Dimanche 18 Août 2019

Burkina Faso : projet de nouvelle constitution – nécessité ou gaspillage de ressources ?

Une commission de rédaction d'une nouvelle constitution a été rendue publique lors du conseil des ministres du 1er juin 2016 au Burkina Faso. Conformément à ses promesses électorales, le Président du Faso Roch Kaboré a décidé de mettre en œuvre son projet de réforme constitutionnelle. Cette commission est composée d'une centaine de personnes (92), dont on ignore les indemnités et les frais de déplacements (pour ceux qui sont à l'étranger), mais vu les précédents (notamment la commission de réconciliation et des réformes politiques instituée sous la Transition), on peut imaginer que ses travaux coûteraient plus qu'un panier de mil au peuple burkinabè. Aussi, l'éventuelle adoption d'une telle constitution ne peut se faire que par référendum dont on sait qu'il coûterait des milliards au budget de l'État. Une nouvelle constitution est-elle vraiment nécessaire au Burkina Faso ou est-on simplement entrain de s'adonner à du gaspillage de ressources publiques pour mettre en œuvre une promesse électorale non-essentielle ? Tel est le sujet de cette réflexion.

Que reproche-t-on au juste à l'actuelle constitution et quel contenu veut-on donner à la nouvelle ?

Dans son programme politique, le Président Roch Kaboré déclare : «Je m’engage donc à l’écriture et à l’adoption d’une nouvelle constitution consacrant l’avènement de la cinquième République...qui aura comme particularités :

  • la réduction des pouvoirs du Président du Faso ;  
  • le verrouillage de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux quinquennats ;
  • la création d’un organe fondé sur les principes du dialogue, de la paix et de la stabilité dont la composition sera inspirée de celle du collège des sages institué en 1998 ;
  • la suppression du sénat et le retour au monocaméralisme ;
  • la valorisation de la fonction législative du parlement et le renforcement de son rôle de contrôle de l’action gouvernementale ;
  • la revue de toutes les institutions du Faso.»

Même si le dernier point - «revue de toutes les institutions du Faso» - est vague au point de pouvoir tout comporter comme contenu, les autres points ne nécessitent pas l'adoption d'une nouvelle constitution. Une simple réforme de la constitution existante est suffisante pour les matérialiser.

Quant à la société dite civile, ses principaux griefs contre la constitution existante découlent de la crise née de l'entêtement de Blaise Compaoré à prolonger son pouvoir. Cette tentative s'est faite au moyen d'un tripotage à répétition de la constitution, notamment en son article 37, et par l’institution du Sénat. Il faut noter que toutes ces opérations de modifications constitutionnelles ont été faites au parlement et peuvent par conséquent y être aussi défaites. Par ailleurs la question essentielle qu'il faut se poser est celle-ci : la crise politique née de l'entêtement de Blaise Compaoré est-elle liée à une insuffisance quelconque de la constitution actuelle ou à la mauvaise fois de celui qui a provoquée la crise ? Autrement dit, est-ce un problème de loi ou de personne ?

Peu importe la qualité d'une loi, si les individus auxquels elle est censée s'appliquer sont dépourvus d’un esprit de respect des règles et principes, ou sont simplement corrompus par le nombrilisme au point d'être dénués de toute objectivité, cette loi ne pourra pas accomplir son objectif. Par exemple, le verrouillage de la constitution nigérienne n'a pas empêché l'ancien président nigérien Mamadou Tandja d'essayer de se maintenir au pouvoir contre vents et poussières. Il ne faut donc pas se faire une illusion sur la capacité d'une nouvelle constitution à prévenir une crise politique au Burkina Faso.

Bien au contraire, la preuve est faite depuis des siècles que les lois les mieux respectées sont celles qui s'instaurent par la coutume. Par exemple, les États-Unis n'ont pas changé de constitution depuis leur création, la Grande Bretagne non plus depuis plusieurs siècles. Mais ces pays ont les institutions les plus stables du monde occidental. Tout porte à croire que l’imitation pavlovienne de la France y est pour quelque chose dans cette frénésie vers une nouvelle constitution au Burkina Faso. La France ayant une cinquième république ; il faudrait aussi que le Burkina Faso y passe ! On ferait peut-être l'économie d'un autre référendum en sautant le chiffre 5 pour passer directement au 6 car la France envisage de passer à une 6ième république.

