Vendredi 28 Juillet 2017

Président Kaboré en France: Rechercher la Considération et la Confiance d’un Partenaire à Tout Prix

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  • 07 Avril, 2016
  • Écrit par  Namalgbzanga, S.S. Boyena, P. Komdombo
  • Publié dans Opinions

Sur le plan diplomatique, les Burkinabè et surtout leurs dirigeants doivent comprendre qu’il n’y a pas de grands pays et de petits pays. Devant le droit international, il y a une égalité virtuelle entre pays. Dans la pratique, tout est une question de prétention. Un pays qui se comporte comme petit ne peut pas demander à être traiter comme grand. L’une des preuves de ce comportement de petit est la décision du président Kaboré d’effectuer sa première visite officielle à l’étranger en France.  Rien ne l’y obligeait… Le peuple insurgé du Burkina Faso a voulu un nouveau départ dans ses rapports avec le reste du monde pour sa dignité. Le président Kaboré aurait pu surfer sur ce désir de changement en marquant une certaine rupture avec cette propension des chefs d’État de l’Afrique francophone à considérer Paris comme un passage obligé pour sanctifier leur pouvoir.

Roch aurait pu se démarquer de cette tradition en choisissant pour sa première visite officielle, un pays africain lié au Burkina Faso par l’histoire, la culture ou même par la proximité géographique. Par exemple, le président Kaboré avait toutes les raisons du monde pour se rendre en Côte d’Ivoire pour cette première visite officielle. Cela aurait été une grande opportunité pour aplanir les relations Ivoiro-burkinabè et rassurer nos compatriotes qui y résident depuis des décennies. Un autre choix aurait pu se porter sur le Ghana pour signifier que l’Afrique des peuples ne considère pas la barrière linguistique des anciens colons comme insurmontable dans la quête du bonheur continental. Enfin, la Présidence du Faso aurait pu choisir le Sénégal ou le Botswana comme destination pour célébrer l’affirmation et l’attachement de nos peuples à la démocratie.

Si le choix de pays africains n’était pas suffisamment attractif, Kosyam aurait pu opter pour les États Unis d’Amérique au regard du rôle joué par ce pays à travers son ambassadeur en poste à Ouagadougou, lors de l’insurrection populaire et de la tentative de coup d’État du Gal. Diendéré. Un autre choix de pays européen aurait pu être la Suisse qui, est devenu notre premier partenaire commercial depuis 2010[1]. En lieu et place de tous ces choix, le président Kaboré a fait celui de la France alors qu’il est de notoriété publique que l’ancienne puissance coloniale a toujours prétention à dominer ses anciennes colonies par des subtilités diplomatiques. Le président Kaboré a donc prêté le flanc et ce qui lui est arrivé ne devrait point surprendre même si cela porte atteinte à la dignité du peuple burkinabè.

Par ailleurs, il convient de souligner que le président Kaboré avait toutes les raisons de s'enorgueillir et d’afficher la grandeur du Burkina Faso à l’extérieur. Il a été élu massivement par un peuple qui a versé son sang par deux fois pour défaire un autocrate, Blaise Compaoré. En lieu et place de se sentir grand par cette légitimité du peuple burkinabè, il a eu le mauvais conseil de chercher cette “grandeur” en France.

Du reste, c’est à juste titre qu’un journaliste a posé au président Kaboré la question de savoir s’il partait en France pour faire allégeance, parce que rien ne justifiait qu’il y fasse sa première visite officielle. La symbolique est on en peut plus claire: pour se sentir vraiment président, il faut recevoir l’onction de la France. On se rappelle aussi de la visite en France dans des conditions similaires de Michel Kafando comme si on ne pouvait pas être un président plein du Faso sans y avoir jamais mis les pieds. Le pire est que le président Kaboré et son cabinet semblent ne pas avoir compris que la France a soutenu de façon discrète le coup d’État raté de Gilbert Diendéré dont le succès lui aurait rendu l’accès au pouvoir impossible. On peut douter alors de la lucidité du cabinet du président par rapport aux intentions réelles de certains de  nos partenaires au développement.

Bien entendu, à l’égalité virtuelle entre pays est superposée une inégalité de fait qui consacre le pouvoir de ceux qui sont militairement, économiquement et culturellement forts sur les autres.  C’est par ailleurs cette emprise symbolique de l’Afrique que la France cherche à atteindre par ses interventions militaires multiples en Afrique.  Une façon d’envoyer au monde entier le message que l’Afrique est toujours sous son influence.  Cela contribue à rehausser sa stature à l’international.  Pourtant sur le plan économique la France pèse déjà moins que des pays comme l’Inde, le Brésil, la Russie, ou l’Indonésie (en terme de parité de pouvoir d’achat)[2].

Cette France perd donc en prestige et sa place au Conseil de Sécurité des Nations Unies ou dans le G7/G20 deviendra de plus en plus contestable. Dans un futur proche ou lointain, elle pourrait ne plus être invitée autour des tables de négociations des questions diplomatiques mondiales comme celui du nucléaire iranien. C’est pour continuer à maintenir sa stature de grande puissance (qui, devient de plus en plus virtuelle) qu’elle veut sans cesse maintenir l’Afrique sous sa coupe. Le terrorisme au sahel semble lui avoir donné un bon prétexte pour étendre sa présence militaire en Afrique.

