Dimanche 19 Novembre 2017

Sommet de Copenhague : une planète verte pour qui ?

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  • 08 Décembre, 2009
  • Écrit par  M. Somé
  • Publié dans Opinions

Il y a des choses qui ne trompent pas. Abonnés absents au sommet de la FAO qui s’est tenu à Rome, les présidents américains et français, le premier ministre britannique et la Chancelière allemande s’apprêtent à participer au sommet de l'ONU sur les changements climatiques à Copenhague qui aura lieu du 07 au 18 décembre 2009.

Il y a des choses qui ne trompent pas. Abonnés absents au sommet de la FAO qui s’est tenu à Rome, les présidents américains et français, le premier ministre britannique et la Chancelière allemande s’apprêtent à participer au sommet de l'ONU sur les changements climatiques à Copenhague qui aura lieu du 07 au 18 décembre 2009.

Le sommet de la FAO du 16 au 18 novembre 2009 a mis l’accent sur la recherche d’un partenariat mondial entre les différents acteurs dans le but d’harmoniser les efforts en faveur d’un développement agricole et d’une éradication de la faim. Les trois institutions qui se partagent en gros cette fonction : le Fonds International du Développement Agricole (FIDA), le Programme Alimentaire Mondial (PAM)  et la Food and Agriculture Organization (FAO) ont atteint leurs objectifs en Europe  mais l'Afrique semble pour le moment en reste. Ce constat révèle par ailleurs le  manque d'intérêt pour les problèmes du continent africain. On le voit dans l'échec de ce sommet dont l’objectif était entre autre de lever un fond de 44 milliards afin de lutter contre la faim. Ces préoccupations devraient pourtant être les premières de ceux qui considèrent qu’ils incarnent la conscience morale de l’humanité.

On peut dans ce contexte douter de l’humanisme de ceux qui considèrent qu’il est plus urgent de consacrer des centaines de milliards pour anticiper les conséquences probables du réchauffement climatique plutôt que d'assurer les besoins élémentaires des populations du Sud. L'urgence étant par définition une situation à laquelle il faut remédier sans délai. L’engouement pour l’écologie environnementale a pris le pas ces dernières années sur la notion traditionnelle du développement durable et même celle de développement. On est passé du droit au développement pour tous à la responsabilité de protéger la planète. Cette vision apparemment humaniste est en réalité régressive et incompatible avec nos besoins de développement.

Une vision incompatible avec nos besoins de développement.

Derrière les préoccupations apparemment légitimes sur le réchauffement climatique et le futur de l’Homme sur la planète, se cache un agenda dont le but est le maintien du fossé technologique entre Nations. Après la domination coloniale et celle par la coopération qui a endetté les pays du sud, c’est désormais par la « mondialisation verte » et le semblant de responsabilité qui l’accompagne que l’occident entend maintenir sa domination. Quand on se penche sur cette question du réchauffement, on est frappé par le consensus général et l'emballement médiatique qui domine, sans qu'aucune place ne soit accordée au doute.

A l’heure actuelle, le lien entre réchauffement climatique et activité humaine est considéré comme allant de soi pour le grand public. Il n’est pourtant pas évident que ce consensus puisse revêtir la dignité d’une vérité scientifique. A-t-on seulement le droit d'en douter ? Dans un contexte où l’écologie a le vent en poupe, il est assez rare que l’on s’intéresse aux incertitudes qui existent en la matière au sein de la communauté scientifique.

La reconstruction des températures du dernier millénaire proposée par l’équipe de Michael Mann en 1999 [1] et utilisée ensuite par le GIEC [2] dans son rapport de 2001 montre une évolution qui prend la forme d’une courbe de hockey [3]. La conclusion principale qui sort de ces travaux est que la température du globe a subi une augmentation brusque au cours des 150 dernières années alors qu’elle était restée stable pendant plus de 850 ans. L’approche des spécialistes en la matière a consisté à estimer la proportion du forçage anthropique dans ce réchauffement. Il est toutefois établi aujourd’hui que les méthodes d’estimation de l’équipe de M. Mann comportent des approximations et des erreurs. Selon Stephen Mc Intyre et R. Mc Kitrick [4] certains paramètres auraient été sciemment occultés en vue de favoriser la thèse selon laquelle le réchauffement actuel serait le seul fait de l’activité humaine.