Pour rendre strict le respect de la limitation des mandats au Burkina Faso, rien de tel que de maintenir la constitution actuelle, l'épurer de toutes les salissures de Blaise Compaoré et le transformer en un véritable «Tengkugri[1]», preuve éternelle du combat acharné du peuple pour dénier à Blaise Compaoré son forfait. Ce qui dure endure et se mesure aux défis de toutes sortes pour s'enraciner. L'éternel recommencement n'est pas forcément favorable à l'ancrage des valeurs au sein d'une société.

Est-ce à dire qu'il n'y a rien à changer ou à améliorer, voire même à rebâtir dans la constitution actuelle ? Non ! C'est juste que les champions de son remplacement ne semblent pas faire montre d'une imagination politique radicalement différente de celle qui a prévalu à la rédaction de la constitution actuelle. On l'oublie peut-être mais Me Halidou Ouédraogo qui a été nommé Président de la commission constitutionnelle a joué un rôle essentiel, dans le cadre du MBDHP, dans la rédaction de l'actuelle constitution aux côtés de Bongnessan Arsène Yé.

Nul doute que Halidou Ouédraogo est plus qualifié, plus méritant et plus indiqué que quiconque pour jouer un tel rôle, au regard du combat qu'il a mené contre l'injustice et pour la démocratie au Burkina Faso. Mais la question qui se pose est si lui ou les autres ont des idées radicalement neuves par rapport à celles qui figurent déjà dans la constitution actuelle. Sur le terrain des droits humains, la constitution actuelle dispose de tous les outils pour les garantir. On fait plutôt face à un problème de mise en œuvre.

Quant aux parrains politiques de la nouvelle réforme, leur principal motif semble de liquider l'héritage politique de Blaise Compaoré alors que beaucoup d'entre eux en font partie. N'est-ce pas les mêmes qui ont enterré avec Blaise Compaoré les idéaux de la révolution pour accoucher de la constitution actuelle ? Ils ne semblent pas avoir une autre idéologie que cette démocratie à l'occidentale (d'aucuns disent bourgeoise) qui, si elle est bien appliquée permet au mieux d'échapper à la tyrannie d'un individu, mais qui tout compte fait génère l'immobilisme et la reproduction incestueuse de l'élite politique, au détriment du véritable tremblement de terre dont le Burkina Faso a besoin pour décoller.

Il faut se rendre à l'évidence que même si l'insurrection populaire a eu raison d'un individu, le pouvoir politique n'a pas fondamentalement changé en termes de vision et d'orientation idéologique et politique. Par conséquent, une réforme constitutionnelle ne résoudra pas nécessairement le problème de gouvernance au Burkina Faso. Il est fort à douter que les méthodes des acteurs du pouvoir actuel soient différentes de celles du régime de Blaise Compaoré. En témoigne la façon dont la commission constitutionnelle a été constituée. Les représentants des Burkinabè de l'étranger ont été sélectionnés par les ambassades à leur insu. Les Burkinabè de France, de l'Amérique du Nord et de la Côte d'Ivoire, ont tous publié des tribunes pour révéler comment ils ont été dupés.

A l'intérieur du pays, les critères de sélection n'ont pas non plus été des plus transparents. Beaucoup des membres de la commission ont été choisis par cooptation alors qu'il eût d'abord fallu un consensus sur la répartition des membres parmi les différentes composantes représentatives du peuple. Un proverbe burkinabè dit que «Sisoaga na yi nεεre, sιngda a zoom n wã», autrement dit «les préparatifs d'un événement présagent de sa bonne tenue». Si le « tengkugri » est conçu dans un tel esprit de «mouta mouta», une expression chère au Président Kaboré, on peut imaginer les intentions de ceux qui sont à l'origine de sa conception.

Un autre objectif des géniteurs de la future constitution est de redéfinir l'architecture institutionnelle du Faso. Sur ce point, ils sont rejoints par les «juristes médiatiques» qui s'impatientent de trouver un terrain de travaux pratiques pour leurs diverses théories, recopiées à Genève ou Paris. Il y a fort à parier qu'il n'y aura pas de consensus à ce niveau, car au lieu de mener un débat ouvert et public sur une organisation efficace des institutions, fondée sur une bonne connaissance de la société burkinabè, de sa culture, ses coutumes et aspirations, une tâche qui impliquerait bien plus que des juristes, il s'agit pour eux d'expérimenter des théories artificielles recopiées de l'Occident.