Beaucoup d’Africains qui manquent de lecture géostratégique, pensent que les Occidentaux sont véritablement au Sahel pour combattre le terrorisme. Sont-ils crédibles pour combattre un mal qu’ils ont eux-mêmes crée en larguant des bombes par-dessus la Libye? Vu l’effort qu’ils fournissent en renseignements pour prévenir les attaques sur leurs sols, nul ne doute qu’ils peuvent réussir à endiguer les livraisons d’armes de leurs pays respectifs aux terroristes s’ils en ont véritablement la volonté.

En toute circonstance, il faut se poser la question: à qui profite le crime?  Il est clair que le terrorisme fait plus de victimes parmi ceux au nom de qui les terroristes prétendent combattre.  Il ne sert pas non plus leurs intérêts sur aucune échelle que ce soit.  A bien y voir, le terrorisme fournit juste un prétexte aux pays occidentaux pour liquider le principe de souveraineté des autres pays et réaliser leur projet de domination du monde par des interventions militaires intempestives.

La France ne viendra pas dire au Burkina Faso et au Mali: «on veut déployer des troupes dans vos pays». Elle créera les circonstances, mettra le mot dans leur bouche, pour que ces pays partent eux-mêmes lui «demander» d’intervenir et de leur «venir en aide».  C’est malheureusement ce que nos gouvernants échouent à comprendre, eux qui compromettent chaque jour davantage, notre souveraineté au nom d’une aide dont ils ne questionnent guerre la nature des retombées pour les pays initiateurs.

A quelque chose malheur est bon car ce comportement de la France est un peu inhabituel.  Elle a plutôt l’habitude de flatter l’égo des présidents africains pour qu’ils vendent les intérêts de leurs peuples. On peut espérer que le président Kaboré tire les bonnes leçons et qu’il défende désormais les intérêts et la dignité du peuple burkinabè. L’une de ces leçons, c’est le fait que le soutien diplomatique de la France à un président africain ne soit  ni une condition nécessaire, ni une condition suffisante pour la gestion du pouvoir d’État. L’onction de Paris n’est pas une assurance tout-risque pour la survie politique d’un régime. Le seul soutien qui vaille, c’est celui du peuple et au Burkina Faso, Blaise Compaoré et Maurice Yaméogo en savent quelque chose.

Nous avons donc un travail à faire : celui de conquérir par tous les moyens nécessaires notre indépendance véritable et totale. L’histoire nous enseigne que le “développement” d’un pays ne commence pas avec le nombre de milliards que ses dirigeants vont quémander chez les autres. Il débute d’abord par l’estime de soi et le président Kaboré semble avoir manqué une occasion en or pour se hisser à la hauteur de l’attitude qu’avait adoptée le président Sankara lorsque ce dernier avait été reçu en France dans des conditions similaires.

L’histoire a tendance à se répéter quand on l'oublie ou lorsqu’on refuse d’apprendre de ses enseignements. La France des années 1980s était plus dominante dans son pré-carré africain qu’elle ne l’est de nos jours. Aussi, le Burkina Faso des années 1980s faisait face à des difficultés économiques et diplomatiques bien plus difficiles que les défis de même nature qu’il rencontre d’aujourd’hui. Malgré ce contexte bien dur marqué par une guerre froide, Sankara a eu la prétention de traiter d’égal à égal avec n’importe quel dirigeant de la planète.

En refusant de se faire accueillir par Guy Penn, Sankara a prouvé qu’il attachait du prix à sa propre grandeur ainsi qu’à celui de son peuple. Si le président Kaboré avait refusé de se faire accueillir par l’ambassadeur de France en poste au Burkina Faso, s’il avait simplement menacé de reprendre son avion pour rejoindre son pays, il serait rentré dans l’histoire… Hélas, là où Sankara avait opté pour une diplomatie de respect mutuel avec la France, le président Kaboré semble avoir opté pour une continuité de l’ère Compaoré avec la diplomatie de d'aplatissement de notre peuple devant la France!!!

En guise de conclusion, nous n’avons pas d’autres choix que de rester lucide pour éviter les mauvaises grilles d’analyse. Le Burkina Faso depuis ces trois dernières décennies, vie chaque jour des humiliations que lui fait vivre la France au triple plan économique, militaire et diplomatique. A cela, il faut ajouter la domination culturelle qui, fait en sorte que le Burkina Faso ne puisse prétendre à être l’égal de la France la domination culturelle étant bien plus nocive que toutes les autres formes dominations.

Il faut convenir avec Mahatma Gandhi que nul ne peut faire de vous un être inférieur sans votre propre consentement.  Les autorités burkinabè, le président Kaboré y compris, semblent accréditer l’idée de cette infériorité, par leur acceptation de l’invasion de plus en plus ouverte de la France sur notre souveraineté. Peuvent-ils s’étonner du résultat? Nous avons la chance d’avoir un peuple courageux et jaloux de sa dignité. L’élite burkinabè et les dirigeants pour mériter d’être des dignes représentants de notre peuple, doivent renaître sur le plan culturel et idéologique pour reconquérir notre estime de soi collectif. C’est de là qu'émergera notre confiance en soi pour tacler tous les défis de la transformation qualitative de notre peuple pour la quête de son épanouissement.

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Notes

1. http://www.investirauburkina.net/index.php/syntheses-economiques/imp-exp/item/666-exportations-la-suisse-premier-client-du-burkina-faso-depuis-2010 [Retour]

2. http://statisticstimes.com/economy/projected-world-gdp-ranking.php [Retour]

Dernière modification le Samedi, 14 Mai 2016 11:30

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