Ainsi la variabilité du climat au cours des dix ou vingt derniers siècles a-t-elle été sous-estimée, au profit d’une surestimation du réchauffement récent[5]. Le GIEC qui est supposé exprimer le consensus scientifique des meilleurs experts du climat reprendrait des travaux contestés dans ses rapports dans le seul but d’entretenir le catastrophisme. Il n'est pas nécessaire de rentrer dans la polémique mais de comprendre simplement que cette approche contemporaine de l'écologie repose largement sur des données incertaines. La récupération politique a vite fait de s'en mêler et on en sort qu'avec des modèles de développement à sens unique, toujours sous la houlette de l'Occident.

En Afrique comme au Burkina nous avons pris l’habitude de nous voir imposer des problématiques qui, pour aussi douteuses qu’elles puissent être ne manquent pas de nous captiver. L’écologie a ainsi aspiré et étouffé les défis et les préoccupations réelles et prioritaires. Même si la doctrine du développement endogène continue à faire son chemin dans les milieux intellectuels, ses implications dans notre approche des questions globales traduisent encore un manque de conviction supplanté par une volonté permanente de voir nos problèmes sous le prisme de l’occident. Les rapports entre États dans le contexte de la mondialisation sont loin d’être des rapports d’amitié et de coopération. Pourquoi ne pas en prendre acte et rentrer dans une logique différente. Notre propos est clair et volontairement caustique. Le développement durable tel que conçu, manque totalement de pertinence pour nos systèmes politiques.

Précisons que le concept même du développement n'a pas été forgé par ceux auxquels il s'applique le plus de nos jours. En introduisant dans le jargon politique international le concept de développement, le Président Truman n’entendait pas trouver une solution au problème de la pauvreté du Sud. Fait incontestable, cette pauvreté  est le résultat des pillages et de l’exploitation intensive de  nos ressources rendu possible par l’esclavage puis par la colonisation.

En avançant cette notion dans son discours d'investiture (point IV, Discours d'investiture, 20 janvier 1949), Truman entendaient au contraire empêcher que les aspirations légitimes de ces Nations opprimées à l’émancipation et à la prospérité économique ne soient récupérées par l’Union soviétique. En atteste l’attitude unanime des pays du Nord face aux nouveaux Etats du Sud réclamant une meilleure répartition des richesses de la planète. Les revendications des pays du Sud à l’époque du nouvel ordre économique international sont bien connues. Il s’agissait de revendications sociales légitimes et de bons sens : des règles de commerce international justes et équitables, un partage et une diffusion des connaissances scientifiques (technologique et biomédicale) et enfin un respect de leur souveraineté dans toutes ses implications.

La réponse du Nord est connue. Elle n’a pas évolué depuis. L’occident ne s’est pas contenté d’écarter ces revendications, elle les a jugé inopportunes et dans certains cas comme une déclaration de guerre. S’en est suivi le cycle des coups d’Etat et des plans drastiques pour discréditer les gouvernements du Sud. Le Burkina en a connu les frais avec l’assassinat du Président Sankara. La révolution Burkinabè s'est montrée originale sur la question du développement et de l'écologie. On peut même parler d'un modèle Burkinabè de développement durable qui a donné des résultats incontestables : autosuffisance alimentaire, accroissement significatif des espaces verts et des forêts, exploitation responsable des sources d'eau, mise en place d'une brigade spéciale chargée de lutter contre la chasse et la pêche illégale etc. Les interprétations actuelles de la notion de développement durable dans son penchant très douteux vers l’écologie environnementale n'intègre pas ce modèle Burkinabè. Ces interprétations traduisent par ailleurs une vision régressive des valeurs d’humanité.