C'est par ailleurs ce copier/coller systématique qui rend les lois inadaptées et inapplicables dans bien de pays africains dont le Burkina Faso. Une constitution n'est ni un devoir de droit, ni un exercice d'application de théories académiques. Elle doit être le «tengkugri» fondateur de la société. Pour cette raison, elle doit à la fois fonder et découler du projet de civilisation de la société. Il va sans dire qu'elle ne peut être l'apanage des seuls juristes. Autant «la guerre est une chose sérieuse pour être confiée aux généraux», autant la constitution est une chose sérieuse pour être confiée aux juristes ! En la matière, le Burkina Faso a fait mieux que la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara qui a confié à une dizaine de juristes la tâche d'écrire sa nouvelle constitution. La commission constitutionnelle du Burkina comprend beaucoup de non-juristes mais l'orientation juridico-juridique semble prédominante.

De manière générale, toute constitution doit servir l’intérêt général et non celui d’un individu ou groupe d’individus. Ce qui pose surtout problème avec la nouvelle constitution, c’est qu’elle pourrait être taillée sur mesure pour le nouveau pouvoir. Or l’intérêt d’une constitution, c’est qu’elle soit figée de sorte à ce que tous ceux qui se succèdent au pouvoir soit contraints de la respecter. Rien n’exclut que les successeurs du pouvoir actuel rédigent aussi leur propre constitution. A la longue, chacun fixerait ses propres règles; ce qui viderait la notion de règle de son sens. La preuve est que l’opposition politique, notamment l’Union pour le Peuple et le Changement (UPC) qui était favorable à une réécriture de la constitution au moment où elle espérait accéder au pouvoir, semble avoir changé d’avis aujourd’hui en affirmant que la réécriture de la constitution n’est pas la priorité des Burkinabè.

Un autre aspect à considérer dans ce débat est aussi le coût financier d'une nouvelle constitution. Même si c’est théoriquement possible, il est politiquement inconcevable d’adopter une constitution par voie parlementaire en remplacement d’une constitution auparavant adoptée par voie référendaire. La légitimité du parlement ne peut être ni équivalente, ni supérieure à celle du peuple. S'il y avait nécessité en la matière, cela justifierait le sacrifice au niveau du budget de l'État pour organiser un référendum d’adoption de la nouvelle constitution. Mais cette nécessité est plus que douteuse au regard de la présente analyse. Il serait surtout honteux, scandaleux et indigne de mobiliser des fonds de soi-disant «partenaires techniques et financiers» pour adopter une nouvelle constitution pour des raisons évidentes telles que la mise en cause de la capacité du pays à assumer sa propre souveraineté.


Enfin, on peut questionner l'urgence d’avancer avec un tel projet sans solder au préalable le passif de la gestion de l’ère Compaoré. En général les réformes constitutionnelles marquent un tournant décisif dans la vie d’une nation. Toutefois, avant de tourner la page et débuter un nouveau chapitre, il faut s’assurer d’avoir compris toutes les leçons du chapitre précédent. Une bonne démarche aurait été de faire la lumière sur les crimes de sang et les crimes économiques des 30 dernières années pour réconcilier les cœurs et les esprits des Burkinabè, avant d’envisager l’orientation nécessaire à prendre pour éviter les répétitions de l’histoire. Sur ce point, on progresse à pas de tortue !

De toute évidence, le pouvoir en place peut difficilement se renier et ranger dans le grenier son projet de réécriture constitutionnelle. Il faut donc s'attendre à ce qu'ils aillent en avant. Il y a lieu alors de soulever quelques points de réflexions sur l'orientation de la nouvelle constitution.

Des symboles de l'État :

