Vendredi 26 Mai 2017

Les pyramides, ce fabuleux héritage de Kemet

"Qui a fait ça et pourquoi ?" dit la voix off dans le documentaire "La révélation des pyramides" produit en 2010 et réalisé par le documentariste français Patrice Pooyard. "Qui a fait ça ?"... la narratrice parle de pyramides qui se trouvent à des dizaines de milliers de kilomètres de distance et qui furent construites à des époques différentes, en Afrique, en Asie et en Amérique. Sachant que ce film a un certain impact médiatique sur la toile et qu'il s'apparente à une bombe lancée dans le petit monde très fermé de l'égyptologie occidentale, la publication de cet article a pour but de resituer, modestement, cette "révélation" dans le contexte global du grand périple de l'humanité.

"Qui a fait ça et pourquoi ?" dit la voix off dans le documentaire "La révélation des pyramides" produit en 2010 et réalisé par Patrice Pooyard. "Qui a fait ça ?"... la narratrice parle de pyramides qui se trouvent à des dizaines de milliers de kilomètres de distance et qui furent construites à des époques différentes, en Afrique, en Asie et en Amérique. Sachant que ce film a un certain impact médiatique sur la toile et qu'il s'apparente à une bombe lancée dans le petit monde très fermé de l'égyptologie occidentale, la publication de cet article a pour but de resituer, modestement, cette "révélation" dans le contexte global du grand périple de l'humanité.

D'après l’article de Choni Fernandez, paru dans la revue espagnole "Mystères de l'archéologie"[1], c'est l'égyptologue Elliot Smith qui a affirmé de façon radicale que la civilisation égyptienne était à l'origine des grandes civilisations de l'Amérique précolombienne.

Pour éviter certaines incompréhensions, il nous faut aborder en premier lieu la question de l'origine de l'humanité. L'existence des premiers humains modernes est attestée en 195 000 avant J.-C., selon les découvertes  de Richard Leakey faites en 1967 à Kibish (Ethiopie), redatées ensuite par le professeur Ian McDougall (2005)[2]. Les humains modernes sont restés très longtemps sur le continent noir. Une portion d'entre eux néanmoins à une époque très reculée, quitta l'Afrique et passa au Proche Orient puis en Europe, par l'isthme de Suez qui était guéable à l'époque, ainsi que par le détroit de Gibraltar.

Les effets du refroidissement climatique

Reconstitution par Richard Neave (Royaume Uni) du visage du premier européen.Entre - 40 000 et - 20 000 ans, les populations mélanodermes, c'est à dire foncées de peau, qui se trouvaient dans ce qui allait devenir l'Europe, ont subi de plein fouet la glaciation würmienne, un changement climatique d'une violence que l'on peine aujourd'hui à imaginer[3]. Les chercheurs évoquaient il y a encore quelques années, la présence avant ce changement climatique, de l'Homme de Grimaldi sur le sol européen. C'est autour de -20 000 qu’après un processus de près de 20 000 ans durant lequel, ces humains se sont terrés dans les grottes, qu'ils sont ressortis avec un aspect tout à fait différent. Voila dévoilée l'origine de l'homme de Croc-Magnon qui était le premier spécimen d'homme leucoderme, c'est a dire d'un être humain à peau pâle.

Que s'est-il passé ? L'homme de Grimaldi s'est dépigmenté durant cette période de glaciation, du fait du changement climatique. "Autant une peau noire était nécessaire sous les latitudes africaines pour se protéger des rayons ultra violets, autant sous le fait de l'action de la glaciation würmienne, celle-ci était devenue superflue, la  nature ne faisant rien au hasard", nous disait le professeur Cheikh Anta Diop en 1985, dans la conférence qu'il fit au Centre George Pompidou, à Paris.

Sur le plan de l'anthropologie physique, la population "européenne" est donc une population très jeune. Il n'est donc pas surprenant que les élites occidentales, peinent à imaginer tout le savoir dont dispose une humanité moderne vieille de 200 000 ans. Malheureusement, ce n'est pas uniquement une question d'ignorance. En fait, leur mémoire historique est fragmentée pour ne pas dire atrophiée, du fait d’une vision du monde parcellaire, partiale.

Des armes de destruction massive

Décidés à conquérir la planète à partir de 1454, les Européens, nullement en avance sur le plan de l'organisation de leur société sur les Africains, mais nantis d'armes de destruction massive, c'est à dire de fusils et de canons, ont créé de toute pièce une idéologie pseudo-scientifique (faussement scientifique) où toutes les expériences humaines les ayant précédés dans le temps, se voient qualifiées de "préhistoriques". Les nombreuses découvertes (on devrait dire "redécouvertes") que l'on fait aujourd'hui, remettent en cause ce récit fantasmagorique. Et les savants interrogés dans le documentaire "La révélation des pyramides", n'ont pas grand-chose de passionnant à dire. Parce qu'il leur faut, toujours, consciemment ou inconsciemment, mentir sur l'origine de l'humanité moderne. Si ce mensonge ne perdurait pas, l'histoire de l'humanité serait facile à raconter et de nombreuses zones d'ombre disparaîtraient.

