’Afrique faisait ce choix, il n’y a pas de doute qu’elle ferait face aux récriminations de l’Occident sur la question des droits de l’homme. Peut-être pour une fois, tiendra-t-elle tête! L’Occident se comporte comme si elle était l’étalon de comparaison de toutes les sociétés humaines. Il y a à peine quelques décennies, l’homosexualité était classée comme une maladie mentale aux É-U. A peine sortie de cette logique, veulent-ils imposer leur nouvelle trouvaille aux autres peuples. Quand c’est mauvais pour eux, ça l’est pour tous, quand c’est bon pour eux, ça doit aussi l’être pour tous.

Un examen du système de valeurs occidental montre qu’il évolue en fonction de ses intérêts. Dans les années quatre-vingt, pour dénigrer l’Union Soviétique, on disait que tout courrier envoyé à un citoyen est d’abord ouvert et lu par le KGB avant de lui parvenir. De nos jours, c’est devenu une réalité, mais en Occident, avec PRISM. Des centaines de morts liés au 11 septembre ont suffi pour que les É-U démolissent toutes les garanties de libertés de ses citoyens à travers le Patriot-act et déclenchent des guerres qui ont cumulés maintenant des centaines de milliers de morts. Aujourd’hui ils s’arrogent le droit de tuer quiconque sans procès y compris des enfants avec des drones au nom de leur sécurité. Sans mentionner la doctrine Bush des droits de l’homme qui prétend démontrer qu’une simulation de noyade n’est pas une torture.

C’est donc dire que la notion de «droits de l’homme» fluctue au gré des intérêts occidentaux et que les Africains devraient aussi camper sur leurs propres interprétations selon les intérêts de leurs peuples. Pour une fois on peut donner raison à Mobutu quand il disait que « Quand on veut parler des droits de l'homme, il faut d'abord savoir de quel droit, et de quel homme il s'agit »[1]. Pour preuves, il est toujours interdit à un gay de faire don de sang aux É-U.

Par ailleurs, la culture africaine ne reconnaît pas les droits de l'individu par rapport au reste de la société, elle ne connaît que le «bien être collectif» de la société. Aux individus, de se plier à cette exigence. La société étant constituée de tous, elle réalise son bien être à travers celui de ses membres, par une optimisation complexe et intuitive.

En résumé, les homosexuels peuvent certes revendiquer le droit de vivre leur pratique mais transformer cela en «droit fondamental» de l’homme est un peu étiré. Il appartient donc à toute société de répondre favorablement ou pas à cette quête, sans être accusée de violer les «droits humains».  La pénalisation de l’homosexualité paraît excessive, considération faite de tout argument rationnel. Condamner les homosexuels à des peines de prison élevées peut paraître aussi une punition anormalement cruelle. Quant à la peine de mort, elle viole le droit fondamental de l’homme à la vie.

En revanche, toute société doit être libre de contenir ou pas le phénomène de l’homosexualité. L'Afrique a donc le droit de «décourager» la propagation du phénomène sur son sol. Cela peut se faire en interdisant l'expression ou l'affichage publique de toute attitude homosexuelle. Le tourisme sexuel doit être aussi particulièrement ciblé car l'appât du gain constitue une tentation redoutable pour un certain nombre d'Africains. Le paradigme selon lequel l'Afrique rejette l'homosexualité comme norme sociale doit être assumé, y compris à l'international.

 

Cet article a été modifié le 03 Juin 2014 pour ajouter le dernier paragraphe de la conclusion, ainsi que pour préciser la nature des sanctions agitées par la Grande Bretagne contre le Nigeria.

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Notes

1. Mobutu Sese Seko, Nations Unies, 1989 [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:27

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