  • Il faut maintenir le caractère «non républicain» de l'État. Cette phrase provocatrice a pour but de rappeler que les idéaux de la révolution ont voulu faire du Burkina Faso non pas une «république» mais un «faso», concept qui a le mérite d'insuffler une certaine originalité dans la forme de l'État burkinabè. Certes, l'article 31 de la constitution actuelle mentionne que «le Faso est la forme républicaine de l'État» mais cette concession marque déjà une défaite de la pensée burkinabè post-révolutionnaire. C'est comme si en dehors des concepts gréco-latins, on est incapable de forger un concept d'organisation de la société humaine qui soit respectueux des idéaux et aspirations énoncés. Au cours de la rédaction de la nouvelle constitution, il faut s'attendre à ce que les adeptes du singeage de l'Europe essayent de ranger le concept de «faso» au musée pour le substituer par celui de «république» pour faciliter leurs copier/coller. De plus en plus de journalistes et de lettrés se trompent pour dire «Président de la République» au lieu de «Président du Faso», la recopiomanie ayant la vie dure ! Il faudrait pourtant, pour la dignité du peuple burkinabè, maintenir le concept du faso, voire supprimer toute référence au concept de république.
  • Il faut retourner à la devise de la révolution : «La patrie ou la mort, nous vaincrons!». Plus que révolutionnaire, cette devise est ancrée dans la philosophie du terroir, car le Burkinabè préfère la mort à la honte (défaite). Ne dit-on pas que «Burkina saka kuum n zoe yãnde[2]» ? La devise actuelle «Unité – Progrès - Justice » est une paraphrase de la devise française «Liberté – Égalité – Fraternité» et manque d'originalité. Quel pays ne veut pas progresser et quel pays veut se bâtir sur l'injustice ? Par singeage, tous les pays africains dit francophones semblent considérer qu'une devise doit forcément être un triplet de mots, et un drapeau, tricolore.

De l’architecture institutionnelle :

Le débat fait rage au Burkina Faso sur l’architecture institutionnelle de l’État. S’il faut ou non instauré un régime parlementaire. Tel que mentionné plus haut, tout ceci s’apparente à un désir de changer pour changer. La vision politique importe plus que l’architecture institutionnelle dans la bonne marche des affaires de l’État. Néanmoins, les points suivants méritent d’être soulignés:

  • La société burkinabè est dans sa large majorité attachée à un chef fort plutôt qu’à un président édenté. Au lieu d’avoir un président à la façon allemande, sans pouvoir réel, il faudrait plutôt aller dans le sens inverse en sortant du mimétisme de la France actuellement en place pour rendre le président directement responsable et redevable devant le parlement. Dans l’architecture institutionnelle actuelle, on a un président qui a tous les pouvoirs, mais qui ne fait rien puisque c’est le premier ministre qui est en charge directe de l’exécutif. Parallèlement, on a un premier ministre qui dirige sans pouvoir réel car quiconque a des liens forts avec le palais de Kosyam peut ne pas répondre au premier ministre.  Le premier ministre est en réalité un fusible du président. Ce qui se justifie par la nécessité pour ce dernier de garder du recul et d’avoir de la réserve pour apaiser et unir le pays.  Cette situation crée l’immobilisme. On a vu l'ancien premier ministre Tertius Zongo se battre contre la corruption sans succès car les plus grosses mouches étaient des proches du président. Il faudrait que le président gère directement l’exécutif et qu’il s’explique sur ses politiques. On devrait donc supprimer le poste de premier ministre, quitte à établir celui de vice-président comme dauphin constitutionnel. Quant au rôle actuel du président, on pourra asseoir un collège d’autorités coutumières à présidence tournante qui sera garante de l’unité nationale. La crise récente a en effet révélé la capacité de l’autorité coutumière à jouer un tel rôle.
  • Le conseil constitutionnel burkinabè ressemble à un copier-coller du conseil constitutionnel français où siègent tous les anciens chefs d'État. Au Burkina Faso, manifestement tous les anciens chefs d’État ne méritent pas de siéger au conseil constitutionnel. Il faudrait trouver une forme originale d'organiser les institutions du Faso. Cela contraindrait au moins les discoureurs juristes à la réflexion créative.

De l'ancrage culturel :