On nous parle aussi de la Chine dans ce documentaire, où se trouvent aussi des pyramides dont le gouvernement chinois interdit l'étude. Il faut savoir que le professeur Jin Li, vice-président de l'université Fudan a démontré par ses travaux, engagés dès les années 90, que les gènes mis en évidence chez la majorité des Chinois viennent bien d'Afrique[4].

En fait, l'espèce humaine est UNE et son origine est AFRICAINE

Les différences d'apparence physiques (morphologie, couleur de la peau), sont dues à l'action du climat. En Asie, il y a toujours des autochtones ayant une apparence africaine. Runoko Rashidi, dans son livre "Histoire Millénaire des Africains en Asie"[5], présente des photographies qu'il a prises lui-même, de ces Noirs autochtones de l'Asie.

On peut donc penser qu'une même civilisation portée par le même peuple, animé par le même idéal, a vu le jour successivement en Afrique (l'Egypte est placée géographiquement en Afrique), puis ailleurs, c'est à dire en Asie, et enfin dans l'Amérique d'avant Colomb. Ce que le documentaire omet de nous dire, c'est qu'il y a plus de pyramides en Nubie, c'est à dire au sud de l'Egypte, qu'en Egypte même. Elles sont moins monumentales, mais elles y sont beaucoup plus nombreuses. Le hic, c'est qu'avec la Nubie, on se rapproche de plus en plus du cœur de l'Afrique et le but de tous ces documentaires est justement… d'arracher artificiellement l'Egypte de son contexte africain.

"Ta Neter", la terre divine

En outre, doit-on rappeler dans cet article que les Anciens Kamits[6] (Egyptiens) considéraient les terres du sud comme celles de leurs ancêtres. Ils donnaient à ces terres du sud, le nom de Ta Neter (la terre divine). Cette terre sacrée a vu naître le développement de la pensée scientifique. Et il n'y a là rien que de très normal, puisque l'humanité est née en Afrique. Sur son lieu de naissance, cette humanité moderne a disposé de tout le temps requis pour faire une somme de découvertes impressionnantes, qu’il serait fastidieux d’énoncer dans un aussi court article. Contentons-nous de nous référer au grand ouvrage de Jean-Philippe Omotunde : "L'os d'Ishango daté de 25 000 ans avant l'ère occidentale, découvert par un géologiste belge du nom de Jean Heinzelin de Braucourt et qui est encore aujourd'hui entreposé au 19ème étage de l'Institut Royal des Sciences de Belgique dans la ville de Bruxelles, confirme l'existence de traces de réflexion mathématiques avancées en Afrique noire (duplication, suites arithmétiques...)"[7]. L'os d'Ishango a été découvert dans le territoire de l'actuelle République Démocratique du Congo.

L'os d'Ishango

Ainsi donc, pour nous Africains conscients de notre héritage culturel, les prouesses technologiques des femmes et des hommes de la période pharaonique ne peuvent constituer une surprise et encore moins un mystère. C'est tout simplement une évolution logique, compte tenu de la longue période de temps dont l'humanité a bénéficié pour faire toutes ces découvertes. Ishango, c'est rappelons le, 25 000 ans avant J.-C. Les pyramides elles, auraient été construites[8] durant l'Ancien Empire égyptien, entre 3200 et 2263 avant J.-C. Même si certains chercheurs indépendants pensent que la construction des pyramides est plus ancienne, on voit clairement la longue période de temps qui sépare Ishango de la construction des pyramides et à quel point les Kamits/Noirs/Egyptiens ont eu le temps d'évoluer dans l'apprentissage des connaissances, sur une si longue durée.

A titre informatif, on notera que les Grecs dont le nom nous est parvenu parce qu'ils ont joué un rôle dans l'histoire des sciences (Thalès, Pythagore) ont visité l'Egypte (Ta Meri), à la Basse Epoque, soit seulement entre 663 et 332 avant l'ère occidentale. Selon son biographe, Jamblique, Pythagore a séjourné 22 ans en Afrique, pour acquérir le savoir pour lequel il est aujourd'hui reconnu.

Mais revenons au documentaire lui-même, on ne peut oublier que le documentariste Patrice Pooyard, et avec lui son informateur Jacques Grimault, posent  une question très pertinente : "Qui a fait ça et pourquoi ?" Qui a fait ça ? Nous savons que ce sont des Africains Noirs, à coup sûr pour ce qui concerne l'Egypte, puisque à partir du Moyen Empire égyptien, ce peuple qui s'appelait "Remetou", les Humains par excellence, s'est fait appeler "Kemit" ce qui signifie "les Noirs", afin de bien marquer sa différence avec les coalitions des peuples (leucodermes) de la mer qui agressaient l'Egypte.

Quelle était la signification des pyramides ?