Une vision régressive des valeurs d’humanité.

Si l’on s’en tient à la définition proposée par la commission mondiale sur l’environnement et le développement (Rapport Brundtland), le développement durable est : «  un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».

Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de « besoins » et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir .

Le constat immédiat nous porte à reconnaître que le développement durable est fondé sur le triptyque économie- social- environnement.  Dit autrement, il s’agit en fait de trois problèmes combinés : celui de l’épuisement des ressources de la terre, de l’avenir de l’humanité sur terre,  et enfin du problème de la juste répartition des ressources de la planète. Or sur toutes ces questions, le développement durable ou la religion contemporaine de l’écologie n’apporte aucune réponse. Récupéré par le capitalisme néolibéral, il postule la primauté de la nature sur l’homme. Un retour à un monde sauvage dans lequel les espèces animales et végétales ont plus de valeur existentielle que l’homme.

Quelque soit la position que l’on adopte par rapport à la question de savoir si c’est l’homme ou la nature qui est en jeu dans ce débat sur l’environnement, une chose est certaine : la réponse qui place l’homme au centre des préoccupations contemporaines (lutte contre les maladies infectieuses, la faim, la pauvreté …) semble totalement exclue chez les partisans de cette forme d'écologie.

Pour ceux-ci en effet, l’avenir de l'humanité n’est pas plus important que celui de la planète. On n'est alors plus surpris que l'éthologue américaine Dian Fossey, engagée dans la protection des gorilles au Rwanda, inflige des sévices corporels d’une rare violence aux Rwandais qui s’aventuraient dans son centre destiné à la protection des gorilles. Dans le même cas de figure, pendant que des milliers de Congolais fuyaient leurs camps et lieux d'habitations au Nord de Goma en Octobre 2009, menacés par les tirs de mortiers et de kalachnikovs des hommes du Général Laurent Nkunda et des forces armées de la RDC, Koïchiro  Matsuura, directeur général de l'Unesco s'inquiétait des gorilles des montagnes. Il déclarait: "Selon les informations qui me sont parvenues, les gardes du  Parc ne sont plus en mesure d'en assurer la surveillance et la  zone d'habitat des gorilles de montagne est menacée par des tirs  soutenus" [6]. Pendant ce temps, CNN faisait échos à Samantha Newport, directrice de la communication du refuge, qui se lamentait : "C'est le chaos de la guerre et ils sont piégés  au milieu de tout ça". Elle ne parlait pas des congolais, mais des gorilles [7].

Parmi les solutions à la crise écologique proposées par les partisans de l'écologie actuelle, les biocarburants se révèlent être des plus scandaleuses. Elles ont entraîné  une croissance de la demande de matières premières agricoles contribuant ainsi à une hausse des prix des denrées alimentaires  et à  l’insécurité alimentaire dans les pays pauvres. Les pays membres de l’OCDE sont principalement ceux qui encouragent et subventionnent l’utilisation de ce type de produits (toujours dans une perspective écologique) dans le domaine du transport. Qu’il s’agisse des subventions ou des incitations réglementaires et législatives qui poussent à l’engouement pour ces produits, la FAO estime qu’ils ont un coût social, environnemental et économique très élevé.

Dans ce contexte, les « damnés de la terre » n’ont plus qu’une seule option, périr pour sauver la planète, une planète qui à l’évidence ne leur appartient pas depuis longtemps. Ces relents racistes de l’écologie actuelle tiennent au fait qu’elle envisage le développement comme le seul privilège de l’Occident. Les enfants du Sud peuvent mourir. On s’en fout. Quand on se base sur des études et des expertises scientifiquement douteuses et contradictoires pour proclamer une vérité, il faut au moins avoir la logique de tirer les conclusions qui s’imposent.

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Dernière modification le Dimanche, 26 Avril 2015 11:38

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