  • On ne cessera jamais de le répéter : sans ancrage culturel, tout progrès est impossible. L'État post-colonial africain a failli dès sa conception initiale comme poursuite de l’œuvre du colon. Le développement comme le conçoivent les spécialistes africains est simplement « un blanchissage du Noir» pour emprunter une expression de l'économiste ghanéen Kwaku Adu-Opako. C'est comme si l'Africain Noir veut se couper les pieds avant de pouvoir réaliser sa promesse d'envol, alors que l'avion «court d'abord» avant de pouvoir voler.  C'est l'élan de la course qui donne la force nécessaire au décollage. Le progrès doit donc s'appuyer sur un ancrage fort dans sa propre culture car le seul endroit où personne ne peut battre un peuple c'est ce qu'il a accumulé depuis des millénaires comme intelligence et subtilité.  La langue est le dernier rempart contre la disparition totale de la culture africaine. Il est donc impératif d'ériger les langues nationales en langues officielles au sein de la nouvelle constitution ! Le Burkinabè ne peut pas prétendre être fier de sa culture en déclinant cette fierté dans la langue d'autrui. Par ailleurs la constitution devrait être écrite en langues burkinabè avant d'être traduite en français.
  • Certains pays comme la Côte d'ivoire ou le Rwanda reconnaissent la loi coutumière. Même au Burkina Faso elle est implicitement reconnue, notamment en matière foncière. La nouvelle constitution peut donc «légaliser» cet état de fait. Les différends entre citoyens peuvent être réglés auprès d'une cour coutumière sous réserve d’un accord des deux parties. La loi peut consacrer la possibilité d'appel de la décision coutumière auprès d'une cour de justice du Faso. Du reste, c'est ce qui se pratique déjà dans le vrai Burkina Faso, là où il n'y a ni avocat, ni juge, ni présence effective de l’administration.
  • La reconnaissance de la loi coutumière passe par une constitutionnalisation du pouvoir coutumier. Certains pays comme le Ghana, l’Ouganda, le Botswana, ou l’Afrique du Sud l'ont fait. Cela fournirait une base juridique nécessaire à l'écartement du pouvoir coutumier de la politique. Bien entendu, il faudrait au préalable recenser toutes les autorités issues de la coutume et exiger d'elles qu'elles mettent sur écrit toutes leurs règles de fonctionnement et surtout toutes les procédures de désignation des successeurs. Cela permettra à l'État de pouvoir résoudre les éventuels conflits de succession. Il s'agit en quelque sorte de réaliser la jonction entre l'autorité coutumière et le pouvoir d'État afin de conférer au premier une reconnaissance légale et au dernier une véritable légitimité.
  • Il est envisageable de créer un collège d'autorités coutumières à l'échelle de tout le pays qui sera garante de l'unité nationale et de la préservation des valeurs de la Nation. On entrevoit déjà la réticence des «juristes» et autres intellectuels lettrés et leurs discours sur les principes de l'État de droit...mais il faut rappeler qu'ils représentent une infime minorité et que la constitution est censée représenter toute la Nation, y compris les 90 % de non-francophones.

De la défense de la souveraineté nationale :

Sur ce plan, il faut tirer des leçons sur ce qui se passe dans d'autres pays et même sur l'histoire récente du Burkina Faso, pour interdire purement et simplement la possibilité pour l'exécutif d'accueillir des contingents de militaires étrangers sur le sol burkinabè sans l'aval du parlement. Bien évidemment, ceux qui sont au pouvoir feraient tout pour contrer cette mesure car ils veulent disposer du pouvoir de faire ce qu'ils veulent mais une constitution doit être écrite avec l'idée que c'est son adversaire qui est au pouvoir.

Du maintien du caractère laïc de l'État :

Ces dernières années ont été marquées par une irruption du discours religieux dans la vie de l'État burkinabè. On a assisté à l'organisation de funérailles nationales à connotation religieuse (funérailles des martyrs de l'insurrection). On a assisté à l'apparition du « Dieu bénisse le Burkina Faso » dans les discours officiels sans que personne ne s’émeuve de cette atteinte au principe de laïcité. Cette phrase a été ramenée des États-Unis par Tertius Zongo, puis reprise par les premiers ministres successifs avant de se retrouver dans les discours officiels du président Kafando, puis étonnamment du président Kaboré. Est-ce par ignorance du fait que les USA ne sont pas un État laïc contrairement au Burkina Faso qui doit être d'une neutralité totale par rapport à toute invocation religieuse, ou est-ce par prosélytisme? Dise qui pourra.

Pire encore, on a vu des hommes d'États introduire le favoritisme religieux jusque là absent au Burkina dans les promotions professionnelles et attributions des marchés publics.  La place occupée par les clergés dans des commissions souveraines comme la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) ou les différentes commissions de réformes de l'État renforce cette dérive. Dans un excellent article, Sanwé Médard KIENOU argue que la présence d'organisations religieuses dans des organismes consultatifs ou indépendants comme la CENI  ou le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) ne constitue pas une violation du principe de laïcité. Pour lui, c'est plutôt le financement des activités religieuse (voyage à la Mecque) ou la présence des représentants de communautés religieuses dans une composante du parlement (le défunt sénat) qui viole le principe de laïcité.