Pour le professeur Etilé, interviewé par Etombè[9], lors du Kwanzaa 2011 : "La pyramide était le lieu de préservation de l'âme du roi, et de la nation toute entière. L'escalier permettait l'ascension du pharaon vers le ciel après sa mort physique. En plus de ses fonctions , le pharaon était là pour instaurer la Mâat (harmonie, justice, vérité) sur terre et devant les divinités. Dans les premières pyramides, celles de Djoser et de Gizeh, il n'y avait pas de textes funéraires. Les textes des pyramides apparaîtront à la fin de la 5ème dynastie : pyramide de Unas.  Les textes des pyramides se perpétuent au cours de la 6ème dynastie. Ce sont les plus anciens écrits religieux de l'humanité affirme le professeur Etilé. Ce sont les premières dynasties pharaoniques qui prêchent pour la première fois le jugement dernier,  la responsabilité de chacun dans la vie terrestre. La mort est conçue comme un grand voyage initiatique.

Nos ancêtres de la vallée du Nil ne faisaient rien au hasard. Dans toutes leurs réalisations, c'est à dire, la construction des  habitations, l'aménagement de l'environnement... tout avait un sens, en relation avec leur religion et leur culture ancestrale. C'est ainsi que tout leur univers était pensé dans le seul but de vivre en harmonie avec le cosmos, pour le bien être et l'épanouissement  des hommes. "Les pyramides consacraient la matérialisation de la vie sur terre, en connexion avec  l'univers cosmique, c'est à dire le lien entre la vie et  la mort, car au-delà de la mort physique, il y a une autre vie... éternelle" dit l'auteur de "Grammaire simplifiée de l'égyptien hiéroglyphique" [10]. Et le professeur de l'institut Africamaat d'ajouter : "Le savoir, les connaissances  que nos ancêtres ont légués à toute l'humanité sont illimités. C'est une porte ouverte en permanence sur de nouvelles recherches qui n'ont pas fini de nous surprendre."

Iterou Ogowè

 


Cet article est directement inspiré par les recherches de Cheikh Anta Diop. Sur la question des mathématiques égyptiennes, que je n'ai pas traitée ici, je conseille au lecteur de se procurer un exemplaire du livre "Civilisation ou Barbarie" de Cheikh Anta Diop (étitions Présence Africaine). Sur le sujet du savoir égyptien pharaonique et africain traditionnel, l'ouvrage "La philosophie africaine de la période pharaonique" de Théophile Obenga (éditions l'Harmattan,  Paris, 1990) est plus qu'un livre, c'est un document incontournable sur le grand patrimoine scientifique et philosophique de l'humanité. Etombè et moi-même remercions le professeur René-Louis Parfait Etilé, pour ses éclairages concernant la signification spirituelle et philosophique des pyramides.

L'harmonie KamiteLe titre de mon article, "Le fabuleux héritage de Kemet", s'inspire bien sûr de celui de l'ouvrage de Christiane Desroches Noblecourt "Le fabuleux héritage de l'Egypte," (éditions Télémaque, 2004).

Iterou Ogowè est l'auteur de "L'Harmonie Kamite", 2014, Menaibuc. Il est aussi le traducteur du dernier livre de Molefi Kete Asante, publié en langue française : "L'Afrocentricité et l'Idéologie de la Renaissance Africaine", Menaibuc 2014.

Notes

1. in Mystères de l'archéologie, no 6, Janvier 2001, édition Pablo Garcia Martinez, Madrid) [Retour]

2. http://ma.prehistoire.free.fr/omo_1.htm [Retour]

3. Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, éditions Présence Africaine, 1981, page 37. Sur le même sujet : David Derbyshire, The Original Black Culture of North-Eastern Europe and Asia, http://realhistoryww.com/world_history/ancient/Dobruja_Thrace_1.htm [Retour]

4. www.une-autre-histoire.org/les-chinois-viennent-dafrique/) [Retour]

5. Runoko Rashidi, Histoire Millénaire des Africains en Asie, éditions Monde Global, 2005) [Retour]

6. Kemet est le véritable nom de l'Egypte. Il signifie "la noire", en référence à la couleur originelle de ses habitants. C'est le nom autochtone. Kemet s'écrit avec un bout de charbon brulé, c'est lui qui donne le son "kem". La chouette correspond au son “ m ”, c'est un complément phonétique, la galette de pain au féminin (le “ t ”) et enfin le cercle avec des encoches correspond au déterminatif du pays.  "Egypte" provient du grec "aiguptoi" qui serait une déformation du cikam (langue pharaonique) "Hwt Ka Ptah"  , "le temple de l'âme de Ptah". Ainsi les autochtones de ce pays n'ont jamais appelé leur pays "Egypte" avant les invasions étrangères (grecque, romaine, arabe, turque). [Retour]

7. Jean-Philippe Omotunde, Manuel des Humanités Classiques Africaines, page 46, Éditions Menaibuc, 2007 [Retour]

8. Jean-Philippec Omotunde, ibid [Retour]

9. Etombè et Iterou Ogowè sont les traducteurs de "Un Héritage Volé", l'ouvrage publié par George G.M. James en 1954, sur le thème du vol de la philosophie africaine par les Grecs (éditions Menaibuc, 2012). [Retour]

10. R-L. P. Etilé, 2004, Paris, Menaibuc [Retour]

Dernière modification le Samedi, 25 Avril 2015 21:25

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