Sans entrer dans le fond du débat, on peut noter que la laïcité n'est pas juste un principe juridique, c'est aussi et surtout une intention politique, celle qui consiste à faire de la religion une affaire privée et à promouvoir la cécité religieuse dans la vie publique. S'il n'y a pas de représentants de Mossé, Peulhs ou Lobi dans les organes consultatifs ou la CENI, c'est par souci de considérer les Burkinabè comme des citoyens tout simplement sans égard à leur appartenance régionale. De même, c'est une dérive qu'on ait réservé des places de représentants de communautés musulmane ou chrétienne dans la plupart des commissions publiques telles que la CENI ou la Commission Constitutionnelle.  Si de par sa stature une personnalité religieuse mérite d'y siéger, qu'on le désigne! Mais que l'on commence à emmener les Burkinabè à s'identifier par leurs confessions religieuses dans les discussions sur les affaires de l'État, constitue une dérive.

Une autre atteinte à l'intention politique de la laïcité est la floraison des Écoles confessionnelles un peu partout au Burkina Faso. La constitution actuelle en son article 27 proclame que «L'enseignement public est laïc». Cette disposition est dépassée puisque l'intention est de former des citoyens qui s'identifient en tant que tel plutôt que par leurs fois religieuses. Vue la floraison des écoles confessionnelles et l'absence de contrôle du contenu de l'enseignement, il faudrait réaliser que les esprits seront formés pour mettre leur appartenance religieuse au-dessus de tout.

Sans épuiser le sujet, il faudrait que la nouvelle constitution réaffirme avec force le principe de laïcité, interdise le recours à la foi dans les discours publics et détaille la nécessité d'instaurer une éducation majoritairement laïque au Burkina Faso. Il y a de fortes chance que beaucoup des hommes politiques ou des membres de la commission constitutionnelle ignorent ces avertissements ; ce, d'autant plus que les religions, notamment celles importées, ont la côte au Burkina et sont perçues comme des boussoles de la moralité. Les hommes politiques ne ratent aucune occasion pour manipuler ceux qui ont un ascendant sur l'opinion publique pour atteindre leurs buts. Cependant, le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions. Les religions sont pacifiques jusqu'à ce qu'elles cessent de l'être. Les religions s'entendent à merveille jusqu'à ce qu'elles commencent à se bagarrer. Les mêmes religions adorées au Burkina sont celles qui se font la guerre ailleurs. Il faut prévenir le mal en boutant la religion hors du discours politique pour en faire une affaire privée, conformément au principe de laïcité.

Autres considérations :

En dehors de ces points majeurs, d'autres points mineurs nécessitent d'être réexaminés. Par exemple, la limitation de l'âge des candidats à la présidence à 35-75 semble arbitraire et injuste. Thomas Sankara a pris le pouvoir à 33 ans et pourtant c'est le meilleur président que le Burkina ait connu. La jeunesse est rêveuse et fougueuse; elle ose parfois inventer l'avenir et il faudrait considérer cela comme une chance plutôt que de s'en priver sous des prétextes trompeurs. Qu’un jeune puisse dompter la hiérarchie de l’âge très ancrée au Burkina Faso pour accéder à la présidence constitue déjà un miracle! On n’a donc plus besoin de loi pour écarter cette possibilité. De même, certains sont bien plus qu'en forme à 75 ans pour assumer les fonctions de Président du Faso. La limitation du nombre de mandats est suffisante pour forcer l'alternance. Toute exclusion par la loi est source potentielle de problèmes.

Pour résumer, la nécessité d’une nouvelle constitution est plus que douteuse. Néanmoins, si on décide d’aller en avant avec cette réécriture de la constitution, les idées ci-dessus développées peuvent rendre un peu plus utile ce changement de Faso. Le rédacteur doit être guidé par le désir d’ancrer davantage les institutions et lois dans la culture burkinabè notamment en érigeant les langues nationales en langues officielles, de servir l’intérêt général du peuple et non celui d’un individu ou groupe d’individus, de simplifier les institutions du Faso et de faire en sorte qu’elles rendent compte en permanence au peuple.

Notes

1. En mooré, pierre sacrée, qui représente l'esprit des ancêtres ou une divinité, garante des lois fondatrices de la société dont la violation expose le fautif à une punition des ancêtres ou de la divinité. [Retour]

2. En mooré, Le Burkinabè préfère la mort à la honte (défaite) [Retour]

Dernière modification le Mardi, 23 Août 2016 22:15

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